LIVRE SOIXANTE-TROISIEME
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faisoit à Clugny l'office de la sainte trinité,qui n'étoit encore alors qu'une dévotion particulière, et qui na été reçu par l'église romaine que sous le pape Jean XXII, plus de deux cents ans après. A la Saint-Pierre, qui est la IcUe de patron, les nocturnes et les laudes éloient plus longues que la nuit ; elles commençoientet finissoient de jour, en sorle qu'on ne dormoit point. A l'exaltation de la sainte croix, on faisoit l'adoration solennelle comme le vendredi-saint(l). Entre ces longues prières je ne vois point de place pour l'oraison mentale, si ce n'est en hiver après les nocturnes ; mais chacun faisoit alors ce qu'il vouloit, et souvent le sommeil les accabloit. Ulric dit bien que l'on prioit avant chacune des heures de l'office ; mais il ajoute que cette prière n'étoit ordinairement que le Pafer, et quelquefois le Cndo. Lu multilude des offices laissoil peu de temps pour le travail des mains , si recommandé dans la règle. Aussi Ulric n'en parle- I il qu'en passant, et avoue qu'il n'en a guère vu d'autre qu * d'écosser des fèves, arracher dans le jardin les mauvaises herbes et pétrir le pain : encore n'étoit-cc pas tous les jours. On psalmodioilen allant au travail et en revenant cl pendant le travail même (2). Dès le temps de Louis le débonnaire , on regardoit le gros travail comme indigne des moines , à cause du sacerdoce dont la plupart étoient revêlus; et c'étoit pour y suppléer que l'on avoit ajouté des psaumes à toutes les heures de l'office.
Dans le second livre, Ulric parle premièrement de l'instruction des novices. On leur donnoit l'habit en les recevant, mais ils demeuroient séparés des profés , avec lesquels ils ne se trouvoienl qu'à l'église. A leur occasion, il parle du silence qui éloit très-exact à Clugny, surtout après les repas (3). On ne parloit qiià certaines heures, savoir, entre prime et tierce , none et vêpres , et cet intervalle éloit souvent très-court. On ne parloit jamais en certains lieux, savoir, à l'église, au dortoir, au réfectoire et à la cuisine. Et , comme dans ces lieux et ces temps de silence il éloit quelquefois nécessaire de se faire entendre, on parloii avec les doigts comme les muets , usant de certains signes établis, dont l'auteur rapporte un grand nombre d'exemples. Ensuite il décrit tout ce que chaque moine devoit faire pendant la journée*, depuis son lever jusqu'à !»on coucher ; car toutes ses démarches étoient réglées , même les moindres (4).
A l'occasion du prêtre semainier, Ulric dé-
priT f . r .«^'"^ "'^'7 V»'^'^ "*^- '^s coudes, ou en d autres postures nénible^î
cru fort au long les cérémonies de la messe ne point aller à l'offrande, m* bais(T 1 Fvin' solennelle, pour montrer le respect nue l'on ffile. ni rAPPvnir i^i nn.v «; ^.! * '^^^""
solennelle, pour montrer le respect que l'on r^ndoit au corps de JNotre Seigneur; mais, pour le mieux connoître , il y faut joindre ce
qui en devoit être la matière. On ne le faisoit jamais qu'avant le dîner : on prenoil du meilleur froment, que l'on choisissoil grain à grain; on le lavoit soigneusement, et on le mettoit dans un sac fait exprès (1). Un serviteur d'une pureté éprouvée le portoitau moulin, dont il lavoit les meules, et les couvroit dessus et dessous. Il se revêtoit d'une aube et d'un amict qui lui couvroit la tête et le visaffe au-dessousdes yeux : il mouloit ainsi le blé et sassoit la farine. Deux prêtres et deux diacres revêtus de même d'aubes et d'amicts, pétrissoient la pâte dans de l'eau froide, afln qu'elle fût plus blanche, et formoient les hosties. Un novice tenoit les fers gravés où l'on les devoit cuirele feu étoit de bois sec et préparé exprés et on chantoit des psaumes pendant ce travail'
Pour le service du grand autel il y avoit deux calices d'or : tous les frères offroient leurs hosties, entre lesquc Iles on en choisissoit trois pour consacrer. A la communion, on trempoit le précieux corps dans le sang , contre I u^^e des autres églises d'Occident (2). Les fou s de lerie on portoit au réfectoire les hosties offertes et non consacrées, que le prêtre distribuoit à ceux qui n'avoient pas communié. On distribuoit de même les nouveaux raisins, que l'on avoit bénis à la messe à la fin du canon suivant l'ancien usage d'y bénir les fruits (3)
La nourriture ordinaire des moines étoient des lèves et des herbes, avec lesquelles on faisoit cuire du lard , que l'on pressoit ensuite pour en mêler le suc avec les fèves. Cette observajnce etoit ancienne d'assaisonner les herbes et les légumes d'un peu de graisse , pour montrer que 1 on ne s abslenoit pas de la chair par superstition, comme les manichéens. A Cluffnv on retranchoit cette graisse pendant l'A vent et depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques Depuis la Quinquagésime, on retranchoit encore les œufs et le fromage ; et ce jour on donnoit par extraordinaire des œufs épicés du fruit et des oublies (4) Les dimanches et les jeudis on servoit du poisson s'il étoit à bon marché ' et on donnoit de l'extraordinaire à plusieur^ lêles. On ne permettoit jamais de manger après compiles , quelque besoin qu'on en eût
Dans le troisième livre, Ulric parle des officiers du monastère, premièrement de l'abbé et a son occasion des pénitences qu'il avoit droit d'imposer. D'autres pou voient punir les fautes légères, dont la peniience étoii de se tenir prosterné ou appuyé sur les genoux ou les coudes, ou en d'autres postures pénibles
(1) C. 1, il, 2, i, 6, 9,
10,6; lib. n, c. ao, p. U9; lib. I, c. 12.
(%) V. Brev. Clun. p.
(3) C. 13, U, 15. Bref Uun. p. 499,433.
Cl) C. 25.V. Baillel. fest.
fnob. Trin. n. 4, c. 41, 38.
, ^i) C.41,18, 30.Pragm.
«0. 1. Analed. p. 54.
(3) Lib. n,c. 1, 2, c.