‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1599 sur 2407 · I. Ives, évoque de Chartres · texte numérisé non relu

I. Ives, évoque de Chartres

Geoffroy, évêque de Chartres, deux fois déposé par le légat Hugues de Die, et deux fois rétabli par le pape Grégoire YII , fut encore accusé devant le pape Urbain II de simonie, de concubinage , d'adultère, de parjure et de trahison (1). Le pape ayant soigneusement examiné la vérité, obligea Geoffroy à renoncer entre ses mains purement et simplement à l'épiscopat, dont il se reconnut indigne. Alors le pape exhorta le clergé et le peuple de Chartres à faire une élection canonique, et à choisir Ives, prêtre et prévôt de ï^aint-Quenlin de Beauvais, dont il connoissoit le mérite depuis long-temps. 11 écrivit à Richor, archevêque de Sens, pour lui faire connoître la procédure faite contre Geoffroy, et le prier de favoriser l'élection , et sacrer celui qui seroit élu. Le clergé et le peuple de Chartres, suivant l'intention du pape, élurent Ives, et le présentèrent au roi Philippe, de qui il reçut le bâton pastoral en signe d'investiture. Ensuite ils requirent 1 archevêque Richer de le sacrer; mais il le refusa, prétendant que la disposition de Geoffroy n'étoit pas légitime, et qu'avant que d'aller au pape on a voit dû se pourvoir devant lui comme métropolitain.

Ives é(!rivit au pape, se plaignant du fardeau dont il le vouloit charger (i2) , et déclarant qu'il n'auroit jamais consenti à son élection, si l'église de Chartres ne l'avoit assuré, que le pape le vouloit, et l'avoit ainsi ordonné. 11 alla donc à Rome avec les députés de cette église, qui s'y plaignirent du refus de l'archevêque de Sens; et le pape, pour éviter le préjudice qu'un plus long retardement pouvoit faire à l'église de Chartres, sacra Ives luimême sur la fin de novembre l'an mil quatrevingt-onze , et le renvoya avec deux lettres : Tune au clergé et au peuple de Chartres, l'autre à l'archevêque Richer (3). Dans l'une et l'autre il défend, sous peine d'excommunication, à Geoffroy, de faire aucune tentative pour rentrer dans l'église de Chartres, et à qui que ce soit de le favoriser. Dans la lettre à l'archevêque, il dit : Nous avons sacré Ives

ri) Sup. I. LXIH, n. 15.

Urb. Ep. 8, 0. Ivo. Ep. 8.

(2) Ep.3.

v3) Urb. Ep. 8, 9.

sans préjudice de l'obéissance qu'il doit à votre église, et nous vous prions d'étouffer tout ressentiment, de le recevoir avec la bonté convenable, et lui donner votre secours pour la conduite de son diocèse. Ces lettres sont du vingtquatre et du vingt-cinquième de novembre. On y a joint un discours du pape à Ives, qui n'est autre chose que la formule d instruction que le consécrateur donnoilau nouvel évêque, telle, mot pour mot , qu'elle se lit encore à la fin du pontilical romain , excepté que celle du pape Urbain est beaucoup plus courte, et n'en contient que le commencement et la fin.

Ives de Chartres ne prit possession de son église que l'année suivante, mil quatre-vingtdouze : ce qui fait que l'on ne compte ordinairement que de cette année son pontificat, qui dura vingt-trois ans (I). Il étoit né dans le Beauvoisis, de parents nobles; et après les études d'humanités et de philosophie, il alla à l'abbaye du Bec apprendre la tnéologie sous Lanfranc. Guy, évêque de Beauvais, qui avoit été doyen de Saint-Quentin en Yermandois, ayant fondé en mil soixante-dix-huit un monastère de chanoines réguliers près la ville de Beauvais, en l'honneur de ce saint martyr, Ives y embrassa la vie cléricale, et y donna des terres de son patrimoine. Ensuite il en fut supérieur, soit sous le nom de prévùtou d'abbé; et pondant qu'il gouvernoitce chapitre il enseigna la théologie, et composa son grand recueil de canons, connu sous le nom de décrets; il en explique ainsi le dessein dans sa préface.

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