‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1611 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-QUATRIEME

je commets un péché certain pour empêcher un péché incertain d'aulrui. J'irai donc faire pour mon ami ce que la charité m'ordonne , abandonnant le reste à Dieu , qui voit ma conscience. Il y avoit d'ailleurs des affaires de son abbaye qui l'obligeoient à ce voyage. Etant arrivé auprès du comte de Chester, il le trouva guéri ; mais il fut obligé de demeurer cinq mois eu Angleterre, tant pour l'établissement de la nouvelle abbaye que pour les affaires du Bec. Pendant tout ce temps, on ne parla point de lui pour l'archevêché de Cantorbéry, eu sorte qu'il se croyoit en sûreté, et youloit repasser en Normandie ; mais le roi lui en refuss^ la permission.

Comme ce prince tenoîl, suivant la coutume, sa cour plénière à Noël, les plus vertueux d'entre les seigneurs, affligés de la vacance du siège de Cantorbéry, le pressèrent de faire faire des prières par tout le royaume, pour < btenir de Dieu qu'il fût rempli dignement. Il ne put le refuser , et les évéques obligèrent Anselme à régler la forme de ces prières. Un jour un des seigneurs, parlant familièrement au roi , lui dit : Nous ne connoissons pc»int d'homme d'une si grande sainteté que labbé du Bec. Il n'aime que Dieu, il ne désire rien en ce monde. Non, dit le roi en raillant, pas môme l'archevêché de Cantorbéry. Ce seigneur reprit -■ C'est ce qu'il désire le^moins, j'ensuis persuadé, et plusieurs autres. Je vous réponds , continua le roi, qu'il le prendroil à deux mains s'il croyoit y pouvoir parvenir; mais par le saint voult de Lucques, ni lui ni autre que moi n'aura cet archevêché de mon temps. Le saint voult de Lucques, en la tin sanctus quitus de Luca (\)^ est un crucifix habillé, dont l'original est en l'église cathédrale de Lucques en Toscane, et dont il y a plusieurs copies en France, entre autres à Pans, en l'église du Saint-Sépulcre, où le peuple le nomme saint Yaudelu. ,

Comme le roi d'Angleterre parloit ainsi, il fut saisi d'une violente maladie, qui, augmentant tous les jours, le réduisit à l'extrémité. Tous les évéques et les seigneurs du royaume s'assemblèrent ; et on lui conseilla de penser à son salut, d'ouvrir les prisons, remettre les dettes, rendre la liberté aux églises, et le^ pourvoir de pasteurs , principalement celle de Canlorbéry. Le roi étoit malade à Glocester, et Anselme, sans en rien savoir, étoit dans une terre voisine. On le mande pour venir assister le roi à la mort; il y accourt, on lui demande son avis. Il dit que le roi doit commencer par une confession sincère de tous ses péchés ; et promettre, s'il revient en santé, de réparer de bonne foi les torts qu'il a faits. Ensuite, ajoula-t-il, il fera ce que vous lui avez conseillé. Le roi en convint, pria les évéques d'être ses cautions envers Dieu , et envoya fairo cette promesse en son nom sur l'autel. On, dressa et on scella un édit portant que tous les

(1) Ap.U{;hel.l.3, p.423.

(2; LcilUold. un. 10U3,

tO. X, p. i03.

(1) Eadiuer Novor. lib. i, p. 34.

^) Cang.Gloss.YuUus.Cliasteiain.mart.^3 Janup-W-

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ Andc J.-C. 10'J3.

An de J.-C. 1003. ]

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