‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1613 sur 2407 · XI. Saint Anselme est calomnié · texte numérisé non relu

XI. Saint Anselme est calomnié

Quoiqu'il eût si bien marqué son éloignement pour l'épiscopat, il ne laissa pas de se trouver des gens qui, par malice ou par erreur, publièrent qu'il l'avoit désiré , et ne l'avoit refusé que par dissimulation. En sorte qu'il se crut obligé de s'en justifier, et en écrivit ainsi aux moines du Bec : Je ne sais comnient leur persuader ce que je sens en ma conscience , si ma vie et ma conduite ne les satisfait pas (1). Il y a trente-trois ans que je porte l'habit monastique, trois sans charge, quinze comme prieur, autant comme abbé. J'ai vécu de telle sorte pendant tout ce temps que j'ai eu l'affection de tous les gens de bien , et plus de ceux qui m'ont connu le plus intimement , sans qu'aucun d'eux m'ait vu rien faire qui lui persuadât que j'ai-

(1) n, Epist. 7. ;„^

mois le gouvernement. Que ferai-je donc? comment délruirai-je ce faux soupçon, de peur qu il ne nuise aux âmes de ceux qui m'aimoient pour Dieu , en diminuant leur charité, ou de ceux à qui je dois donner conseil , et qui me croiront pire que je ne suis , ou de ceux qui ne me connoissent pas , et à qui je dois au moins l'exemple?

Vous, seigneur, qui le voyez, soyez-moi témoin que je ne me sens en ma conscience attiré à l'épiscopat par l'affection d'aucune chose , que vos serviteurs doivent mépriser ; et que , si l'obéissance et la charité me le permettoient, j'aimerois mieux être moine sous la conduite d'un supérieur que de commander aux autres, et posséder des richesses temporelles. Seigneur, si ma conscience me trompe , faites-moi connoître à moi-même, et me corrigez. Après cela , si quelqu'un veut donner quelque mauvaise impression de moi, j'espère que Dieu prendra ma défense contre lui , et je suis certain que, si ce mauvais soupçon nuit à quelqu'un , le péché en tombera sur ceux qui en sont les auteurs. Il finit en recommandant aux moines du Bec de faire voir cette lettre à tous ceux qu'ils pourroient, principalement aux évéques et aux abbés , ses amis.

Il ne laissa pas d'écrire sur le même sujet à quelques-uns en particulier, comme à Gislebert , évêque d'Evreux , de qui il avoit reçu la bénédiction abbatiale, et à Foulques, évêque de Beauvais , qui avoit été moine sous sa conduite. Ces lettres, qu'il écrivit depuis sa démission de l'abbaye et avant son sacre, n'avoient point de sceau, parce qu'il n'étoit plus abbé et n'étoit pas encore archevêque. Cependant il pressoit les moines du Bec d'élire un abbé, et leur conseilla de prendre le moine Guillaume, qui avoit été prieur de Pessé, comme celui qu'il en connoissoit le plus digne, lui ordonnant d'accepter (1). Guillaume éloit fils de Turstin, seigneur de Monfort-sur-Risle, allié des plus grands seigneurs du pays. Il se rendit moine au Bec à vingt-cinq ans , sous la conduite d'Anselme , et en fut abbé pendant trente ans.

Le temps du sacre d'Anselme étant venu , Thomas, archevêque d'York, et tous les évéques d'Angleterre , se rendirent à Cantorbéry, excepté deux qui étoient retenus par maladie, et qui envoyèrent leur consentement. C'étoient saint Vulstan , évêque de Worchester, qui mourut un an après , et Osbcrne , évêque d'Excester. Comme on lisoit, suivant la coutume, l'acte de l'élection, l'archevêque d'York trouva mauvais qu'on y eût qualifié l'église de Cantorbéry métropole de toute la Grande-Bretagne. S'il est ainsi, dit-il, l'église d'York n'est point métropole. On corrigea donc le décret , et on donna à l'église de Cantorbéry le titre de primatiale de toute la Grande-Bretagne. An-

(1) Epist. 10, 14, 8. Chr. Guill. ibid. p. 41. Bec Post. Lanfr. p. C.Vila

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ Ande J.-C.toga

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selme fut ainsi sacré archevêque le second dimanche de l'A vent, quatrième jour de décembre mil quatre-vingt-treize. Après avoir passé à Cantorbéry l'octave de son sacre , il alla à la cour pour la fête de Noël , et fut très-bien reçu du roi et de toute la noblesse.

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