XX. Concile de Reims
La même année mil quatre-vingt-quatorze , le dix-huitième de septembre, on tint un concile à Reims, par ordre du roi Philippe, qui espéroit y faire approuver son mariage avec Bertrade , vu que Berthe , sa première femme, étoit morte la même année (1). Il s'y trouva en personne avec trois archevêques, Renauld de Reims , Richer de Sens et Raoul de Tours. Richer n'y alla qu'à l'instante prière du roi , qui lui représenta que Renauld étoit tellement incommodé de la goutte, qu'il ne pouvoit sortir de son siège, et Richer fut reçu à Reims avec le même honneur que s'il en eût été l'archevêque. Huit évéques assistèrent à ce concile : Geoffroy de Paris, Gautier de Meaux, Hugues deSoissons, Elinand de Laon, Rabbod de Noyon, Gervin d'Amiens, Hugues de Sentis et Lambert d' Arras. Ce dernier , étant revenu de Rome la même année, avoit été intronisé solennellement dans son église le jour de la Pentecôte ; et dans ce concile il fut enfin reçu par son archevêque le jour de Saint-Matthieu, en lui promettant obéissance. Manassès, élu archevêque de Cambrai , ne fut pas sitôt sacré , quoiqu'approuvé par le pape , à cause du schisme formé en cette église par le parti de l'archidiacre Gaucher.
Ives de Chartres, étant invité à ce concile, s'en excusa, parce qu'il ne devoit point être jugé hors de sa province; car il savoit que l'on vouloit l'y accuser; et, comme cette accusation n'avoit autre fondement que la haine qu'on lui portoit , il appela au saint-siége. Je ne le fais pas , dit-il , pour éviter le jugement, ma justification est bien facile. On m'accuse de parjure , et je n'ai jamais fait de serment à personne. Mais je ne veux pas donner l'exemple de s'écarter des règles , ni m'exposer à un péril certain pour un avantage incertain ; car j'ai demandé sauf-conduit au roi , et ne l'ai pu obtenir. Or, autant que je puis juger par les menaces qui m'ont été faites, il ne me seroit pas permis dans votre assemblée de dire impunément la vérité, puisque c'est pour l'avoir dite et pour avoir obéi au saint-siége que je suis traité si durement, et accusé de parjure et de crime d'état. Mais, permettezmoi de le dire, on auroit plus de raison d'en accuser ceux qui fomentent une plaie qui ne se peut guérir que par le fer et le feu. Car, si vous aviez tenu ferme comme moi , notre malade seroit guéri. C'est le roi dont il parle. Il continue : Que le roi fasse contre moi tout ce que Dieu lui permettra de faire; qu'il m'en-
(1) To. \', p. 497. Chr. S. P. vivi. an. I09i.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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ferme, qu'il m'éloigne, qu'il me proscrive; j'ai résolu, avec la grâce de Dieu, de tout souffrir pour sa loi.