‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1694 sur 2407 · XIV. Lettre du pape contre les investitures · texte numérisé non relu

XIV. Lettre du pape contre les investitures

Tout le monde atlendoit que le roi Henri donnât à Anselme quelque marque de recon- Doissance, quand il lui manda de venir à la cour pour s'expliquer sur l'aflaire des investitures ; car les députés étoient revenus de Rome, et avoient apporté une lettre du pape Pascal au roi , où il disoit : Yous demandez que l'église romaine vous accorde le droit d'établir les évéques elles abbés par l'investiture , et qu'elle attribue à la puissance royale ce que le Tout- Puissant témoigne n'appartenir qu'à lui seul, car le Seigneur a dit (1) : Je suis la porte, et par conséquent si les rois s'attribuent d'être la porte de l'Eglise, ceux qui entrent par eux ne sont pas des pasteurs , mais des larrons. Cette prétention est si indigne, que l'Eglise catlu)îique ne peut l'admettre en aucune manière. Saint Ambroise auroit plutôt souffert les dernières extrémités que de permettre à l'empereur de disposer de l'Eglise ; car il répondit -. Ne vous faites pas ce tort de croire que, comme empereur, vous ayez quelque droit sur les choses divines (2). Ixs palais appartiennent a l'empereur, les églises à l'évéque. Qu'avezvous de comnmn avec une adultère? car cellelà est une adultère qui n'est pas unie à Jésus- Christ par un mariage légitime. Après ces paroles de saint Ambroise, le pape Pascal continue : Entendez-vous, prince, l'époux de lEglise est l'évéque; et par conséquent quelle honte est-ce que la mère soit exposée à l'adultère par ses propres enfants ? Si vous êtes (uifant de l'Eglise, permettez-lui de contracter un mariage légitime dont Dieu soit l'auteur , et non pas l'homme ; car c'est Dieu qui choisit les èvôqueséluscanoniquement. Il rapporte ensuite une loi de Justinien , pour montrer que l'évéque doit être élu du consentement de tout le peuple , et non par la seule volonté du prince. Puis il ajoute : Ne croyez pas , seigneur, que nous voulions rien diminuer de votre puissance , ou nous attribuer rien de nouveau dans la promotion des èvêques. Vous ne pouvez, selon Dieu , exercer ce droit, et nous ne pouvons vous l'accorder qu'au préjudice de votre salut et du nôtre.

Le pape avoit raison de vouloir maintenir la liberté des élections ; mais presque tous les raisonnements de cette lettre |)ortenl à faux , roulant sur des équivoques. Les princes , en doimanl l'investiture , supposoient toujours une élection canonique. Nous en avons vu cent exemples, particulièrement de l'empereur saint Henri. Par cette cérémonie, ils ne prétendoient pas donner à l'évéque la puissance spirituelle qu'il ne devoit recevoir qu'à son sacre,

(l) Pasc. Ep. 96, lom. (2) Arabr. Ep. 20, a<1 Conc. ex Edmer Joau. x, 7. Soror. n. 19.

An de J.-C. 1101.]

mais seulement le mettre en possession des fiefs et des autres biens temporels relevant de leur couronne. Quant à saint Ambroise , il est évident, par les circonstances du fait, que 1 adultère dont il parle est l'église des ariens -, et qu'il ne s'agissait pas de donner des évéchés, mais de livrer à ces hérétiques les lieux destinés aux assemblées des fidèles (t).

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