XX. Concile de Rome
Le jeune roi Conrad mourut la même année mil cent un, qui étoit la neuvième depuis qu'il eut quitté la cour de l'empereur Henri , son père (1). 11 tenoit la sienne en Italie, où il gouvernoit par le conseil du pape et de la princesse Mathilde. Quelques-uns disoient qu'il étoit mort de poison, et qu'il s'étoit fait des miracles à ses funérailles. L'année suivante, l'empereur Henri, par le conseil des seigneurs, déclara qu'il iroit à Rome, et qu'il y assembleroit un concile vers le premier jour de février, pour y examiner sa cause et celle du pape, et rétablir l'union entre l'empire et le sacerdoce (2). Toutefois, il ne tint point sa promesse, et n'envoya point témoigner sa soumission au pape; au contraire, on sut qu'il avoit voulu faire élire un autre pape que Pascal , mais qu'il n'y avoit pas réussi.
Après la mi-carême c'est-à-dire vers la fin du mois de mars mil cent deux , le pape
(1) Ab. Ursperg, 1101.
Ca) To. X, Concp. 727.
tint à Rome un grand concile , où se trouvèrent tous les évêques de Pouille, de Campanie, de Sicile, de Toscane, en un mol, de toulo l'Italie, et les députés de plusieurs Ultramoiitains. On y dressa cette formule de serment contre les schismaliques : J'anathématise toute hérésie, et principalement celle qui trouble l'état présent de l'Eglise, et qui enseigne quil faut mépriser l'anathèmc et les censures do l'Eglise; et je promets obéissance au pape Pascal et à ses successeurs, en présence do Jésus-Christ et de l'Eglise , affirmant ce qu ello affirme, et condamnant ce qu'elle condamiK. On y confirma l'excommunication prononcée contre l'empereur Henri, par Grégoire Vil et Urbain II, et Pascal la publia de sa bouche, le jeudi-saint, troisième d'avril, dans l'église de Latran , en présenc<' d'un peuple infini de diverses nations, déclarant qu'il vouloit qu'elle fût connue de tous, principalement des Ultramontains, afin qu'ils s'abstinssent de sa communion.
On rapporte au serment dressé en ce concile une lettre de Pascal II, adressée à l'archevêque de Pologne, c'est-à-dire de Gnesne, où il dit (1) : Vous nous avez mandé que le roi et les seigneurs s'élonnoient que nos nonces vous aient ofi^ert le pallium, à condition de prêter le serment qu'ils avoient porté d'ici par écrit. Ils disent que Jésus-Christ a défendu tout serment dans l'Evangile, et qu'on ne trouve point que les apôtres ni les conciles en aient ordonné aucun; enfin, ils ont été d'avis que vous ne deviez point prêter ce serment. Mais c'est la nécessité qui nous oblige à exiger ce serment , pour conserver la foi , l'obéissance et l'unité de l'Eglise : ce n'est pas pour notre intérêt particulier, c'est seulement pour montrer que vous êtes membre de l'Eglise catholique, et uni avec son chef. Les Saxons et les Danois sont plus éloignés que vous, et toutefois leurs métropolitains prêtent le même serment, reçoivent avec honneur les légats du saint-siège, et envoient à Rome, non-seulement tous les trois ans, mais tous les ans. En cette lettre, le pape soutient que les conciles n'ont point fait de loi pour l'église romaine, puisque c'est elle qui donne l'autorité aux conciles; mais, avant les fausses décrétales, nous ne voyons point de fondement à cette maxime. On trouve la même lettre mot pour mot, mais plus abrégée , adressée à l'archevêque de Palerme (2).
XXL Suite de raffaire des investitures en Angleterre.
Cependant les députés d'Angleterre étant arrivés à Rome, et, ayant expliqué au pape le sujet de leur voyage et les intentions du roi, il ne trouva point de paroles pour exprimer son étonnement ; et il leur répondit avec indi-
Ande J.-C. 1102.]
Ifnation que, quand il iroit de sa tête, les menaces d'un homme ne lui feroient jamais abolir les décrets des saints pères. Il écrivit deux lettres sur ce sujet , l'une au roi Henri, l'autre à l'archevcViue Anselme (1). Dans la lettre au roi , il commence par le féliciter sur son avènement à la couronne, et sur ce qu'il n imite pas le mauvais exemple du roi, son frère, sur lequel la vengeance divine a éclaté. 11 l'exhorte à fuir les mauvais conseils qui attirent l'indignation de Dieu sur les rois, par les investitures des évêchés et des abbayes, et lui promet une amitié inviolable s'il renonce à cette prétention. Car, ajoute-t-il, nous avons défendu à tous les laïques, par le jugement du Saint-Esprit , les investitures des églises ; et il ne convient pas à un fils de réduire sa mère en servitude poui' lui donner un époux qu'elle n'a pas choisi.
Dans la lettre à l'archevêque , il l'exhorte à continuer dans sa fermeté à résister au roi , et ajoute : Dans le concile que nous venons de tenir au palais de Latran, nous avons renou vêlé les défenses à tout clerc de faire hommagà un laïque , ou de recevoir, de sa main, des églises ou des biens ecclésiastiques. Car ce désir de plaire aux séculiers, pour parvenir aux dignités de l'Eglise, est la source de la simonie. 11 finit en déclarant à Anselme qu'il veut conserver en leur entier les droits de sa primatie , et que, de son vivant , il n'y aura point d'autre légat en Angleterre. Ce qui semble être dit à cause de la légation de Guy, archevêque de Vienne , qui avoit été si mal reçue. Cette lettre est duquinzième d'avril mil cent deux (2).
Elle fut accompagnée d'une réponse à plusieurs questions qu'Anselme avoit envoyées par les deux moines, ses députés, Baudouin et Alexandre (3). Les principales décisions du pape sont les suivantes : Un évêque peut recevoir, de la main d'un laïque, des églises situées dans son diocèse , parce que c'est moins une donation qu'une restitution, puisque toutes les églises d'un diocèse doivent être en la puissance de l'évêque. Celui qui est en péril de mort doit recevoir le viatique de la main d'un prêtre concubinaire plutôt que de mourir sans viatique. En général, le pape permet à Anselme d'user de dispense en cas de nécessité contre la rigueur des canons.
Quand les députés furent de retour en Angleterre , le roi Henri assembla les seigneurs à Londre à la Saint-Michel mil cent deux , et fit dire à Anselme de ne lui pas refuser les coutumes de son père ou de sortir du royaume. L'archevêque répondit : Que l'on voi.e les lettres du pape, et j'obéirai autant '^ue je pourrai , sans blesser mon honneur et, le respect du saint-siège. Le roi dit : Que l' on voie , s'il veut, celles qui lui sont adrcsî^^s; pour