LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
faut songer à les juger l'un et l'autre. Le concile prononça sa sentence contre Adalbert et Clément , reprenant sommairement les crimes de chacun , les déposa du sacerdoce avec anathème contre eux et leurs sectateurs, s'ils persistoient dans leurs erreurs. Le pape souscrivit avec tous les évéques et les prêtres. Les trois séances de ce concile portent la même date , comme ayant été tenues le même jour.
LU. Lettre du pape à saint Bonirace.
Ensuite le pape Zacharie envoya les actes du concile à saint Boniface avec une grande lettre datée du dernier jour d'octobre la même année sept cent quarante-cinq qui sert de réponse à troislettres de saint Boniface dont il ne nous reste que la seconde (1). Sur la première le pape le console et l'encourage , au sujet des oppositions des mauvais chrétiens , et des incursions des infldèles. Rome môme, dit-il, a été Êlusieurs fois ravagée pour ses péchés, mais lieu a bien voulu la consoler. Ordonnez des jeûnes et des processions à votre peuple , nous joindrons, tout indignes que nous sommes, nos
J)rières aux vôtres. Ensuite le pape approuve e concile qui venoit d'élre tenu, et la résolution des princes franrois pour ériger un siège métropolitain à Boniface sur la frontière des païens. 11 ajoute : Quant à ce faux évéque que vous nous avez dit être né dans l'adultère et fils d'un clerc impudique et meurtrier, nourri sans discipline et coupable de plusieurs crimes, qui a consacré plusieurs évéques ses semblables , vous savez que nous vous avons écrit plusieurs fois de ne souffrir dans le ministère aucun homicide impudique ou pénitent. Quant aux personnes qu'il a baptisées ou aux églises qu'il a consacrées , informez-vous s'il y a employé le nom de la trinité , et s'il étoit alors en exercice du sacerdoce , et les approuvez en ce cas. On croit que ce faux évêque est Gévilieb deMayence. Le pape approuve encore ce qui avoit été ordonné au concile de Leptine, que chaque famille des serfs de l'Eglise paieroit douze deniers par an, pour subvenir aux guerres contre les infidèles. Sarrasins, Saxons et Frisons. Quant aux prêtres déposés pour leurs crimes, qui au lieu de faire pénitence dans des monastères alloient à la cour demander qu'on leur donnât des biens d'églises , pour les dissiper en menant une vie séculière, le pape dit qu'il en a écrit aux princes françois.
Sur la seconde lettre qui est celle qui fut lue au concile de Rome touchant Adalbert et Clément , le pape dit ce qui a été fait en ce concile, et envoie les actes. Sur la troisième, il dit : Quant à cet autre séducteur nommé Gévilieb, ci-devant évoque , qui sans avoir consulté personne , vient nous trouver , quand il sera arrivé on fera ce qu'il plaira à Dieu. En- ^wp— — ■ " Il I I I — — ■ Il
(t) Z«c. Ep. g, Ap. OUI. I. II, c. 7.
fin le pape approuve le choix que l'on avoit fait de Cologne pour le siège de Boniface. Cette lettre lui fut envoyée par les soins de l'archidiacre Gemmulus , qui lui écrivit aussi de son chef une lettre d'amitié (1); et comme saint Boniface lui avoit envoyé un vase d'argent et un drap de toile, il lui envoya de son côté deux livresde poivre, quatre onces de cannelle et quelques autres aromates.
Après la soumission de Géviliebon jugea plus à propos d'établir saint Boniface à Mayence (2). Cette église avoit été dans les premiers temps métropole de la province romaine nommée la première Germanie, ensuite elle fut soumise à Cologne , qui devint mètrojKjle des deux Germanies. Worms étant devenue métropole de ces deux provinces, iMayence lui fut soumise : enfin on lui rendit la dignité de métropole en faveur de saint Boniface. Alors sa juridiction s'étendit sur treize évêchés: Strasbourg , Spire , Worms , Cologne , Liég(^ , Augsbourg, Yirlzbourg, Burabourg transféré depuis à Paderborn , Erfort , Eiclistat , Constance et Coire.
LIIL Concile de Cloveshow.
Cuthber t, archevêque de Cantorbéry , et Ethelbalde, roi des Merciens , profitèrent des avis que saint Boniface leur avoit donnés , comme il paroit par un concile national d'Angleterre tenu à Cloveshow au commencement de septembre, l'an sept cent quarante , l'indiction quinzième finissant (3). Avec l'archevêque Cuthbert s'y trouvèrent l évêque de Rochester , trois évéques du pays des Merciens, deux de Wessex, un d'Estangle, und'Essex, un de Sussex, deux de deux autres provinces. C'étoit en toutdouzt* évéques. 11 y avoit aussi plusieurs prêtres et moindres clercs , et le roi Ethelbalde y assistoit en personne avec les grands de son royaume. L'archevêque y présenta deux lettres du pape Zacharie, qui furent lues et expliquées en langue vulgaire , contenant des avis salutaires à tous les habitants de la grande Bretagne, pour mener une vie plus réglée , avec des menaces d'anathême contre ceux qui les méprisoienl. 11 y a apparence qu'on lutaussi la lettre de saint Boniface à CulhlxTt , puisqu'elle se trouve à la tête de ce concile.
Les prélats anglois ayant conféré ensemble, et examiné les homélies de saint Grégoire, et les décrets des pères , formèrent trente canons qui ne contiennent guère que les avis généraux aux évéques de remplir leurs devoirs, et suivre les anciennes règles ; toutefois , on y peut observer quelques particularités. Quoique l'Eglise n'approuve point l'abus par lequel des séculiers se sont mis en possession de quelques monastères , l'évéque ne doit pas laisser de les
AndeJ.-C. Yiô.]
visiter , et de pourvoir qu'ils ne manquent pas de prêtres. Tous les prêtres doivent savoir expliquer en langue vulgaire le symbole , l'oraison dominicale, les paroles de la célébration de la messe et de l'administration du baptême , et des autres offices ecclésiastiques. Ils chanteront modestement et simplement suivant l'usage de l'Eglise, et ceux qui ne peuvent chanter, se contenteront de prononcer en lisant. On observera les fêtes de toute l'année suivant le martyrologe romain. C'est la première fois que je trouve qu'il en soit fait mention, et ce concile entend apparemment celui de Bède. Onordonnaen particulier la fête de saint Grégoire et celle de saint Augustin, son disciple, le vingt-sixième de mai. On exhorte à la fréquente communion non-seulement les moines , mais, entre les laïques, les enfants qui vivent encore dans l'innocence , et les personnes plus Agées qui cessent de pécher (1). En exhortant à l'aumône , le concile blâme l'abus qui commençoit à s'introduire , de prétendre par des aumônes diminuer ou commuer les peines canoniques imposées par le prêtre, pour la satisfaction des péchés. L'aumône doit plutôt augmenter la pénitence ; mais elle ne dispense pas de prier et de jeûner , principalement ceux qui ont besoin de mortifier leur chair , pour remédier aux péchés qu'elle leur a fait commettre. 11 condamne aussi ceux qui prètendoient s'acquitter de leurs pénitences par d'autres personnes qui jeùnoieut ou chanloient des psaumes pour eux. La même chair, dit-il, qui a porté au péché doit être punie : et s'il étoit permis de satisfaire par autrui , les riches se sauveroient plus aisément que les pauvres, contre la parole expresse de l'Evangile (2) . L'archevêque Cuthbert envoya aussitôt par un de ses diacres les actes de ce concile à saint Boniface de Mayence , qui l'en félicita par une lettre obligeante,