XX. Fondation de Tiron
Quant à l'abbaye de Tiron, il faut reprendre l'histoire de Bernard, son fondateur (31, Après qu'il eut quitté son abbaye de Sainl-Cypricn de Poitiers, pour ne se pas soumettre à (^(ugny , les moines de Saint-Cyprien travaillèrent pendant environ quatre ans à défendre leurlinerté ;et, ne pouvant y réussir, ils eurent recours à l'évoque de Poitiers; et avec ses lettres ils allèrent trouver leur abbé dans le désert, où il s'éloit retiré avec Vital et Kobert d'Arbrisselles. BiTnard rexint avec eux, et entreprit même le voyage de Home, monté sur un âne, avec son méchant habit d'ermite, et fut très bien reçu du pape Pascal , instruit de son mérite par les cardinaux Jean et Benoît, qui avoient été légats en Aquitaine. Le pape le rétablit dans ses fonctions d'abbé, et ilgou-
(1) Sup. liv L\v, n. 4. .
2 Clir. Savi^'ii. lo. .
Miscell. Baiuz. p. 310.
3 Sup. liv L\v , n y.
Vila Born. c. 7. Ap. B^ii.
to. 10, p. 225.
verna son monastère en paix pendant quelques années, après lesquelles quelques moines indociles de Saint-Cyprien excitèrent ceux de Clugny à renouveler leurs poursuites , et Bernard fut obligé d'aller une seconde fois à Rome.
Il n'y fut pas si bien reçu que la première ; et, se croyant injustement condamné , il cita le pape et son conseil au jour du grand jugement. Le pape, ofl'ensé de cette liberté, lui ordonna de se retirer; mais par l'avis de son conseil il le rappela. Il fut écouté dans un concile, où il représenta que le monastère de Saint-Cyprien de Poitiers étoit plus ancien que celui de Clugny, et que la dignité d'archiabbé, que l'abbé de Clugny vouloit s'attribuer, étoit inconnue dans l'Eglise. Enfin, il plaida si bien sa cause , que son monastère fut déclaré libre ; et le pape , voulant retenir à Rome un homme d'un si grand mérite, le pria d'accepter la dignité de cardinal. Mais Bernard , loin d'y consentir , supplia le pape de le décharger même de son abbaye , et fit si bien qu'il l'obtint. Le pape lui donna donc commission de prêcher, baptiser, recevoir les confessions, et imposer des pénitences en parcourant divers pays, l'exhortant à recevoir la nourriture corporelle de ceux à qui il administreroit la spirituelle ; et il commença par l'admettre lui-même à sa table tant qu'il demeura à Rome.
Bernard, étant de retour à Poitiers , quitta pour toujours le monastère de Saint-Cyprien , où il fit élire un autre abbé, et se retira avec quelques disciples à l'île de Chaussey, où il avoit déjà demeuré. Mais, peu de temps après, il y vint des pirates qui pillèrent sa chapelle, et en profanèrent à ses yeux les vases sacrés, ce qui lui fit tant d horreur, qu'il renonça pour toujours à cette habitation. Il revint donc en terre ferme sur la côte de Normandie, avec sen ami Vital ; et sa réputation lui attira plusieurs disciples. Mais, comme ils ne pouvoient subï.ister que du travail de leurs mains, ils ne savoient où trouver du temps pour cette multitude de psaumes que l'on réciloit alors dans la plupart des monastères. J'cnlendsces psaumes de surérogation , outre l'office canonial dont il est parlé dans les coutumes de Clugny. Bernard , après avoir consulté Lieu, crut que sa volonté eloit que l'on retranchât ces psaumes en faveur du travail (1 ).
Vital ayant fondé L» monastère de Savi gny (i) , Bernard et ses disciples allèrent d'un autre côté chercher un lieu pour s'établir, et s'adressèrent à Rotrou, comte de Perche , qui leur donna d'abord un lieu commode et agréable près son château de JNogenl; mais ensuite, [)ar le conseil de sa mère, il révoqua cette donation , pour ne pas faire de peine aux moines d(» Clugny , qu'il avoit établis dans la même ville. Il donna donc à Bernard et à ses disciples un lieu plus écarté dans les bois , nommé
(i; bup. liv. Lxiii, n. 60. (2; G. «.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An (leJ.-C. 1113.
AndeJ.-C. 1113]