LIVRE SOIXANTE-SIXIEME
Tiron , du ruissoau qui y passe ; ils y bàliront un monastère de bois , et Berniird, ayant reçu la bénédicliou d'ives de Chartres, évèquc diocésain, y célébra la première messe le jour de Pâques mil cent neuf. Les habitants du pays, gens grossiers, voyant ces nouveaux venus vêtus d'habits pauvres et hérissés de poil très-différents des autres moines, allèrent s'imaginer que c'étoient des Sarrasins espions venus par sous terre; et, ce bruit s'étant répandu, on envoya les reconnoitre. Mais quand on vit des hommes paisibles et sans armes qui bàtissoient de petites cellules et chantoienl des psaumes , on publia que c'étoient de nouveaux prophètes : ce qui attira le peuple en foule pour les voir; ci, Bernard profilant de Toccasion, leur préi ha les vérités éternelles , et en convertit plusieurs qui embrassèrent la vie monastique sous sa conduite. H lui vint des moines de différentes maisons et des nobles; d'autres lui offroient leurs enfants et leurs parents, et plusieurs de ses disciples gouvernèrent ensuite divers monastères.
Cependant les moines de Clugny, du prieuré de Siiint-Denis de Nogent , prétendirent avoir droit de dîmes et de mortuaires dans le lieu où étoit bâti le nouveau monastère (1). Bernard ne voulut point le leur disputer, et aima mieux quitter les bAliments que ses disciples avoient élevés avec bien de la peine. H s adressa à Ives de Chartres , et lui demanda une portion de terre appartenant à son éi^lise, et contiguë à celle que le comte Rotrou leur avoit donnnée. L'évéque et le chapitre la leur accordèrent volontiers ; la charte de cette donation est datée du troisième de février mil cent treize, et porte réserve expresse à la juridiction épiscopale. Cette terre étoit sur le ruisseau de Tiron, et le nouveau monastère que l'on y bâtit s'accrut considérablement en peu de temps , principalement par les libéralités du comte Kotrou, et devint chef d'une grande congrégation , dont dépendoient douze abbayes , quarante-huit prieurés et vingt-deux paroisses (2).