‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1777 sur 2407 · XXI. Observance de Ctteaux · texte numérisé non relu

XXI. Observance de Ctteaux

Le monastère de Cîteaux avoit fait pou de progrès depuis quatorze ans qu'il étoit fondé ; et, pour en affermir l'état, l'abbé Albéric , par le conseil delà communauté , envoya à Rome deux de ses moines, avec des lettres de recommandation de Jean et Benoit, cardinaux, alors légats en France , de Hugues, archevêque de Lyon, et de Gaultier, év éque de Chàhins, diocésain de Citeaux (3) Cette députalion tendoit à demander au pape sa protection pour le nouveau monastère , contre toutes sortes de personnes ecclésiastiques et séculières, principa-

(1) C. 9. (3) Sup. liv. LXIV, n. 6i.

(2) Gall.Chr. to.4, p.864. Exord.Cisl, c. 10, 11, 12,elc.

lement contre les moines deMolesme, afin que ceux de Citeaux pussent pratiquer en repos leur saint institut. C'est ce que le pape Pascal leur accorda par sa bulle donnée à Troyes en Pouille le dix-neuvième de mars, indiction huilième, l'an mil cent. Citeaux n'y est point autrement nommé, que le nouveau monastère du diocèse de Chàlons ; et le pape, en lui donnant sa protection, réserve la révérence canonique, c'est-à-dire la juridiction épiscopale de l'évéque diocésain , et confirme tout ce qu'avoit fait l'archevêque de Lyon pour mettre la paix entre Cîteaux et Molesme.

Alors Albéric et ses confrères résolurent de pratiquer exactement la règle de saint Benoît, et de rejeter tout ce qui y étoit contraire (1) , savoir, les frocs, les pelisses, les sergettes, les chaperons et les fémoraux ; les couvertures et les draps d'élamine pour les lits ; la diversité des mets dans le réfectoire et la graisse. Ils ne Irouvoient ni dansla règle ni dans la vie de saint Benoit qu il eut possédé des églises , des autels, ni des oblations ou des dîmes, ni des fours ou des moulins banneaux , des villages et des serfs ; qu il eût enterré des morts dans son monastère, ou qu'il y eût laissé entrer des femmes. C'est pourquoi les moines de Cîteaux relranchèrent toutes ces pratiques , disant que dans l'ancienne distribution des dîmes en quatre parties, ils ne trouvoient point que l'on eût compris les moines qui possèdent des terres et des bestiaux, dont ils peuvent vivre en travaillant. Seulement ils résolurent d'ajouter à la règle , en prenant , avec la permission de leur evéque, des frères convers laïques, qu'ils traiteroient comme eux-mêmes , et des serviteurs à gages , parce qu'ils ne voyoient pas conmienl ils pourroient sans ce secours observer entièrement ce que la règle prescrit pour le jour et pour la nuit. Ils résolurent encore de recevoir des terres éloignées de l'habitation des hommes, de recevoir des vignes, des près, des bois et des eaux , pour faire des moulins à leur usage seulement et pour la pèche : des chevaux et d'autres bestiaux pour les nécessités de la vie. Et, quand ils auroient établi quelque part des métairies pour le labourage, ils résolurent qu'elles seroient gouvernées par des frères convers et non par des moines, parce que les moines, selon la règle, ne doivent habiter que dans leur cloître. Ils vouloienl imiter saint Benoît , qui n'avoit bâti ses monastères ni dans les villes ni dans les villages, mais dans des lieux écartés, et n'avoir comme lui en chaque monastère que douze moines avec l'abbé.

Albéric et ses confrères étoient affligés de ce qu'il neleurvenoit presque personne pour embrasser leur institut. Car ceux qui voyoieni leur manière de vie, ou qui en entendoient parler, en trouvoient l'austérité si extraordinaire , qu ils ne cherchoient point à se joindre à eux, eldou-

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