LVII. Réponse k saint Boniface
L'année suivante le pape écrivit à saint Boniface , répondant en même temps à plusieurs lettres. La première question étoit touchant le baptême, dont saint Boniface ne croyoit pas que la validité dépendit de la vertu du ministre; et le pape lui confirme cette vérité (4). Mais il veut que l'on baptise ceux dont le baptême est incertain , ou n'a pas été administré au nom des trois personnes de la trinité ; et il ne parle point de baptiser sous condition. Il ajoute (5) : Vous m'avez dit que vous aviez trouvé des imposteurs en beaucoup plus grand nombre que les prêtres catholiques, qui portent faussement le nom
(1) Sup. n. i7, 23. (i) Epist. 10, Ap. Olhol.
(2) Zac. Ep. 7. c. 9.
(3) Ep. 8, Ap. Oth. I. u, (5) P. 1519, E. C 8.
d'évêques et de prêtres, sans avoir jamais été ordonnés par de vrais évêques : se moquant des peuples, et troublant le ministère de l'églist», trompeurs et vagabonds, coupables d'homicides , d'adultères et de crimes abominables, hypocrites et sacrilèges. Plusieurs esclaves fugitifs qui, s'étant fait tonsurer, se transformèrent en ministres de Jésus-Christ qui vivent à leurs fantaisies , sans reconnoître d évêques : au contraire le peuple les soutient contre les évêques, de peur qu'ils ne répriment leurs mœurs criminelles. Ils assemblent à part le peuple qui les approuve dans des lieux champêtres et des maisons des paysans, où ils se puissent cacher. Ils ne prêchent point aux païens la foi catholique, et ne la savent pas eux-mêmes. Ils n'enseignent pas aux catéchumènes les paroles solennelles de la profession de foi , et des renonciations au démon, et ne font point sur eux le signe de la croix avant le baptême. Partout où vous trouverez ces ministres de satan, privez-les (lu sacerdoce en concile provincial, et les soumettez à la règle monastique, pour finir leur vie en pénitence. S'ils ne se convertissent pas, vous ne perdrez pas le mérite de vos instructions. On voit ici quels ètoient les faux frères que saint Boniface avoit à combattre dans le cours de sa prédication.
Le pape condamne ensuite un prêtre Ecossois nommé Samson, qui soutenoit qu'on pouvoit devenir chrétiens sans baptême , par la seule imposition des mains de l'évêque, et plus bas il ajoute : Vous nous avez écrit aussi de ce Virgile, que nous ne savons si on nomme prêtre , qui , parce que vous le confondez sur ses erreurs, s'efforce de vous nuire en semant la division entre vous et Odilon , duc de Bavière, et disant que nous l'avons employé pour remplir là place d'un des quatre évêques que vous y avez ordonnés. Quant à sa perverse doctrine , s'il est prouvé qu'il soutienne qu'il y a un autre monde , et d'autres hommes sous la terre, un autre soleil et une autre lune, chassez-le de l'Eglise dans un concile, après l'avoir dépouillé du sacerdoce. Nous avons aussi écrit au duc de Bavière de nous l'envoyer, afin de l'examiner nous-même, et le juger suivant les canons. Nous avons écrit à Virgile même et à Sinodius des lettres menaçantes, et nous vous croyons plutôt qu'eux. Le pape témoigne dans cette même lettre approuver un écrit touchant la foi , que saint Boniface lui avoit envoyé en son nom et des autres évêques de France, et rend grâces à ûieu , de ce qu'il les a ramenés à l'unité du saint-siège. Il écrit une lettre particulière à ces évêques (1) , où il en nomme treize des quatre provinces de Mayence, de Reims , de Rouen Pt de Sens. Il les loue de leur union entre eux à l'église romaine, et les exhorte à agir de concert avec Boniface , légat du saint-siége.
(1) Ep.ll.
Saint Boniface avoit demandé que le pape envoyât un évêque en France, à quoi il répond : Tant que Dieu vous conservera , il n'est point nécessaire d'y en envoyer d'autre qui tienne votre place. Envoyez ceux que vous jugerez à propos prêcher l'Evangile dans le lieu que vous réglerez, et procurez la tenue des conciles. Il approuve ensuite le choix que les François avoient fait de Mayence pour être la métropole et le siège de Boniface. Il lui conseille de ne le point quitter; mais il lui permet pour le soulagement de sa vieillesse, d'ordonner évêque celui qu'il trouvera digne de lui succéder , c'est-à-dire un coadjuleur. Cette lettre est datée du premier de mai , la vingt-neuvième année de Constantin , indiction première, qui est l'an sept cent quarante-huit. On en trouve une autre datée de trois ans après, l'an sept cent cinquante-un, par laquelle le pape confirme en faveur de saint Boniface et de ses successeurs la dignité de métropole à l'Eglise de Mayence, déclarant qu'elle a sous elle les villes de Tongres, Cologne, Wormes, Spire et Utrecht, et toutes celles de Germanie où Boniface avoit établi la foi (1).
Cette lettre accompagna la réponse d'une que saint Boniface avoit envoyée au pape par le prêtre Lulle , où il lui disoit entre autres choses (2) : Il y a dans une vaste forêt un lieu sauvage au milieu des peuples de notre mission , où nous avons bâti un monastère , et établi des moines qui vivent selon la règle de saint Benoit dans une étroite abstinence, sans chair , ni vin , ni bière , sans serviteurs, contents du travail de leur mains. J'ai acquis ce lieu par le moyen des personnes pieuses, et principalement de Carloman ci -devant prince des François, je l'ai dédié au sauveur, et je me propose avec votre consentement, de m'y reposer quelque jour pour le soulagement de ma vieillesse, et d'y être enterré après ma mort. On voit bien que c'est l'abbaye de Fulde.
Le pape Zacharie répondant à cette lettre accorde à saint Boniface un privilège pour le monastère de Fulde , et il y en a une lettre séparée, par laquelle le pape l'exempte delà juridiction de tout autre évêque excepté du saint-siége; en sorte qu'aucun n'entreprenne d'y célébrer la messe s'il n'y est invité par l'abbé (3). C'est le premier exemple que je sache d'une pareille exception.
Le pape continue dans la lettre principale à répondre aux questions que Lulle avoit proposées dans un mémoire, et défend aux chrétiens de manger de plusieurs viandes, soit par rapport à la santé, soit pour rapprocher ces barbares des mœurs des autres peuples (4). Il
(1) Zac. Ep. 13. Ap. Oth. (3) Epist. 11, Ap. Olhol. c- !♦• c. 12. Epist. 14, Othol. 11,
(2) T. 6, Conc. p. 1530. c. 15.
Oth. lib. u, c. 11. Bon. Ep. (i) Art. 1, 2, 7, 9, 11, 13. 141,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
ajoute : Quant au feu pascal , notre tradition est, que le jeudi-saint, pendant que l'on consacre le saint-chréme, on rassemble l'huile de toutes les lampes de l'église en trois grandes lampes, que l'on met dans un lieu secret de Féglise à l'imitation de l'intérieur du tabernacle ; et on prend soin qu'elles brûlent continuellement, en sorte que cette huile puisse suffire jusqu'au troisième jour. Mais nous n'avons {)oint de tradition des cristaux dont vous parez. C'étoient des miroirs ardents ou des pierres pour faire du feu nouveau. On voit ici que l'usage présent de l'église romaine de battre le fusil pour allumer le cierge pascal n'est pas de la première antiquité. Le pape continue : 11 seroit bon de ne point ordonner les prêtres avant trente ans ; mais en cas de nécessité, on les peut ordonner à vingt-cinq ans, suivant la loi du service des lévites. Les ordinations que vous avez faites hors des temps légitimes, y étant obligé par la nécessité et la pauvreté des ordinants , nous prions Dieu de vous les pardonner , parce que c'est le zèle de la foi qui vous a fait agir. Telles étoient alors les dispenses des indulgences pour une faute commise , non des permissions de la commettre. Les prêtres promus de l'état laïque, après avoir commis des crimes qui n'ont été découverts que depuis leur ordination , doivent être dépouillés de l'habit sacerdotal , et mis en pénitence.
Quant à Milon et à ses semblables qui nuisent beaucoup aux églises, exhortez-les suivant le précepte de l'apôtre (1) ; s'ils vous écoutent, ils sauveront leurs âmes , sinon vous ne perdrez pas votre récompense. C'est Milon usur- Saleur du siège de Reims , qui vécut encore eux ans, et fut tué à la chasse par un sanglier
(1) Y. Tim. IV, 2.
[An de J.-C. 751
An de J.-C. 752. ]