LIVRE SOIXANTE-SIXIEME
(An de J.-C. 1
temps, Albert fui le plus grand ennemi do Tenipcreur, et, pei danl l'absence de ce prince, l'Allemagne éluit pleine de séditions, de meurtres, d'incendi s et de pillages.
La comtesse Mathilde éloil morle la même année mil cent quinze, le vingt-quatrième de juillet, veille de Saint-Jacques, âgée de soixante-neuf ans; et ceux qui en avoient apporté la nouvelle à l'empereur l'invitoient à venir recueillir cette ample succession , car il ne paroît pas que l'on eût alors égard aux donations que cette princesse avoit faites à l'église romain'», ni que le pape Pascal se soit mis en devoir d'en prendre possession (1). Ce fut le principal motif du voyage de l'empereur en Italie, et il étoit pour ce sujet en Ligurie au temps de Pâques mil cent seize, quand il apprit ce qui s'etoit passé à Rome, et la sédition qui avoit obligé le pape à se retirer. Il en eut bien de la joie, et il envoya les présents impériaux au nouveau préfet et aux Romains, leur mandant qu'il iroit lui-même à Rome.
XLL L'empereur à Rome.
Il y vint en eflet avec une armée l'année suivante, mil cent dix-sept. Le pape ne l'attendit pas, mais il se retira au mont Cassin, où, à la prière de toute la communauté, il rétablit Landulfe, archevêque de Bénévent, déposé au concile de Cepéran ; puis, passant par Capoue, il arriva à Bénévent (2). Cependant l'empereur entra à Rome, où il attira à son parti les consuls, les sénateurs et les grands; les uns par présents, les autres par promesse. Il donna en mariage sa tille Hertheà Ptolomée, chef du parti contraire au pape, qui étoit de la famille Octavia et (ils du consul Ptolomée. Il lui fit de grands présents, et lui confirma tout ce qu'avoient eu son aïeul Grégoire et ses autres parents L'empereur célébra à Rome avec grande solennité la fête de Pâques, qui cette année, mil cent dix-sept, fut le vingtcinquième de mars. 11 alla à Saint-Pierre, et demanda la couronneauclergé de Rome (3), disant qu'il étoit venu pour la recevoir de la main du pape, dont il regardoit l'absence comme un malheur pour lui, ne désirant que de rétablir lunion entre eux. Le clergé d(^ Rome répondit que la conduite de l'empereur ne répondoit pas à son disccfurs, puisqu il éluit venu en armiS, et faisant autour de Rome toutes sortes d'actes d hostilité, prenant la protection de l'abbé de Farse et de Ptolomée, tous deux excomfnuniés.
Sur ce efus, l'empereur s'adressa à Maurice Buurdin , archevêque de Prague, qui etoitau» près de lui en qualité de légal du pape, pour traiter la paix, et reçut de sa main la couronne
(1) Domnizo. ab Ursp. r2) C 61. Sup. n. 20. Baron. 1115. CLr. Cass. iv, ^3) Pelr. Pisan. c. 60.
impériale devant le corps de saint Grégoire > dans l'église de Saint-Pierre Le pape et l'empereur envoyèrent de part et d'autre pour traiter de la paix; mais ils ne purent convenir, et l'empereur, craignant les chaleurs de l'été, se retira avec promesse de revenir quand la saison seroit adoucie. Il laissa à Ptolomée des troupes allemandes , qui repoussèrent les Normands que le pape avoit appelés. Le pape cependant tint un concile à Bénévent , au mois d'avril, où il excommunia l'archevêque de Prague, qui avoit couronné l'empereur (1).