XVIII. Canonisation de saint Arnoul de Soissons
Barthélémy, évéque de Laon , assista , cette même année rail cent vingt , au concile tenu à Beau vais, depuis le dix-huitième d'octobre jusqu'au vingt-neuvième, par Conon, évoque de Préneste, légat du saint-siège sur les trois provinces de Rouen, de Reims et de Sens. Il s'y trouva douze évoques, savoir , Guillaume de Champeaux , évéque de Chàlons, nommé la colonne des docteurs par lauteur du temps , Geoffroy de Chartres, Henri d'Orléans, Gilbert de Paris, Pierre de Beauvais, Enguerrand d'Amiens, Robert d'Arras, JeandeThérouane, Lambert de Tournai , Bouchard de Cambrai , Barthélémy de Laon, Lisiard de Soissons. Daimbert, archevêque de Sens, y étant invité, fut retenu par maladie. Nous ne savons de ce concile que ce qui regarde la canonisation de saint Arnoul de Soissons (1). Arnoul, abbé du monastère de Wuttembourg , fondé par ce saint évéque, étoit présent, et lenoit entre ses mains li' livre de sa vie et de ses miracles. L'évéque de Soissons le prit et le présenta tout ouvert aux autres évéques, disant : Seigneurs , voilà le livre que j'ai fait écrire de sa vie ; je rends témoignage à la tin, de la vérité de ce qui y est raconté; et, quant aux miracles , j'en ai ici des témoins dignes de foi, et chez moi encore plus. Je vous prie d'examiner soigneusement ce livre, pour voir ce que l'on doit faire ; quant à moi, s'il étoit dans mon diocèse, il y a long-temps qu'il ne seroit plus
en terre.
Alors l'évoque de Chàlons prit le livre, et, voyant par la table qui étoit au commencement le grand nombre des chapitres , il dit à l'évoque de Tournai : Seigneur, que voulez vous davantage? Sans ce livre, le témoignage du sei'^eur évéque de Soissons et de ses clercs vous doit suffire. Vous devez aussi prendre grande confiance en ce vénérable abbé , dont l'âge et la prudence nous plaît fort ; et nous sommes trop occupés des affaires du concile pour pouvoir lire ce livre. Gœffroy, évéque de Chartres, dit aussi à l'évoque de Tournai : Je vous dis en vérité, que si le Seigneur avoit fait un de ces miracles pour un de mes prédécesseurs, je ne consulterois ni pape, ni légat, ni archevêque. Alors quelques fameux
rt) To. X, Conc. p. 882. liv. Uiiil, n. 19, 39. E\ \hat( t6fn.î,Spicil Sup.
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docteurs prirent le livre et parcoururent quelques chapitres de la vie; puis ils vinrent dire aux évéques avec grande assurance : Celui-là n'est pas de Dieu qui s'oppose à la vénération de ce saint. L'évéque de Chàlons dit : En vérité , c'est une honte à nous de douter d'une chose si claire. Seigneur évéque d'Arras, marquez un jour pour vous assembler sur le lieu, lever de terre le corps de ce serviteur de Dieu, et le placer honorablement. L'évéque de Tournai dit : Voilà le légat assis là-haut dans cette église avec notre archevêque de Reims et celui de Tours; je vous prie, venez devant eux, et faites confirmer votre avis par leur jugement. Ils dirent : Soit au nom de Dieu. L'évcHiue de Tournai dit à celui de Chàlons : Je vous prie de plaider ma cause. Il le lit éloquemment et en peu de mots; et le légat avec 1 archevêque de Reims répondirent tout d'une voix : INous recevons votre jugement , et nous confirmons votre décret. Alors Lambert, évéque de Tournai, appela l'abbè de Wuttembourg, et lui marqua le jour auquel on s'assembleroit dans son monastère pour lever solennellement le corps saint, savoir, le premier de mai de l'année suivante mil cent vingt-un. Ce qui fut exécuté avec un grand concours de tous les peuples d'alentour. Et telle tut la canonisation de saint Arnoul de Soissons.