XXVI. Ecrits de GeofTroy de Vendôme sur les investitures
Je rapporte à ce temps-là et aux préparatifs du concile général les traités de Geoffroy de Vendôme sur les investitures (1). Il adresse le premier au cardinal Pierre de Léon, qui l'avoit consulté sur cette matière, et il dit : En premier lieu, il faut croire fermement que, comme le baplême fait un chrétien, ainsi l'élection et la consécration fait un évêque: l'un et l'autre est nécessaire pour l'établir vicaire de Jésus-Christ, et la consécration est nulle si elle nest précédée d une éleclion canonique. Les clercs sont les vicaires de Jésus-Christ dans l'élection , les évêques dans la consécration; tous les autres peuvent bien demander un évêque, mais non pas l'èliie ou le sacrer. Quiconque donc s'attribue d'une autre manière le nom d'évêque et la puissance ecclésiastique, celui-là n'entre point par la porte et doit être compté entre les voleurs. Et ensuite : Quelques-uns croient que tout est permis à l'église romaine, et qu'elle peut faire par dispense autrement que l'Ecriture ne prescrit. Cette opinion est insensée ; l'église romaine n'a pas plus de pouvoir que saint Pierre , ni que Jesus-Chrisl même, qui n'est pas venu abolir la loi , mais 1 ace omplir. Elle doit donc se servir de la puissance que Jésus- (>hrisl lui a donnée, non selon sa volonté , mais selon la tradition de Jésus-Christ ; et si le pape est averti par quelqu'un de ses inférieurs de corriger ce qu'il a fait excédant les bornes de la justice, il doit recevoir cet avis comme saint Pierre reçut celui de saint Paul. Ces paroles sont d'autant plus remarquables, qu'elles sont d'un cardinal écrivant à un cardinal.
Il soutient ensuite que l'investiture, ou plutôt l'opinion que les laïques la peuvent donner, est une hérésie comme la simonie , et encore pire, en ce qu'elle est toujours publique, et qu'elle renferme toujours la simonie, puisque les pri;ices ne sont si jaloux de ce droit que pour leur intérêt tenjporel , ou de recevoir de l'argent , ou de s'assujettir les évêciues. Or il traite (ctle opinion d'hérésie, parce qu'il prétend que l'anneau et le bà on pastoral sont les signes sensibles de la puissance spirituelle de l'évêque, et par conséquent appartiennent au sacrement et à l'ordinalion, qu'un laïque ne peut conférer. Geoffroy soutient la même
(1) Goiï. Opusc.î.
doctrine dans un écrit adressé au pape Calliste, savoir, que 1 investiture est une hérésie, parce que c'est une entreprise des laïques pour conférer un sacrement (1 ;.
Toutefois, dans un autre écrit, il convient que les princes peuvent donner aux évêques linvestiture des biens temporels que l'Eglise possède , parce qu'elle ne les tient que de leur libéralité et en vertu de leurs lois (2) , ce qu'il confirme par l'autorité de saint Augulin ; puis il continue : Les rois peuvent donc, après l'élection canonique et la consécration , donner à l'évêque l'investiture des biens ecclésiastiques, en lui promettant leur prolectic n , et il n'importe par quel signe ils le fassent. Jésus-Christ a voulu que le glaive spirituel et le matériel fussent employés à la défense de l'Eglise ; que, si l'un émousse l'autre , c'est contre son intention. C'est ce qui ôte la justice de l'état et la paix de l'Eglise, ce qui cause les scandales et les schismes , la perte des corps et des âmes. Et ensuite: Que l'Eglise conserve sa liberté, mais qu'elle se donne bien garde d'excéder dans l'usage des censures et de rompre le vase dont elle veut ôter la rouille. Sur quoi il rapporte le fameux passage de saint Augustin contre Parménien , pour montrer qu'il ne faut point excommunier celui qui a la multitude de son côté. Cet écrit est le premier où j'aie observé l'allégorie des deux glaives, pour marquer les deux puissances , la spirituelle et la temporelle. Dans un dernier écrit adressé au pape Calliste, Geoffroy donne ces règles sur les dispenses (3). Il faut quelquefois accorder des dispenses dans l'Eglise, non par intérêt ou par faveur, mais par une pieuse condescendance, en permettant pour un temps quelque chose de moins parfait , plutôt que de mettre la foi en péril, avec intention de rétablir la règle dans un temps plus convenable. On peut aussi changer par dispense les coutumes des églises et des morastèrcs, mais pour établir un plus grand bien au lieu d'un moindre. Celui qui dispense autrement n'est pas vicaire de Jésus- Christ , mais un aveugle qui conduit d'autres
aveugles.