LIV. Conrile de Troycs
Au commencemeulde Vannée mil cent vingl-
(l) Suger Vita. Ludov. €t iadivicuio. p, aie. MeUn. ad Usuald.
huit, le cardinal Matthieu, évéque d'Albane et légat du p«ipe en France, tint un concile à Troyes. où il appela Siiinl Bernard. Le saint abbe s'en excusa d'abord par une lettre, où, après avoir marqué qu il avoit été retenu par une fièvre aiguë , il ajoute : C'est à nos amis à juger si celte cause de demeure est juste, eux qui, sans admeltre aucune excuse, veulent, sous prétexte d'obéissance, me traîner tous les jours de mon cloitre dans les villes, et trouvent mauvais que je leur dise avec l'épouse : J ai ôlé ma tunique, comment la reprendrai je (1)? J'ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ? Ces affaires, pour lesquelles on veut interrompre mon silence, sont faciles ou non. Si elles sont faciles , on peut les faire siuis moi; si elles sont dilliciles, je ne puis les faire, à moins qu on ne me croie capable de ce qui est impossible aux autres. S il est ainsi , je suis le seul , ômon Dieu, en qui voire jugement s'est trompé en appelant à la vie monastique un homme si nécessaire au monde, et sans qui les évéques ne peuvent traiter leurs affaires.
11 ne laissa pas de venir au concile deTroyes, qui se tint à la Saint-llilaire, treizième de janvier rail cent vingt-huit (J). Le légat Matthieu y presidoit, puis Rainald , arctievéque de Reims, Henri de Sens, et les évéques de Chartres, de Soissons, de Paris, de Troyes, d Orléans, d'Auxerre, de Meaux, de Chàlons, de Laon, de Beauvais, treize en tout. Raoul le vert , archevêque de Reims , étoit mort Je vingt-troisième de juillet mil cent vingt-quatre , et Rainald de Martigné , évéque d'Angers depuis vingl-qualre ans, avoit été transféré à Reims, dont il prit possession au mois d'octobre delà même année mil cent vingt-quatre, et gouverna celle église quatorze ans. 11 y avoit aussi plusieurs abbés au concile de Troyes : Rainald de \ ézelai, qui la même année devint archevêque de Lyon, les abbes de Cileaux , de Ponligny, de Clairvaux, qui étoit sainl Bernard, de Trois-Fontaines, de Saint-Denis de Reims, de Saint-Etienne de Dij(m et de Molesme. 11 y avoit deux docteurs fameux, Albéric de Reims et Fouger ; entre les laïques, Thibaut, comte de Champagne , le comte de JNevers, et Hugues , maître de la nouvelle milice du temple, avec cinq de ses confrères.