P. UO
Mais ce que l'on appelle faussement des images ne vient pas de la tradition de Jésus- Christ , des apôtres ou des pères , elles n'ont point de prières particulières pour les sanctifier, et demeurent profanes et méprisables tomme le peintre les a faites. Que si l'on deniande pourquoi nous condamnons les images de la mère de Dieu , et des saints , qui sont de purs hommes, sans avoir la nature divine ^omme Jésus-Christ , nous dirons que l'Eglise
(2) Lib. V, XLIII, n. 36.
est entre le judaïsme et le paganisme, et rejette les cérémonies de l'un et de l'autre, du judaïsme les sacrifices sanglants, du paganisme la fabrication et le service des idoles , dont l'art détestable de la peinture est la source (1). Car, n'ayant point d'espérance de la résurrection , ils ont inventé cette illusion pour rendre présent ce qui ne Tétoit jMiint. Mais pour les saints qui vivent avec Dieu , c'est leur faire injure que de les représenter avec une malièrQ morte par l'art des paï(»ns.
Le concile rapporte ensuite quelques passages de l'Ecriture, pour autoriser sa définition, et quelques passages des pères (2), savoir , de saint Epiphane, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Jean Chrysostôme, de saint Athanase, de saint Amphiloque, de Théodore d'Ancyre, d'Eusèbe de Césarée, en Palestine. Après quoi il conclut qu'on doit rejeter de rÊglisc, avec abomination, toute image peinte de quelque manière que ce soit , et défend à toute personne à l'avenir d'en faire aucune, l'adorer, la dresser dans une église , ou dans une maison particulière , ou la cacher , sous peine, aux évéques, aux prêtres et aux diacres, de déposition ; aux moines et aux laïques, d'anathème, sans préjudice des peines portées par les lois impériales. Mais il ajoute que, sous prétexte de cette défense des images, aucun de ceux qui gouvernent les églises ne pourra s'emparer des vases sacrés , ni des ha-» bits, des voiles , et des autres meubles destinés au service divin. Que s'il veut les changer, il ne le pourra que du consentement du patriar« che de Constantipople , et par ordre de l'em^ pereur , afin que ce ne soit pas un prétexte d^ défigurer les églises. Il est défendu aussi aux magistrats et à tous les laïques d'abuser de ce prétexte , pour se rendre maîtres des églises , et les réduire en servitude comme auelquesuns avoient fait.
Le concile prononce ensuite plusieurs arti* des en forme de canons avec anathème à chacun , dont les premiers ne contiennent que 1^ doctrine catholique sur la trinité et l'incarna^ tion (3) Mais il y en ajoute plusieurs contre les images de Jésus-Christ et des saints. Toutefois il reconnoît que la Sainte- Vierge est au-dessus de toutes les créatures, et qu'on doit avoir re^ cours à son intercession, comme très-puissante auprès de Dieu ; et que tous les saints qui ont vécu sous la loi de nature, la loi écrite, ou la loi de grâce, doivent être honorés et priés suivant la tradition ecclésiastique.
Après cela , les empereurs Constantinet Léon, car on les fait toujours parler ensemble suivant l'usage, demandèrent au concile si le décret qui venoit d'être lu étoit publié du consente^ ment de tous les évéques (4). Ils répondirent : Nous croyons tous ainsi , nous en sommes tous
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
d'accord , nous avons souscrit avec joie. Ils firent ensuite plusieurs acclamations à 1 honneur des empereurs, les louant entre autres choses d'avoir aboli Tidolàtrie. Enlin ils prononcèrent anathème nommément contre saint Germain de Constantinople, Georges de Chypre et saint Jean Damascène, en ces termes : Anathème à Germain , double en ses sentiments, et adorateur du boisî Anathème a George, son complice, falsificateur de la foi de nos pères! Anathème à Mansour , maudit et favorable aux Sarrasins 1 Anathème à Mansour, adorateur d'images et faussaire! Anathème a Mansour, injurieux à Jésus-Christ, et traître ^ à l'empire! anathème à Mansour, docteur d'impiété et mauvais interprète de l'Ecriture. La trinité les a déposés tous trois. Tel est le décret du faux concile de Constantinople, tenu par les iconoclastes. . „ ^ *
Le vingtième du même mois d août, sept cent cinquante-quatre, l'empereur Constantin alla dans la place publique avec le nouveau patriarche Constantin et les autres éviK^ues ; et ils publièrent le nouveau décret du concile, répétant les analhèmes contre Germain, George et Jean Mansour (1). Ce décret étant porte dans les provinces, on voyoil partout les catholiques consternés, et les iconoclastes changer les vases sacrés, et détigurer les églises. On brùloit les images, on battoit ou on enduisoit les murailles qui en étoient peintes , mais on conservoit celles qui n'avoient que des arbres des oiseaux ou des bétes , principalement les représentations des spectacles profanes , comme des chasses , ou des courses de chevaux (2).