XXXIV. Mort de Henri V\ Etienne, roi d'Angleterre
Henri P% roi d'Angleterre, mourut à Lions, en Normandie, le dimanche premier jour de décembre mil cent trente-cinq, après avoir régné trente-cinq ans, et en lui finit lali^^ne masculine des rois normands(l). Hugues, archevêque de Rouen, qui avoit assisté ce prince à la mort, en écrivit au pape Innocent en ces termes : Le roi mon maître étant subitement tombé malade, nous a aussitôt appelés pour le consoler, et nous avons passé trois jours fort tristes avec lui. H confessoit ses péchés suivant ce que nous lui disions, frappoit sa poitrine et renonçoit à toute mauvaise volonté. Par notre conseil et celui des évéques , il promettoit l'amendement de sa vie; et sous cette promesse, nous lui avons donné trois fois l'absolutiim pendant ces trois jours. 11 a adoré la croix de JNolre Seigneur, a reçu dévotement son corps et son sang, et ordonné ses aumônes, en disant : Que Ion acquitte mes dettes, que l'on paye les livrées et les gages que je dois, et qu on donne le reste aux pauvres. Enfin,
(1) Sup. liv. lAV, n. f).
Guill. iVIalmesb.Hist.iXovo,
p. 177. Ordcr. lib. vni , P-
nous lui avons proposé l'autorité de l'Eglise, touchant l'onction des malades , il la demandée, et nous lui avons donnée : ainsi il a fini en paix. Tel fut le témoignage de l'archevêque.
Le corps du roi fut porté à Rouen , puis à Caen, où on le garda jusqu'à ce que la sais<m permît de le porter en Angleterre, et il fut enterré au monastère de Radingues , qu il avoit fondé. Malhilde ou Mahaud, sa fille unique, avoit épousé en premières noces l'empereur Henri V, dont ell;^ n avoit point eu d'enfants. Après sa mort, elle épfmsa Geoffroy, comte d'Anjou, surnommé Plante -Genest, fils de Toniques, alors roi de Jérusalem. Elle devoit succéder au royaume d'Angleterre, suivant l'intention de son père, mais elle fut prévenue par Etienne, comte de Boulogne, son cousin-germain, fils d'Alix, sœur du roi Henri et d Etienne , comte de Blois et de Champagne Le comte de Boulogne passa en Angleterre, et y fut couronné roi le dimanche vingt-deuxième de décembre mil cent trentetrois, par Guillaume, archevêque de (^antorbéry, assisté des évéques de Winchester et de Sarisbéry.
Le roi Etienne, à son avènement à la couronne, promit de conserver les libertés de l'église anglicane, ccmime il paroît par une charte dcmnèe à Oxfor.l 1 an mil cent trenlcsix, où il reconnoît d'abord que son élection a été confirmée par le pape Innocent (1). H promet de ne rien faire par simonie dans les affaires ecclésiastiques, et ne rien permettre de semblable. La juridicti(m sur les personnes ecclésiastiques et la distribution des biens de l'Eglise demeura aux évéques. La dignité et les privilèges des églises et leurs aniennes coutumes seront inviolablement conservés. Les églises posséderont librement et sans trouble tous les biens dont elles ont joui du temps du roi Guillaume le conquérant. Si elles ont perdu quelque chose de ce qu'elles possédoient alors ou de ce qu'elles ont acquis depuis, le roi Etienne promet de leur en faire justice. Il conservera les dispositions que les évéques, les abbés et les autres ecclésiastiques auront faites de leurs biens avant leur mort. Pendant la vacance du siège, tous les biens de l'église seront à la garde du clergé ou des personnes de probité de la même église. Toutes les exactions et les injustices introduites par les vicomtes et les autres officiers seront abolies : c est ce que promit le roi Etienne. Mais Guillaume de Malmesbury, auteur du temps, remarque que ce prince etoit léger, et peu sûr en ses promesses (2).
H passa en Northumber avant le carême de la même année, mil cent trente-six, pour voir le roi d'Ecosse, et le vingt-neuvième de mars, qui étoit l'octave de Pâques, il fit tenir un concile où ï)résida Tourslain , archevêque
(1) Tom. X, Conc. p.991. C2) P. 187.
d'York, assisté de plusieurs évéques, abbés et seigneurs. Le siège d'Excester étoit vacant par le décès de Guillaume de Varevast, et l'archidi icre Robert fut élu en ce concile pour lui succéder : on y donna aussi deux abbayes.