‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1992 sur 2407 · XVI. Saint Bernard en Allemagne · texte numérisé non relu

XVI. Saint Bernard en Allemagne

Saint Bernard alla lui-même prêcher la croisade en Allemagne, et vint à Mayence, où il trouva le moine Rodolphe en grand crédit auprès du peuple. H le lit venir, lui représenta qu'il agissoit contre le devoir de sa profession ; et enfin le réduisit à lui promettre obéissance, et à retourner dans son monastère. Le peuple en fut fort indigné, et vouloit exciter une sédition , s'il n'eut été retenu par la considération de la sainteté de Bernard. Etant allé à Francfort trouver le roi Conrad , pour mettre la paix entre lui et quelques seigneurs , il prit le roi en particulier, et l'exhorta à se croiser lui-même pour le salut de son àme ; mais le roi lui dit qu'il n'y avoit point d inclination ; et le saint abbé n'osa l'en presser davantage. Herman, évêque de Constance, qui se trouvoit à Francfort auprès du roi, pria instanmient saint Bernard de venir chez lui (1). 11 y avoit grande répugnance, étant pressé de retourner à Clairvaux , dont il étoit absent depuis près d'un an ; mais il se laissa vaincre à la persévérance de l'évêque de Constance, qui l'en fit prier par les autres évêques, et par le roi même ; et il crut connoîlre que c' étoit la volonté de Dieu. En ce voyage , il fit un grand nombre de miracles , dont nous avons une relation exacte, écrite à la prière de Samson, archevêque de Reims, par Philippe, qui accompagnoit le saint abbé dans ce voyage, étant archidiacre de Liège ; mais il se convertit alors, et au retour se rcMidit moine à Clairvaux. Cette relation est un journal, depuis le premier dimanche de l'Avent , premier ' jour de décembre mil cent quarante-six, jusqu'au jeudi, second jour de janvier mil cent quarante-sept. Philippe fait parler tous ceux qui avoient été avec lui témoins de ces miracles, savoir, llerman , évêque de Constance, 1 et Everard, son chapelain; deux abbés, Baudouin et Frouin; deux moines, Gérard et Geoffroy; trois clercs, Philippe, qui est l'auteur, Othon et Francon; enlin, Alexandre de i Cologne, qui se joignit à eux dans le voyage. I Ce sont dix témoins de ces miracles.

XVn. Miracles de saint Bernard.

Le journal commence ainsi : L'évêque Her-

(1) Otlo. 1, Frid. c. 39, iv,c. 3. Vila S. Bernard.

lib. M, c. 1, 4.

An de J.-C.1140. ]

man dit : Le curé du village d'Herenheim , étant appelé exprès , m'a déclaré qu'un homme aveugle depuis dix ans , qui étoit de sa maison, ayant reçu le signe de la croix en passant , le premier dimanche de l'Avent , recouvra la vue aussitôt qu'il fut arrivé dans la maison ; je l'a vois déjà ouï-dire à un autre , et la chose est très-certaine dans tout le pays. Le chapelain Everard dit : J'ai ouï-dire à deux hommes d'honneur, l'un prêtre et l'autre moine, qu'au village de Lapenheim , deux aveugles ont recouvré la vue le même jour par le signe de la croix. Philipi^e : Le lundi en ma présence, un vieillard aveugle fui amené à l'église, et après 1 imposition des mains tout le peuple cria qu'il avoit recouvré la vue , comme vous l'entendîtes tous. L'abbé Frouin : Je le vis qui voyoit clair , et le frère Geoffroy le vit avec moi. Francon : Le mardi à Fribourg, une mère présenta au logis son enfant qui étoit aveugle ; et, comme elle le reportoit après limposilion des mains, l'abbé fit demander à l'enfant s'il voyoit ; je le suivis moi-même, je l'interrogeai , et il me répondit qu'il voyoit clair •• ce qui fut aussi éprouvé en plusieurs manières. Geoffroy : Aussitôt que nous fûmes entres dans l'église, un jeune homme boi teux fut guéri par le signe de la croix. L'évêque •• Nous les vîmes tous devant l'autel, tandis que le peuple louoit Dieu avec de grands cris. Et ensuite : Pourquoi n'avez vous pas dit qu'à Fribourg, le premier jour, l'abbé ordonna de prier pour les riches, afin que Dieu ôtàt le voile de leurs cœurs , parce qu au lieu que les pauvres se présentoient pour être croisés, les riches se reculoient, et la

f^rièrene fut pas vaine ; mais les plus riches du leu , comme vous savez , et même les plus méchants, se croisèrent.

Après plusieurs autres miracles , l'évêque raconte ainsi ce qui s'étoit passé à Bàle le vendredi, sixième de décembre (1): Après le sermon et les croix données , on présenta à l'homme de Dieu une femme muette, et sitôt qu'il eut touché sa langue elle fut déliée , et la femme parla bien; je la vis et lui parlai. Mais ce boiteux qui avoit été guéri auparavant , et pour lequel le peuple jeta de si grands cris , qui de vous le vit ? Othon : Nous le vîmes tous. Everard : Les chevaliers de mon maître et moi, le même jour vendredi, nous vîmes un enfant que sa mère avoit amené aveugle au logis du saint homme, et qu'elle ramenoit voyant clair. Gérard : Il se fit plusieursmiracles, principalement ce jour-là, que nous ne pûmes savoir à cause du tumulte. Ensuite Everard , parlant du lundi neuvième décembre, dit : .T'ai conféré avec les chevaliers de mon maître, et de ce que nous avons vu tant eux que moi , nous avons compté trente-six miracles faits ce jour - là. Philippe : Le mardi à Schaffouse nous en perdîmes plusieurs, parce que le tumulte étoit insupportable, et Tabbi' fut obligé à s'abstenir

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