LIVRE SOIXANTE-NEUVIÈME
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de donner la bénédiction aux malades, et à s'enfuir, tant le peuple se pressoit l'un l'autre. Everard!: Moi-même je le pr lois instamment devant l'autel de n'imposer les mains à personne, ne sachant comment on pourroit le tirer de là. Philippe : Toutefois , à l'enlrée de l'égHsc , une boiteuse fut guérie en ma présence , et vous ouïtes tous le chant du peuple.
Ils arrivèrentà Constance le mercredi onzième de décembre , et y demeurèrent le jeudi et le vendredi. Peu de gens, dit l'abbé Frouin, virent ce qui s'y passa à cause du tumulte ; toutefois, je vis cet aveugle qui recouvra la vue le jeudi devant l'autel. L'abbéde Richenau,quilui donnoit laumônc, l'avoit fait amener. Geoffroy: 11 n'y a point de miracles que nous sachions le moins que ceux de Constance, parce qu'aucun de nous n'osoit se mêler dans la foule , et nous nous sommes proposés d'écrire ceux que nous avons vus. L'auteur continue à rapporter les miracles qui se firent à Zurich, à Rinfeld , à Strasbourg et aux autres lieux sur la route jusques à Spire , où ils arrivèrent le mardi, veille de Noël, vingt -quatrième de décembre (1). Le roi Conrad y avoit convoqué une assemblée des évêques, et saint Bernard y vint, pour mettre la paix entre quelques princes, dont les inimitiés empêchoient plusieurs personnes de se croiser. Il ne s'y fit pas beaucoup de miracles, parce, dit l'auteur, que Dieu ne daigne pas faire paroître sa gloire dans le concours d'une multitude curieuse : toutefois, le saint abbé y fit ce qu'il appeloil le miracle des miracles , eu persuadant au roi de se croiser.
Outre ce qu'il lui en avoit dit à Francfort , il l'exhorta encore à Snire , nommément dans un sermon public, et le vendredi , jour de Saint-Jean l'évangéliste, il lui en parla encore en particulier, l'exhortant à ne pas perdre l'occasion d'une pénitence si légère, si courte et si honorable. Le roi lui répondit enfin qu'il y penseroit, qu'il en parleroit à son conseil, et rendroit réponse le lendemain. Mais ensuite, p(»ndant la messe , saint Bernard se sentit vivement pressé de prêcher ce jour-là sans être prié, contre sa coutume. Il prêcha donc, et à la fin du sermon il adressa la parole au roi comme à un particulier. 11 lui représenta le jugement dernier, comme s'il eût été devant ce terrible tribunal, et fit parler Jesus-Christ, qui lui reprochoit les biens dont il l'avoit comblé, la couronne, les richesses , la force du corps et de courage ; enfin , il le toucha tellement, que ce prince interrompit le sermon, et s'écria avec larmes : Je reconnois les bienfaits de Dieu , et désormais , moyennant sa grâce, je n'en serai plus ingrat; je suis prêt à le ser^ vir, puisque j'en suis averti de sa part. Alors le peuple s'écria en louant Dieu , et le roi prit aussitôt la croix, et reçut de la main de l'abbé un étendard pris dessus l'autel, pour Iç
(1) C.3, 4.0tlo.J,Frid. C. 39.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
porter de sa main en celte guerre. Avec lui se croisèrent Fridéric, son neveu, duc de Souabe, et une infinité d'autres seigneurs.
Le dimanche, vingt neuvième de décembre, le roi assembla tous les seigneurs et les chevaliers croisés , et saint Bernard leur lit une exhortation plus divine qu'humaine. Ce sont les paroles de Philippe, qui ajoute : (Juand nous fûmes sortis, comme le roi lui-même conduisoit le saint avec les princes, de peur qu'il ne fut ace ablè de la foule, on lui présenta un enfant boiteux ; il fit le signe de la croix , releva l'enfant , et lui ordonna de marcher devant tout le monde. (,)ui pourroil dire avec quels transports de joie on condui>oil cet enfant ? Mais le saint abbé, se tournant vers le roi, lui dit : Ceci a été fait pour vous, afin que vous connoissiez que Dieu est vraiment avec vous, et que votre entreprise lui est agréable. A la même heure, avant que nous sortions du logis, une fille fut redressée, et une femme aveugle recouvra la vue. Après plusieurs autres miracles faits à Spire, Philippe continue ainsi, parlant de ce qui arriva le mardi dernier jour de l'année:
Au même lieu, arriva une chose qui nous fit grand plaisir , parce que ce fut en présence d'un duc grec , envoyé par l'empereur de Constantiriople. Il parloit à notre père dans la cha« pelle du roi, quand on lui présenta une femme aveugle ; aussitôt qu'il eut lait sur elle le signe de la croix , elle recouvra la vue , et le Grec en fut extrêmement touché. De même vers le soir , en présence du roi , de ce Grec et de plusieurs seigneurs , on lui présenta un enfant boiteux. Aussitôt le saint homme dit avec confiance : Au nom de Jésus-Christ, je te le commande , lève-toi et marche. L'effet suivit , l'enfant se leva, et manhoil librement ; d'abord les jambes lui trembloi<»nt ; mais peu à peu il se fortifia devant tout le monde. Anselme, évêque d'ilavelsberg, avoit un grand mal de gorge , en sorte qu'à peine pou voit-il avaler ou parler. 11 disoit à saint Bernard : Yous devriez aussi me guérir. H lui répondit agréablement : Si vous aviez autant de foi que les femmelettes, peut-être pourrois-je vous rendre service. L'évêque reprit : Si je n'ai pas de foi , que la vôtre me guérisse. Enfin , le père le toucha en faisant le signe de la croix , et aussitôt toute la douleur et l'enflure cessa. Saint Bernard fit encore plusieurs miracles le mercredi , premier jour de l'année mil cent quarante-sept , et le jour suivant , qui furent vus par le roi , la cour , et toute la ville de ^ Spire; mais l'auteur se plaint que le mémoire i où ils avoient été écrits fût perdu : ce qui marque qu'on les écrivoit chaque jour, et que la relation en fut dressée sur ces mémoires. La cour se sépara le vendredi, troisième de janvier , et saint Bernard partit pour AVormes. Ici finit la première partie du journal de ses ] miracles, et commence la seconde, adressée au j clergé de Cologne , qui contient le voyage de
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An de J.-C. lUt.l