LIVRE SOIXANTE-NEUVIÈME
Spire jusqu'à Liège (1). Le saint abbé, étant arrivé à \\ ormes, n'y voulut point séjourner, quoiqu'on l'en priât instamment , parce qu'il y avoit passé deux mois auparavant , et donné la croix à une multitude innombrable. Ils passèrent à Cruzenach le jour de l'Epiphanie, qui étoit le lundi; et le jeudi suivant, neuvième de janvier, ils arrivèrent à Cologne. Comme on n'y attendoil pas le saint abbé, la foule du peuple n'y fut pas si grande ce jour-là , car il entroit secrètement dans les villes autant qu'il pouvoit pour éviter les réceptions solennelles , ma s il le pouvoit rarement. Le samedi il ht un sernïon au clergé de Cologne, leur repro- <>hanl leur vie peu régulière, leur m(»llesse , leur oisiveté, knir orgueil, et leur appliquant plusieurs menaces des prophètes.
Le dimanche, après avoir dit la messe, il prêcha dans la place, parce que le peuple ne pduvoil tenir dans l'église 12). Là , dit l'auteur, en notre présence, un aveugle recouvra la vue, et un mamhol , qui avoit la main sèche, fut guéri. Et, après quelques autres miracles , il ajoute : Après le dîner, les miracles ne nous manquèrent point ce jour-là, et nous le savons certainement, car nous les examinâmes avec soin. Le saint homme étoit à une fenêtre, et on lui présentoit hsmalades par une échelle; car personne n'osoit ouvrir la porte de la maison , tant étoit grand le tumulte et l'empressement. Et ensuite : le lundi , dès le grand matin, un homme sourd recouvra l'ouie, et une fille aveugle la vue , et un peu après encore une femme aveugle. Là le concours et le tumulte fut si grand , qu'à peine put-on ramener le saint homme au logis , et je ne sais s'il s'y fit un plus grand mirac e , que de ce qu il échappa sain et sauf. A chaque miracle, le peuple s'écrioil en allemand : Clulsiunsgnade^ c'est-à-dire , Jésus-Christ, ayez pitié de nous, Kyrie eleison. IJie J/eiligen aile heljjen uns. Tous les saints , secourez-nous. Et ensuite : ]\ous sommes tous témoins de ces miracles , et toute la ville de Cologne, ils n'ont pas été faits dans un coin , mais en public. Si quelqu'un est incrédule ou curieux, il en peut examiner facilement une grande partie , principalement ceux qui ont été faits sur des personnes qui ne sont ni du dernier rang ni inconnues.
C'étoientsans doute ces miraclesqui faisoient que les Allemands, sans entendre la langue du saint abbé , écouloient ses sermons avec une affection merveilleuse , et en étoient plus touchés que des discours les plus éloquents. Ce qu'on reconnoissoit à les voir se frapper la pijilrine, et verser quantité de larmes (3). Saint Bernard partit de Cologne le lundi, treizième de janvier , et passa les jours suivants par Juliers, Ai\-la-( hapelle elMaëstrich, faisant partout des miracles. Le dimanche, dixneuNième, et lelundi suivant, il séjourna à
(3) Vila, lib ili,c. 25,n.
7i lib. VI, c. 7.
Liège , d'où il vint à Gemblous , à Mons , à Valenciennes, et le dimanche, vingt-sixième, à Cambrai , où il séjourna le lundi. Le vendredi