XXX. Croisade des Saxons
La croisade des Saxons contre les païens du Nord n'eut guère plus de succès (1). Elle fut aussi entreprise par l'autorité du pape et par l'exhortation de plusieurs religieux; et elle avoit pour but de soumettre ces peuples à la religion chrétienne , ou de les détruire entièrement. Les chefs de cette croisade étoient Fridéric , archevêque de Magdebourg ; les évêques d'Halbcrstadt, de Munster, de Mersbourg, de Brandebourg, d'Havelsberg et de Moravie ou d Olmus , et l'abbé de Corvey. Il y avoit aussi plusieurs seigneurs laïques ; et rarmée éîoit de soixante mille hommes. D'un autre côté, s'armèrent Albéron, archevêque de Brème; Tietmar, évêque de Verdun; Henri, duc de Saxe , et plusieurs autres seigneurs , avec quarante mille hommes. Le roi de Danemarck, avec les évêques du royaume, assembla aussi ses forces par terre et par mer, qui faisoient une armée environ de cent mille hommes. Toutes ces troupes attaquèrent les Sclaves pour venger les meurtres et les ravages qu'ils avoient faits sur les chrétiens, principalement sur les Danois. On attaqua donc les païens en divers endroits, on porta la terreur partout, on fit le dégât, et on brûla plusieurs villes , entre autres celle de Malèhon, avec le temple d idoles qui en étoit proche. Mais, après que cette guerre eut duré trois mois, les serviteurs des princes allemands les plus voisins leur représenlèrent qu'en ruinant ce pays (2) ils perdoient les tributs qu'ils avoient accoutumé d'en tirer ; ainsi ils commencèrent à faire la guerre foiblement, et enfin ils firent la paix, à condition que les Sclaves rccevroienl la religion chrétierme, et relàcheroient les Danois qu'ils tenoient esclaves. Il y en eut plusieurs, en effet, qui furent baptisés, mais sans être convertis; et ils rendirent les vieillards et les autres esclaves qui leur étoient inutiles, retenant les gens de service. Ainsi cette grande entreprise produisit peu de fruit; car, incontinent après, les Sclaves firent pis qu'auparavant; ils ne gardèrent ni les promesses de leur baptême ni la paix avec les Danois, sur lesquels ils ne cessèrent point de faire des courses.