III. JMort d'Anaslasc. Adrien IV, pape
Peu de temps après son avènement à la couronne, il apprit la mort du pape Anaslase IV et l'élection d'Adrien. Anaslase mourut la même année, mil cent cinquante quatre, le second jour de décembre, après avoir tenu le saint-siège un an quatre mois et vingtquatre jours. Le lendemain, troisième de dc»cembre, qui éloit un vendredi, fut élu pape et couronné, JNicolas, évêque d'Aibane, et nommé Adrien W. 11 tint le saint-siège quatre ans et neuf mois (1). Ce pape etoit Anglois de nation, nommé JNicolas Rrec Spère, c tsi-àdire brise-lance. Son père, Robert, étoit un clerc qui se lit moine a Saint-Alban, laissant ce fils en bas âge avec peu de bien. Etant devenu plus grand , et n'ayant pas de quoi aller aux écoles, il subsistoit des aumônes du monastère, où il venoit tous les jours. Son père en eut honte, et, lui ayant fait des reproches de son peu décourage, le chassa avec indignation. Le jeune homme , pressé de la nécessité , passa la mer, et, ne trouvant pas son avantage en France, il alla jusqu'en Provence, et s'arrêta à Saint-Ruf, monastère fameux de chanoines réguliers, près d'Avignon. Il s'appliqua à gagner leurs boimes grâces par tous les services qu'il leur pouvoil rendre ; et, comme il étoit bien fait de sa personne, sage en ses discours, prompt à exécuter les commissions, il se rendit agréable à toute la communauté. Us le prièrent même de prendre leur habit, et il vécut plusieurs années entre eux , avec un grand zèle pour la régularité. Il s'appliqua à la lecture, et, comme il avoit l'esprit pénétrant et une grande facilite à parler, il lit beaucoup de progrès dans la science et dans Tèloquence. Entin , il se lit tellement estimer, que l'abbé Guillaume II étant mort , il fut élu pour lui succéder.
Mais, quelques années après, ils se repentirent d avoir mis à leur tête un étranger ; ils inventèrent contre lui des calomnies et l'accusèrent devant le papt^ Eugène. Le pape, ayant ouï leurs plaintes , et voyant la sagesse et la modestie avec laquelle JNicolas se défendoit ,
(1) Cod. Valic. ap. Car. 2. Bibl. Lab. p. 303. Guiil. et Papebr. Chr. Vos. lom. Neubrig. ii, c. 6.
s'appliqua à les mettre en paix ; et , après les avoir ré<:onciliés, il les renvoya. Cette paix ne fut pas de longue durée ; il s'éleva bientôt une tempête plus violente, et les chanoines de Saint-Uuf revinrent porter leurs plaintes au pape Eugène, qui leur dit : Je sais quelle est la cause de cet orage; allez , et choisissez quelqu'un avec qui vous puissiez vivre en paix ; celui-ci ne vous sera plus à charge. Il les renvoya ainsi, retenant auprès de lui JNicolas pour le service de l'église romaine, et le fit evêque d'Aibane. Il fut ensuite envoyé légat en Norwé:.re, où il instruisit avec soin dans la loi de Dieu la nation encore barbare, et, à son retour, il fut élevé sur le saint-siège (1). Le nouveau roi d'Angleterre, Henri, ayant appris l'élection de ce pape , né son sujet , lui fit écrire une lettre, où il félicite son pays d'avoir produit un arbre si heureusement transplanté; il l'exhorte à remplir l'Eglise de dignes ministres, oi il procurer du secours à la terre sainte et à 1 empire de Constantinople.