‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2052 sur 2407 · X. Mort de Roger. Guillaume, roi de Sicile · texte numérisé non relu

X. Mort de Roger. Guillaume, roi de Sicile

Roger, premier roi de Sicile, étoit mort des le vingt-septième de février de l'année précédente, mil cent cinquante-qua(re, après avoir régné vingt-deux ans (3). \\ avoit fait couronner deux ans auparavant son filsGuil- -aume, qui lui succéda, el régna encore douze ans : il est connu soùs le nom de Guillaume le mauvais. Il demanda au pape Adrien la confirmation de son royaume, el, neTayant pas obtenue, il attaqua les terres de J 'église romaine, assiégea Bénévent , et prit plusieurs places en Gampanie :' c'est pourquoi le pape 1 excommunia : ce qui le rendit méprisable aux seigneurs de la Fouille (4). Ils envoyèrent donc des députés au pape comme à leur souverain seigneur, l'invitant à venir reœvoir leur^^, hommages. Four cet eff^'t , il passa en Gampanie avec une armée ver» la Saint-Michel mil cent cinquante-cinq , et se fit recon-

^1) Acla. Olho. c. 23 Acla.

.2} Guil. Tyr. xvui ,

/3) y.P«gian. Ji5i,n.

i.l-azel. Iib. VIF, r. 3, 4

(i; Acta. Hadr.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AiideJ.-C.1155.

noître dans tout le pays jusqu'à Bcnévent. Cependant il reçut une lettre de l'empereur Manuel , qui lui demandoit trois villes mari* times en Fouille, offrant de l'aider de troupes et d'argent pour faire la guerre à Guillaume et le chasser de la Sicile.

Le roi Guillaume , voyant le péril qui le inenaçoit, envoya au pape l'évéque de Calane , avec pouvoir de traiter la paix. 11 demandoit premièrement d'être absous de l'excommunication; puis il offroit de faire au pape foi et hommage , de rendre la liberté à loules les églises de ses terres , de donner trois places en propriété à l'église romaine, d'aider au pape à soumettre les Romains, et enfin de lui donner autant d'argent que les Grecs lui en offroient. Le pape, voyant ces propositions si avantageuses, envoya à Salerne, où étoient les députés du roi , Hubalde , cardinal-évéque d'Ostie, pour s'en assurer; et, trouvant qu'elles étoient sérieuses , il vouloit les accepter. Mais la plus grande partie des cardinaux, pleins de hauteur et de vaines espérances , n'en furent pas d'avis : ainsi elles furent refusées. Ce qui montre que dans ces délibérations le pape étoit obligé de suivre la pluralité des voix.

XL Eglise grecque.

Les propositions que l'empereur Manuel fit au pape Adrien et à l'empereur Fridéric, contre le roi de Sicile , furent apparemment l'occasion de la lettre qu'Adrien écrivit à Basile d'Acride, archevêque de Thessalonique , pour l'exhorter à procurer la réunion des églises, et lui recommander les deux nonces qu'il envoyoit à l'empereur Manuel (1). L'archevêque Basile répondit au pape qu'il n'y avoit point de division entre eux vi les Latins, puisqu'ils tenoient la même foi, qui étoit celle de saint Pierre, et offroient le même sacrifice. Encore qu'il y ait , ajoute-t-il , quelques petits sujets de scandale qui nous ont éloignés les uns des autres , votre sainteté pourra les faire cesser par son autorité si étendue , avec les secours de l'empereur, qui est dans les mêmes intentions.

La même année , mil cent cinquante-cinq , au mois de septembre, la quatrième indiction étant commencée, l'empereur Manuel (]omnéne fit une constitution, par laquelle il renouvela la défense que son père avoit faite, de prendre les biens des évêchés vacants (2). Nous avons appris , dit-il , qu'à la mort des évêques , quelquefois même avant qu'ils soient enterrés , les officiers des lieux entrent dans leurs maisons, dont ils emportent tout ce qu'ils y trouvent, et se mettent en possession des immeubles de leurs églises : c'est pourquoi

nous défendons aux ducs, ou à quelques autres officiers que ce soit, d'en user de la sorte ; mais si l'évêque a fait un testament , il sera exécuté sur les meubles trouvés en sa maison ; s'il n'en a point fait, tout sera réglé selon les canons et les lois. Quant aux immeubles de léglise vacante, les ducs ni les autres officiers n'y mettront pas le pied , et n'en enlèveront rien ; mais tout sera administré selon les canons , jusqu'à ce que le successeur en prenne le gouvernement. Le tout sous peine de punition corporelle, même de mutilation de membres , de long exil et de restitution au double. On voit ici que les églises vacantes étoient pillées en Orient aussi bien qu'en Occident. Luc Chrysorberge succéda cette année à Constantin Chliarène dans le siège patriarcal de Constantinople (1).

Xll. Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Cependant Fouchor, patriarche de Jérusalem, vint en Italie porter ses plaintes au pape contre les frères hospitaliers de Saint- Jean, dont il faut expliquer l'origine (2). Pendant que Jérusalefn étoit sous la puissance des califes fatimites, des marchands d'Amalfi en Italie , qui traliqnoicnt en Egypte et en Syrie, obtinrent la permission de bâtir vis-à-vis du saint-sépulcre un monastère en l'honneur de la Sainte-Vierge, où les pèlerins latins pussent trouver l'hospitalité : aussi fut-il nommé le monastère de la Latine. Et, comme il y avoit aussi des femmes qui faisoient le pèlerinage , on bâtit ensuite un autre monastère dédié à sainte Madehine , pour des religieuses qui rendoient les mêmes services aux personnes de leur sexe. Enfin , les moines du premier monastère fondèrent un hôpital pour les pèlerins malades, ou absolument pauvres; car plusieurs, ayant consumé ou perdu dans le voyage ce qu'ils avoient apporté, se Irouvoient réduits a la dernière misère. Cet hôpital fut dédié à saint Jean l'aumônier, et étoit sous la direction de l'abbé de Sainte-Marie. Les trois maisons, savoir, les deux monastères et l'hôpital, n'avoient point de revenu fixe , et subsistoient de ce que les marchands latins contribuoient volontairement. Quand les croiiés firent la conquête de Jérusalem , l'abbesse de la Madeleine étoit une noble Romaine, nommée Agnès ; le maitre de l'hôpital étoit un homme vertueux, nommé Gérauld , qui servoit les pauvres depuis longtemps, sous les ordres de l'abbé et des moines de Sainte-Marie. Son successeur fut Raymond du Puy, qui eut le diffèrent dont il s'agit avec le patriarche.

Depuis la conquête des François, ces hospitaliers se tirèrent premièrement ce la juri-

fl) Jus Grœco-Rom lib.

V , init. p. 305. Hadr.

Episl. 7.

f2) Cons. 3 , Jus GnTCo- Rom. lib II, p. 15f. Sup.

liv. FAIX, n. a.

ri) Calai. Jus. Gr. R.

Pagi.

f2) Guill. Tyr. xvin,c.

Aude J.-C. 1155. J

diction de l'abbé de Sainte-3Iarie ; ensuite leurs richesses étant extrêmement accrues, ils obtinrent du pape d'être exempts même de la juridiction du patriarche, et de ne point payer de dîmes (1) On voit quels étoient leurs privilèges par la bulle d'Anastase lY, adressée au maître Raymond, dans laquelle, à sa prière et à l'exemple des papes Innocent H , Célestin II, Lucius 11 et Eugène III, il prend l'hôpital de Jérusalem sous la protection du saint-siège , et lui confirme la possession (le tous ses biens, soit dans le diocèse de Jérusalem , soit ailleurs ; il permet aux frères d(» bàlir des églises et des cimetières dans les terres qui leur ont été données, d'enterrer avec les cérémonies ecclésiastiques ceux de leurs frères qui mourront dans des lieux interdits , et de célébrer une fois l'année l'office divin dans les mêmes lieux, en faveur de leurs frères qui y seront envoyés pour faire des quêtes ou autrement. 11 ajoute : Comme tous vos biens sont destinés à l'entretien des pèlerins et des pauvres, nous défendons à qui que ce soit d'exiger des dîmes des terres que vous cultivez à vos dépens; et à aucun évêque de publier interdit , suspense ou excommunication dans les églises qui vous sont soumises ; et , s'il y a même dans ces lieux un interdit général, on pourra célébrer chez vous l'office divin à portes fermées, et sans sonner les clochi^s.

Et , afin que vous puissiez plus aisément avoir l'ofiico diviii et recevoir les sacrements, nous vous permettons de recevoir des clercs et des prêtres de quelque part qu'ils viennent ; après vous être suflisannnent informés de leurs bonnes mœurs et de leur ordination , tant dans votre principale maison que dans les obédiences qui en dépendent, si leurs évêques refusent de vous les accorder, vous les pourrez garder par l'autorité du saint-siège , et ces clercs ne seront soumis qu'à votre chapitre et au pape. JNous vous permettons aussi de recevoir des laïques de condition libre pour le service des pauvres. Voilà les trois sortes de personnes qui composent l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , les chevaliers, les clercs et les frères servants. Le pape continue : Quant aux frères, c'est-à-dire aux chevaliers qui auront été une fois reçus en votre compagnie , nous leur défendons de retourner au siècle après avoir fait profession et pris l'habit et la croix, ni de passer à un autre institut , sous prétexte de plus grande régularité. Pour les consécrations d'autels ou d'églises , les ordinations des clercs et les autres sacrements , vous les recevrez de l'évêque diocésain , s'il est dans la conmmnion du saint-siège et s'il veut les conférer gratuitement, sinon vous vous adresserez à tel évêque qu'il vous plaira pour vous les administrer par lautorite du sainlsiége. iNous vous conlirmons toutes les sei-

LIYRE SOIXANTEDIXIÈME.

(1) Anast. Epist. 12.

gneuries et les terres que votre hôpital possède de là ou deçà la mer , en Asie ou en Europe, ou qu'il acquerra à l'avenir. La bulle est du vingt-unième d'octobre mil cent cinquante-quatre.

Page 1