‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2053 sur 2407 · XIII. Plaintes du patriarche contre les hospitaliers · texte numérisé non relu

XIII. Plaintes du patriarche contre les hospitaliers

Le patriarche de Jérusalem prétendoit que les chevaliers de Saint-Jean abusoient de ces privilèges , et voici quelles étoient ses plaintes contre eux (1). Qu'ils recevoient ceux que les évêques avoient excommuniés ou interdits nommément, les admettoient à l'office divin, et en cas de mort leur faisoient administrer le viatique, l'extrême-onction et la sépulture ecclésiastique. Quoiqu'une ville fut en interdit , ils ne laissoient pas d'y sonner les cloches , d'y célébrer l'office publiquement à haute voix , et d'y recevoir les ofl'randes du peuple au préjudice des églises matrices. Ils admettoient et destituoient leurs prêtres sans la participation des évêques. Ils refusoient de payer les dîmes de leurs terres et de tous leurs revenus. Outre ces plaintes communes à tous les évêques , le patriarche en faisoit de particulières. Car, comme l'hôpital de Saint- Jean étoit vis-à-vis l'église du Saint-Sépulcre, il se plaignoit que les chevaliers avoient élevé pour lui insulter des bâtiments plus magnifiques que ceux de cette église, et que toutes les fois qu'il vouioit prêcher ils sonnoient leurs cloches, en sorte qu'il ne pouvoit se faire entendre. Que sur les plaintes qu'il en avoit faites aux citoyens, plusieurs en ayant averti les hospitaliers, loin de se corriger, ils avoient menacé de faire encore pis , et en effet étoient venus en armes attaquer la maiîîon du patriarche , et avoient tiré dans l'église du Saint- Sépulcre plusieurs ilèches, qui furent depuis ramassées en un faisceau et suspendues devant le calvaire, pour mémoire de cet attentat.

Le patriarche et les autres évêques , voyant donc qu'ils ne pouvoicnt avoir raison des hospitaliers, résolurent de s'adresser au pape, et le patriarche entreprit lui-même le voyage, quoiqu'àgé de près de cent ans. Il prit avec lui deux archevêques, Pierre de Tyr et Baudouin de Césarée, et cinq évêques, Fridéric d'Acre, Amaury de Sidon, Constantin de Lidde, Renier de Sébaste et Hébert de Tibériade. Ils s'embarquèrent au printemps de Tannée mil cent cinquante-cinq, et arrivèrent heureus(Mnent à Olrante en Pouille; mais ils trouvèrent tout le pays en armes, tant par la révolte des seigneurs contre Guillaume , roi de Sicile , que par l'entrée des Grecs que le pape y avoit attirés : ce qui obligea les prélats de Palestine à s'embarquer pour aller par mer jusqu'à Ancône. De là ils envoyèrent

(1) Tyr. XFH, c 3.

'Jt

HISTOIRE DV CHRISTIANISME

(An de J.-C. 1I5«.

des évéques à l'omperour Fridéric , qui étoit encore dans le pays, et obtinrent de lui des lettres de recommandation pour le pape.

Le patriarche et ceux de sa suite allèrent cependant chercher le pape qui passoit de ville en ville, et quelques-uns leur disoient qu'il le faisoit exprès pour les falijjuer et leur causer de la dépense , et que les hospitaliers, arrivés long-temps auparavant, Tavoient gagné par la grandeur de leurs présents (1). Le patriarche suivit le pape jusqu'à Férentine,où , s'étant présenté devant lui , suivant la coutume , il fut reçu froidement, et vit bien qu'il étoit mal disposé à son égard. l\ dissimula toutefois , et ne laissoit pas d'accompagner le pape aux cérémonies les jours de fête avec les évéques de sa suite. Enlin les parties eurent audience , où la cause fut plaidée pendant plusieurs jours sans être jugée, et le patriarche, voyant par lui-même et par les avis qu'il recevoit de ses amis, qu'il n'avançoit rien, prit congé et se retira chargé de confusion. De tous les cardinaux , il n en trouva que deux qui lui fussent favorables, Oclavien et Jean de Saint-iMartin, qui avoit été son archidiacre du temps qu il étoit archevêque de Tyr.

Page 1