‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2080 sur 2407 · TS lîôJ · texte numérisé non relu

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lion (i). 11 est vrai que sur cc-i matières il ne parle qu'en doutant , et no donne que des opinions. D'un autre côté, il y a des matières importantes que l'auteur ne touche point, savoir , de l'église, de la primauté du pape , de l'Ecriture, de la tradition, des conciles. En rapportant h^s autorités de l'Ecriture,! auteur se fonde souvent sur des sens ligures, tirés de saint Grégoire oud'autres pères, maisqui, étant arbitraires, ne peuvent faire de preuve solide. Comme quand il dit que dans l'ancienne loi les simples croyoient sur la foi des mieux nstruits, parce qu'il est dit, dans l'histoire de lob , que les ânes paissoient auprès des bœufs. L'auteur suppose ordinairement ces sens tigurés comme coimus et rocm do tout le monde. Dans la matière des sacreuKMits, il cite plusieurs autorités que Gratien a aussi rapportées dans son décret, et les fausses décrétales comme les autres (2).

On s'étonnera moins que le maître des senionccs ait traité des questions qui nous paroissent inutiles, si l'on considère l'état des études de son temps. D(^puis plus d'un siècle on éludioit ardemment la philosophie d'Aristole particulièrement sa logique; et l'application que quelques docteurs voulurent faire des principes de < e philosophe aux mystères de la religion en lit tomber plusieurs dans les erreurs, comme nous avons vu par les exemples de Roscelin, d'Abailard et de Gilbert de la Poirée. Le maître des sentences prit une autre route; et sans citer Aristote ni s'abandonner au raisonnement humain, il s appliqua à ranporter les sentiments des pères, renferniafft dans un petit v<jlume leurs témoignages, [K)ur épargner au lecteur la peine de feuilleter un grand nombre de livres. C'c^st ainsi qu'il s'en explique lui-même; et il dit que son but a ete de combattre ceux qui s'attachent à soutenir leur propre pensée au préjudice de la vérité.

Son ouvrage eut le m(*me succès que celui de Gratien. Pendant les siècles suivants, ceux qui enseignèrent la théologie ne prenoient point d'autre texte pour lire et pour expli^ quer à leurs écoliers que le livre des sentences, et l'on compte jusqu'à deux cent quarante-qnatre auteurs qui y ont fait des commentaires, entre lesquels sont les plus fameux théologiens de chaque siècle (3). Le maître d(*s sentences n'est pas toutefois regardé œmme infaillible, et on a remarqué jusqu'à vingt-six articles sur lesquels il n est pas suivi. On a aussi de lui un commentaire sur {es psaumes et un sur les épîtres de saint t aul. II est enterré à Saint-Marcel, près de Paris (4). Maurice, son successeur, étoit né à ^ully, sur la Loire, dont il prit le nom, et, « archidiacre de Paris , en fut fait évcH^ue en

(J) 21, Dist. 2, 3. etc. U, U; IV. DIst. v.

Ca; iir, Disl. S.î. Job. I, (4) Posl. lib. s,-nten.

mil cent soixante : il tint ce siégc trentesix ans.

XXXVi Jean de Sarisbéry et ses écrits.

On connoît encore l'état des éludes de ce temps-Ia par los écrits de Jean de Sarisbéry ainsi nommé du diocèse dans lequel il étoit ne en Angleterre. Etant encore fort jeune, il vint étudier à Paris la seconde année après la mort de Henri I, roi d'Angleterre, c'est-à-dire en mil cent trente-sept. Il apprit les premiers éléments de la dialectique de Pierre Abailard qui enseignoit alors sur la montagne Sainte- Geneviève, avec grande réputation (1). Après la retraite d'Abailard , Jean s'attacha à Alberic de Reims , le plus fameux dialecticien et le plus opposé à Ja secte des nominaux. Il etudioit en nK'me temps sous un Anglois nommé Robert de Melun , à cause qu'il y avoit enseigné , et depuis évéque d'Herlbrd. Apres avoir suivi deux ans ces deux maîtres, J(?an de Sarisbéry revint à la grammaire, et

I étudia trois ans sous Guillaume de Conques.

II r(»pril ensuite toutes ses études sous Richard 1 évoque, homme universel dans toutes les sciences, et plus solide qu'éloquent ; et il se remit particulièrement à la rhétorique.

Il se forlifla dans ses éludes en instruisant les enfants de quelques nobles, pour fournir à sa subsistance. Depuis il lia amitié avec Adam docteur anglois, grand aristotélicien. Après avoir été détourné trois ans par la nécessité d enseigner, il revint étudier la logique et la théologie sous Gilbert de la Poirée, puis la théologie seule sous Robert Pullus et sous Simon de Poissy. Jean de Sarisbéry passa environ douze ans en ces diverses études , c'està-dire jusqu'en mil cent quarante-neuf.

Dès sa jeunesse, il étoit entré dans leclergéde Cantorbéry, et dans la suite il fut chapelain et secrétaire de l'archevêque Thibaut, comme il paroît par ses premières lettres écrites au nom de ce prélat. II composa alors un grand ouvrage quil intitula Polycratique , ou des amusements des courtisans et des vestiges des philosophes , et il s'adressa en mil cent cinquante-neuf au principal ministre de Henri II, roi d'Angleterre, qui étoit avec ce prince au siège de Toulouse , c'est-à-dire an chancelier Thomas Réquet (2). En cet ouvrage, Jean de Sarisbéry commence par décrire et blâmer les amusements des grands , savoir : la chasse, le jeu, la musique, les bouffons, les magiciens , les devins , les astrologues , où il paroît qu'il croyoit lui-même un peu trop aux illusions de ces imposteurs. II parle fortement contre les flatteurs, et â cette occasion il dit qu'il est permis de flatter les tyrans , puisqu'il est permis de les tuer. Or, ajoute-t-il, il est nonseulement permis , mais juste de tuer un

(1) Sup. liv. fAVni, n.

3i. Jo. Sarisb. Met.Ti,c. 10.

lAVii, n. 22.

Sup

(2 Jo. Sarisb. Ep. 1,2 S, etc. p. 0,61)3; lib. i,c.i 5, etc.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

tyran , parce que celui qui prend le glaive de sa propre autorité mérite de périr par le glaive, et que celui qui ne poursuit pas l'ennemi public pèche contre soi-même et contre l'état. 11 appuie encore , à la fin de son ouvrage, sur cette dangereuse maxime , et prétend même l'appuyer par les autorités de l'Ecriture et les exemples d'Aod , de Jahel et de Judith , toutefois , il excepte ceux auxquels on est engagé par serment, et ne permet en aucun cas d employer le poison. 11 dit que le prince reçoit de la main de 1 Eglise le glaive et la puissance coactive, et qu'il est le ministre du sacerdoce pour exercer cette partie de la puissance qui est indigne de la main des prêtres ; d'où il conclut qu'il leur est inférieur, et que le prêtre peut ôter au prince la puissance qu'il lui a donnée. On voit par-là le progrès qu'avoient fait les nouvelles maximes de Grégoire Yll (1).

L'auteur parle fortement contre l'ambition de ceux qui briguoient ouvertement les prélatures, et de ceux qui oblenoient des privilèges pour se soustraire à la juridiction de leurs supcTieurs légitimes, c'est-à-dire contre les exemptions ; et sans blâmer le pape , il dit qu'il n'est pas expédient à l'Eglise d accorder de ces grâces (2). H marque qu entre les moines et les autres religieux il y avoit plusieurs hypocrites, et se plaint surtout des exemptions de dîmes et d'autres privilèges qu'ils oblenoient de Rome , désignant particulièrement les templiers. Mais il loue entre les autres les chartreux et les moines de Grand-Mont, pour leur piété sincère et leur désintéressement. Cet ouvrage est comme un corps de morale et de politique où l'auteur montre une vaste érudition par les citations d'un grand nombre d'auteurs , dont quelques-uns ne iont pas venus jusqu'à nous. 31ais cette érudition n'est pas assez digérée ; il y a peu de justesse dans les raisonnements, et beaucoup d'affectation dans le style. L'auteur ne paroît pas avoir fait attention à la différence des mœurs et des temps , il parle de l'art et de la discipline militaire, par exemple, et de l'ordre judiciaire, comme s'il eût écrit du temps des anciens Romains, ou que le monde n'eut point changé (3).

Peu de temps après, c'est-à-dire la même année mil cent cinquante -neuf, et la guerre de Toulouse durant encore, Jean de Sarisbéry adressa au chancelier Thomas un autre ouvrage, qu'il intitula Métalogique, et qui est une apologie de la bonne dialectique et de la véritable éloquence , contre un mauvais sophiste dont il cache le nom sous celui de Comificius (4). Il fait le dénombrement des grands hommes que ce sophiste s'efforçoit de

[An deJ.-C. 1159.

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