XLVI. Lellres d'Arnoul de Lisieux
Arnoul, qui d'archidiacre de Séez devint évéque de Lisieux en mil cent quarante-un , ètoit un des plus savants prélats et des plus autorisés des états du roi d'Angleterre (1). Quand il eut appris la pnmiotiim du pape Alexandre, il lui écrivit une lettre, où il le reconnoît pour pape légitime, l'encourage contre le schisme par l'exemple du pape Iimo cent II, et ajoute : Il est souvent arrivé de ces schismes dans l'église romaine, comme on voit même par les peintures du palais de L«itran, où les schismatiques téméraires servent de marche-pied aux papes. Et ensuite : Sitôt que j'ai appris votre promotion et l'entreprise (le votre adversaire , je me suis hâté d'en donner connoissance à notre prince, pour le prévenir en votre faveur, et empêcher qu'il ne se laissât surprendre par l'autre parti. H a hésité quelque temps, mais ensuite il m'a promis avec gaieté et fermeté qu'il ne recevroit point d autre pape que vous. Depuis peu, il a reçu des lettres de l'empereur, qui le prie de différer à vous reconnoilre; et, C(mmic il est lié d'une étroite amitié avec ce prince , il n'a pas v(mlu paroitre le mépriser ni se hâter à son préjudice. C'est pourquoi il s'est abstenu de
An de J.-C. 1100]
faire une ordonnance générale ; mais il n'a pas laissé de vous reconnoître en effet, et il demeurera ferme sur ce point, quelque parti que prenne l'empereur. C'est qu'on ne savoit pas encore en Angleterre que Fridèric se fût déclaré pour l'antipape. Arnoul continue : J'aurai soin de prévenir auprès du roi les mauvais discours, et faire qu'il persévère dans votre obédience. De votre côté, ne perdez point d'occasion d'envoyer souvent vos ordres dans toutes les provinces, alin qu'on s'accoutume à vous obéir.
Le pape Alexandre ayant reçu cette lettre , la fit lire aux cardinaux en plein consistoire , et lit à Arnoul une réponse, où il l'exhorta à continuer ses soins auprès du roi d'Angleterre, et auprès des évêques et des seigneurs du pays (1 ). Vous savez , ajoute-t-il, comme l'empereur Fridèric, dès le commencement de son règne, a cherché les moyens d'opprimer l'église romaine, et comme il nous a traités nousmêmes pendant la légation de Besançon. Le pape vient ensuite au cx)ncile de Pavie," et parlant de l'antipape il dit : Nous avons appris cerlainemenl que pendant quelques jours il a quitté les ornements pontificaux en présence de l'empereur, qui les lui a rendus, et l'a investi de la papauté par l'anneau : chose inouie jusqu'alors Et, comme les évêques les plus sages se retiroient secrètement de ce conciliabule, il a contraint les autres par violence de rendre respecta l'antipape. 11 ajoute : Nous écrivons suivant votre conseil à l'archevêque de Rouen et aux èvckjues de Normandie. Cette lettre est datée d'Anagni le premier d'avril mil cent soixante.
En conséquence de cet ordre d'Alexandre , Arnoul écrivit aux évêques d'Angleterre une lettre, où il marque la différence des deux papes, et des deux élections dont il relève les circonstances ; puis il ajoute , parlant des évoques assemblés à Pavie : De quel droit ont-ils osé décider la cause commune par leur autorité privée, et nous faire la loi comme à leurs inférieurs, nous que Dieu a faits leurs égaux ? Et ensuite : Béni soit Dieu qui a fait à l'église gallicane sa miséricorde ordinaire, de reconnoître toujours la vérité, et ne point s'écarter du chemin de la justice. Car, comme la puissance divine a abattu tous ceux que la fureur des Allemands a élevés contre l'église romaine, ainsi elle a donné la victoire à tous ceux que la piété des François a reçus. A présent même, ayant examiné à fond les personnes et les élections, ils sont convenus de reconnoître le pape Alexandre , du consentement de leur roi vraiment catholique, et reçoivent partout avec honneur ses lettres et ses nonces. ijG témoignage est remarquable venant d'un prélat sujet du roi d'Angleterre. Il continue : Mais parce que l'union vient d'être rétablie