LV. Concile de Lodi
Cependant l'antipape Victor avoit indiqué un concile à Pavie , puis à Crémone , et le tint enûn à Lodi , suivant la volonté de l'empereur, qui étoit présent. Ce'concile commença le jour de Saint-Gervais, dix-neuvième de juin mil cent soixante-un. L'empereur y assista avec les seigneurs de sa cour et le duc de Bohème. Il y eut grand nombre d'évéques , dont les deux premiers étoienl Pélegrin , patriarche d'Aquilée, Guy de Blandrate, élu archevêque de Ravenne ; il y eut aussi grand nombre d'abbés, de prieurs, de prévôts et d'autres ecclésiastiques. Ils conlirmèrent tout d'une voix l'élection de Victor , comme on avoit fait l'année précédente au concile de Pavie. En celui-ci, on lut des lettres des rois de Danemarck , de Norwége et de Hongrie , de six archevêques, de vingt évèques, de quantité d'abbés , même de l'ordre de Citeaux , qui tous reconnoissoient Victor pour pape, et promettoient de ratifier tout ce qu'il ordonneroit en ce concile. On y excommunia Hubert , archevêque de Milan, attaché au pape Alexandre, qu'il alla trouvera Gênes, et le suivit en France l'année suivante (1). On excommunia aussi les consuls de Milan, qui défendoient la ville contre l'empereur, car il l'assiégeoit alors. On excommunia les évêques de Plaisance et de Bresse et les consuls de ces deux villes , on déposa l'évêque de Boulogne , et on suspendit celui de Padoue jusqu'au premier jour d'août. Le concile de Lodi dura jusqu'au jour de Saint-Jacques, vingt-cinquième de juillet.
On y excommunia aussi ceux qui , l'année précédente , avoient tué Arnold , archevêque de Mayence, et leurs complices. Ce prélat avoit succédé à l'archevêque Henri, déposé par deux légats en mil cent cinquante-quatre, mais plusieurs le regrettoient et croyoient sa déposition injuste. Arnold, natif de Mayence, avoit aussi ses partisans, et cette division produisit une guerre civile et de fréquentes séditions. Des laïques du parti d'Arnold s'emparèrent de la grande église , et empêchoient l'entrée aux ecclésiastiques du parti opposé, car l'archevêque s'étoit attiré la haine d'une grande partie de son clergé, jusque-là qu'en mil cent cinquante-neuf, ils entrèrent à main armée dans son synode pour l'en chasser , mais ils furent repoussés par des comtes , et l'archevêque alla en Lombardie porter ses plaintes à l'empereur (2). Quand il fut revenu du con-
(1) To. X, p. Ii09, ex.
OUo. Mor. 834. ItaliaSac.
to. 4, p. 220.
C2) Sup. liv. Lxix, n. 6i.
Chr. C. Kadi. Christ, ap.
Serrar. Dodcch. ch. 59.
cilede Pavie, ses ennemis tinrent un conseil où ils résolurent sa morl , et quoiqu'il en eût reçu avis il le méprisa. Enfin, le jour de la Saint-Jean , vingt quatrième de juin rail cent soixante, ils vinrent l'attaquer dans le monastère de Saint-Jacques, où il s'étoit logé, et commencèrent à y mettre le feu. Il leur parla de la tour de l'église sans les pouvoir apaiser, et, voyant qu'ils avoient permis aux moines de sortir, il essaya de se sauver habillé en moine, mais il fut reconnu et massacré de plusieurs coups. On le dépouilla , et son corps demeura trois jours sans sépulture, exposé à toutes les insultes de la populace. Ainsi finit l'archevêque Arnold , après avoir occupé sept ans le siège de Mayence.
Les auteurs de sa mort , craignant qu'elle ne fût vengée, forcèrent le clergé délire à sa place Rodolphe, fils du duc deZéringuen, dont ils espéroient la prolecliim; mais en même temps Conrad, comte palatin, fit élire Christien, comte de Bûche en Thuringe (1). Rodolphe alla en Lombardie avec de grands présents demander linvesliture à lempereur, qui le refusa avec mépris. 11 ne s'arrêta pas même pour lors à l'élection de Christien ; mais, ayant auprès de lui les premiers de l'église de Mayence, il fit élire Conrad de Vitelspach , frère d'Othon , comte palatin de Bavière.