IX. Thomas condamné
Les évêques, séparés des seigneurs par la permission du roi, délibérèrent entre eux. Leur embarras étoit extrême. Il falloit encourir l'indignation du roi ou condamner leur archevêque pour crime , conjointement avec les stigneurs : ce qui leur paroissoit manifestement contraire aux canons (:>). Entin, après
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avoir bien cherché comment ils se lireroient de celte fâcheuse nécessité, ils résolurent d'appeler l'archevêque devant le pape, comme coupable do parjure ; et de s'engager envers le roi à faire tout leur possible pour procurer sa déposition, à condition que le roi les déchargeroit de la condamnation dont l'archevêque étoit alors menacé. Ayant pris celte résolution, ils vinrent trouver Th( mas, et Hilaire de Chichester lui dit au nom de tous : Jusqu ici yousîivez été notre archevêque, et nous avons été tenus de vous obéir. Mais parce que vous avez juré avec fidélité au roi et promis de conserver sa dignité, ce qui comprend l'observation des coutumes que vous voulez aujourd'hui détruire, nous soutenons que vous êtes coupable de parjure , et comme tel nous ne devons plus vous obéir. INous nous mettons sous la protection du pape et vous appelons en sa présence. Et il lui marqua le jour. Ils s'assirent comme auparavant vis-à-vis de lui , et demeurèrent long-temps dans un profond silence, qui augmenta la terreur des assistants; car, comme le roi étoit enfermé avec les seigneurs pour juger le prélat, on tenoit comme certain qu'il alloit être arrêté s'il ne lui arrivoit pis (1).
En effet, il fut jugé parjure et traître ; et, plusieurs seigneurs étant sortis d avec le roi, Robert, comte de Leicester, dit à l'archevêque : Le roi vous mande de venir lui rendre compte sur les cas dont vous êtes chargé, sinon écoulez votre jugement. Mon jugement! reprit l'archevêque; et, s'élant levé, il ajouta : Comte, mon fils, écoutez vous-mên)e auparavant. Le roi m'a fait archevêque de Cantorbéry parce que je l'a vois bien servi. Il l'a fait malgré moi. Dieu le sait, et j'y ai consenti pour l'amour de lui plus que pour l'amour de Dieu, qui m'en punit aujourd hui. Toutefois , lorsqu'on procédoil à mon élection en présence du prince Henri , et par ordre du roi, on déclara que Ion me rendoit à l'église de Cantorbéry libre et quitte de tout engagement de la cour (2). Je ne suis donc point tenu de répondre sur ce sujet. Le comte dit : Ceci est différent de ce que l'évéque de Londres avoit dit au roi. L'archevêque ajouta : Ecoutez encore, mon fils. Autant que l'àme est plus digne que le corps, autant devez-vous plus obéir à Dieu et à moi qu'à un roi terrestre; d'ailleurs, ni la loi ni la raison ne permettent que des enfimts jugent leur père. C'est pourquoi je décline sa juridiction et la vôtre, pour être jugé de Dieu seul par le ministère du pape, à qui j'en appelle en présence de vous tous, et mets sous sa protection l'église de Cantorbéry, ma dignité et tout ce qui en dépend. Et vous, mes confrères les évê<ïues , qui obéissez à un homme plutôt qu'à Dieu , je vous appt»lle aussi au jugement du pape , et ainsi je \nv retire |Kir
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l'autorité de l'Eglise et du saint-siège. Cette dernière séance fui tenue le nmrdi , treizième d'octobre (1).
Comme il sortoit , les courtisans lui dirent beaucoup d'injures , l'appelant parjure et traître; mais quand il fut dehors la presse étoit si grande pour recevoir sa bénédiction , qu'à peine pouvoil-il conduire son cheval (2). i/ètoienl principalement les pauvres, qui bénissoieiit Dieu de l'avoir délivré de ce péril , car on le croyoil déjà mort. On le conduisit ainsi à son logis, qui éloit le monastère de Saint- André, et il ordonna de faire entrer tous les pauvrets, et de leur donner à man^jer. Comme il dlnoit, l'évéque de l^)ndres et celui de Chichesler vinrent lui dire qu ils avoient trouvé un moyen d'accomodement , savoir, de donner au roi deux terres de l'archevêché pour sûreté des sommes qu'il demandoit. L'archevêque dit que le roi retenoit déjà une autre terre de leglisede Cantorbéry, et qu'il s'exposeroit à tout plutôt que d'y renoncer. Les évêqu(»s , indignés , rapportèrent au roi cette réponse , (pii réchauffa encore plus. Au même dîner, la lecture de table étoit de la persécution du pape Libère dans Thisloire Tripartite. Et sur ce passade de lEvangile (H) : Quand on vous persécutera en celte ville, fuyez à une autre , le prélat regarda le docteur Hébert, qui comprit depuis que sa fuite étoit dès lors résolue. Au sortir de table , il envoya au roi lesévêques de Worchester, d'Herford et de Rochester, lui demander sûreté pour sortir du royaume. Ils rapportèrent la réponse du roi , qu'il en parleroi t le lendemain au concile.