XII. Envoyés d'Angleterre devant le paj.e
Les envoyés de l'archevêque se retirèrent très- contents, et, suivant leurs ordres, ils se pressèrent d'aller trouver le pape à Sens, où les envoyés du roi d'Angleterre étoient arrivés le jour précédent (:>). Leur arrivée ébranla plusieurs cardinaux, tant |)ar l'espérance du gain que par la crainte du trouble que la colère du roi pourroit causer dans les afltiires publiques. Les uns disoient que Thomas éloit le défenseur de la liberté de l'Eglise, que sa cause éloit juste, et qu'il le falloil soutenir ; les autres que c'étoit un brouillon dont il falh)it réprimer les entreprises. ]ji prévention fut telle, que ses envoyés ne purent obtenir des cardinaux d'être reçus seulement au baiser de paix. Toutefois, dès le jour de leur arrivée, ils eurent le soir audience du pape , qui les écouta favorablement, et fut touché jusqu'aux larmes du récit qu'ils lui tirent des souffrances de l'archevêque. Illeur dit : A olremaîtrea déjà acquis de son vivant la gloire du martyre; et comme il éloit fort tard, il leur donna sa bénédiction et les renvoya à leur logis.
Le lendemain, le pape tint consistoire avec les cardinaux, qui étoient presque tous présents à sa cour. On appela les envoyés de part et d'autre, et Gilbert, évêque de Londres, parla ainsi pour ceux du roi d'Angleterre ' C'est vous, saint père, que regarde le le soin de l'église catholique, pour protéger les sages et corriger les téméraires. Il s'est formé depuis peu en Angleterre une division entre le roi et le sacçrdoce sur une légère occasion; et on auroit pu facilement l'éteindre si on avoit usé de remèdes modérés. Mais le seigneur archevêque de Cantorbéry,
i'(i; Ps. i.
Aude J.-C. llûi.]
suivant son avis particulier et non pas le nôtre, a poussé les choses trop vivement , sans considérer le temps contraire ni le mal qui lui en pouvoit arriver. Et n'ayant pu nous attirer à son sentiment, il a voulu rejeter sa faute sur le roi, sur nous et sur tout le royaume ; et pour nous rendre; odieux il s'est enfui , sans que personne usât contre lui de violence ni de menace, comme il est écrit que 1 impie s'enfuit sans être poursuivi (1). Tout beau, dit le pape. Et révtH|ue de Londres ajouta : Voulezvous que je l'épargne ? Je ne dis pas, reprit le pape, que vous l'épargniez, mais que vous vous épargniez vous-même. Hilaire, évêque de Chicesler, parla dans le même sens, et Roger, archevêque d'York , ajouta : Personne ne connoît mieux que moi le caractère d'esprit de larchevêque de Cantorbéry ; on ne lui fait pas quitter aisément le sentiment qu'il a une fuis embrassé, et je ne vois point d'autre moyen de le corriger que d'employer fortement votre autorité. Barthélémy, évoque d'Excester, ajouta : Celte cause ne peut être terminée en l'absence de rarchevckjue de Cantorbéry ; c'est jK>urquGi nous demandons des légats pour la juger.
Ensuite le comte d'Arondel , qui étoit présent avec grand nombre de gentilshommes, demanda d'être écoulé, et dit : Nous ne savons, nous autres gens sans lettres, ce qu'ont dit les évêques ( c'est qu'ils avoient parlé en latin ) ; c'est pourquoi, continua-t-il, il faut que nous disions aussi, comme nous pouvons, pourquoi nous sommes envoyés : ce n'est ni pour disputer ni pour injurier personne, principalement en présence de celui à qui de droit tout le monde est soumis. Nous sommes venus vous offrir la dévotion et l'affection de notre roi pour VOUS; il a choisi pour cet effet tout ce qu'il y a de plus grand dans son royaume, et vous avez déjà, saint père, éprouvé la fidélité du roi au commencement de votre promotion. Nous ne croyons pas qu il y ait dans la chrétienté un prince plus religieux et plus propre à conserver la paix en ce qui le regarde. L'archevêque de Cantorbéry est aussi de son côté sage et discret, mais quelques-uns le trouvèrent trop subtil ; et sans la division qui est survenue entre le roi et lui, nous serions heureux sous un si bon prince et un si bon pasteur. C'est pourquoi nous vous supplions de vous appliquer à y rétablir la paix. Le comte parla ainsi en sa langue , et tous louèrent sa modestie et sa discrétion.
Le pape, déjà instruit d'ailleurs de la cause du différent, déclara aux envoyés du roi qu'il ne pouvoit rien ordonner sur cette affaire en l'absence de l'archevêque de Cantorbéry ; mais ils refusoienl de l'attendre , disant qu'ils n'osoient demeurer à la cour du pape au delà du terme prescrit par le roi , et ils pressoient le pape de nommer un légat pour juger laf-
(1) Prov. xxviu.