I II
'il'.' I
'■ ,ii
k II
ifi'
(1) I, Ep. 49.
lp\
rb
ri
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. Ufii.
des coutumes dont il étoit question, et ajouta en pleurant : Yoilà ce que le roi d'Angleterre a ordonné contre la liberté de l'Eglise ; c'est à vous de juger si on peut le dissimuler en conscience.
L'écrit ayant été lu, tous en furent touchés jusqu'aux larmes, et ceux mêmes qui étoient auparavant de dilîérent avis, convinrent alors qu il falloit secourir l'Eglise universelle en la personne de l'archevêque. Mais le pape, ayant lu et relu attentivement chaque article des coutumes, entra en grande colère, et reprit vivement le prélat d'y avoir consenti avec les autres évêques. Puis il ajouta : Quoiqu il n'y ait rien de bon dans ces articles, il y en a loufois que lEglise peut tolérer en quelque manière ; mais la plupart sont condamnés par les anciens conciles , et contraires aux saints canons. Puis, se tournant vers l'archevêque, il ajouta : 11 faut vous traiter plus doucement , parce que vous vous êtes relevé aussitôt après votre chute , et que vous avez obtenu notre absolution. C'est pourquoi nous vous la donnons encore vi\ considération de vos pertes et de vos souffrances (1).
Le lendemain , le pape étant assis avec les cardinaux dans une chambre plus secrète, Thomas se présenta et dit 2): J'avoue que c'est par ma faute que j'ai excité ces troubles dans l'église d'Angloterre. Je ne suis point entré dans la bergerie par la porte, mais à la faveur de la puissance séculière, quoique j'y sois entré malgré moi. Or, si j 'a vois renoncé à l'épiscopat sur les menaces du roi , comme mes confrères vouloient me le persuader, j'aurois laissé dans l'Eglise un pernicieux exemple; mais à présent , je le fais en votre présence ; et, craignant de plus fâcheuses suites de mon entrée irrégulière et de mon incapacité, je remets entre vos mains, saint père, l'archevêché de Cantorbéry. Aussitôt il tira l'anneau de son doigt, priant le pape, avec larmes, de pourvoir cette église d'un plus digne pasteur : ce qui attendrit tous les assistants jusqu'aux larmes.
Thomas se retira ensuite, et le pape délibéra sur ce sujet avec les cardinaux. Les uns étoient d'avis de profiter de l'occasion pour apaiser la colère du roi , mettant un autre sujet à Cantorbéry , et pourvoyant d'ailleurs Thomas de quelque place plus convenable. Les autres ne jugèrent pas raisonnable que celui qui , [)our défendre la liberté de l'Eglise, a voit exposé ses biens, sa dignité et sa vie, fut privé de son droit au gré du roi. Ils vouloient que l'on donnât un exemple aux autres évèciues de résister en pareil cas, autrement que personne n'oseroit plus s'opposer à la volonté des princes, et que l'élat de l'Eglise et l'autorité du pape seroient en péril. Ils concluoienl qu'il falloit rétablir Thomas malgré tout le monde, et le soutenir en toutes manières. Cet avis l'em-
U; Sup. II. 5.
ii) eu.
porta ; et le pape, ayant fait appeler Thomas , lui ordonna de reprendre de sa main les fonctions de pasteur, dans lesquelles il le rétablissoit, lui promettant de ne l'abandonner de sa vie. Mais, ajouta-t-il, afin que vous appreniez à mener une vie pauvre et convenable à votre état présent , je vous mets entre les mains de cet abbé, chez qui vous demeurerez jusqu'à un temps plus favorable. C'était Gui- ( hard , abbé de Pontigny , depuis archevêque de Lyon, que le pape avoit fait venir exprès. Thomas se rendit donc à Pontigny avec quelques-uns des siens ; mais il crut, que pour être digne archevêque de Cantorbéry , il fallait aussi prendre 1 habit monastique, ayant lu dans les histoires, qu'il n'étoit jamais arrivé de division dans le royaume d'Angleterre, sinon quand ce siège avoit été occupé par des personnes d'une autre profession. Jl envoya donc au pape, dont il re« ut un habit mcmaslique, béni de sa main, de grosse étoffe et de laine crue. Ainsi l'archevêque, Si» trouvant à Pontigny, commença à y goûter du repos, et à regarder cette retraite comme une écolo de
vertu.