XX. Retour du pape Alexandre à Rome
Car le pape , continuant toujours son voyage, passa de Clermont au Puy en Auvergne , puis à Montpellier, où il demeura jusqu'à la Notre- Dame d'août (5). De là il écrivit au roi de France, pour le prier que si quelqu'évêché ou quelqu'abbaye venoit à vaquer dans son
(1) H, Ep.il.
(2) I, Ep. 98.
(3) I, Ep. 102:
(4) I, Ep. 42. V. Baudr.
Gradus
(5) Act.ap. Bar. tom. .\, CoDC. p. 1330, Ep. 71.
royaume , il en fît pourvoir Thomas de Cantorbéry , pour le faire subsister lui et les siens, en attendant qu'il fit sa paix avec le roi d'Angleterre. Le pape écrivit aussi au roi de France en faveur du nouvel évêque de Chartres, qui l'étoit venu trouver de sa part. C'étoit Guillaume aux blanches mains, quatrième fils de Thibaut lY, comte de Champagne et beau-frère du même roi. Le comte, son père, voulant lui procurer dès son enfance des dignités ecclésiastiques, pria saint Bernard d'y employer son crédit; mais le saint abbé s'en excusa , disant que ces charges sont dues à ceux qui peuvent et veulent les exercer dignement, et qu'il n'est pas permis, même aux adultes, d'en avoir plusieurs (1). (Guillaume aux blanches mains fut premièrement prévôt de Saint-Cyr à Provins, puis Robert II , évêque de (Chartres, étant mort le vingt-troisième de septembre mil cent soixante-quatre, il fut élu l'année suivante pour remplir ce siège; mais le pape Alexandre lui donna dispense de se faire sacrer pendant cinq ans, à cause de sa jeunesse. C'étoit donc pour lui que le pape écrivoit au roi, son beaufrère , et dans la même lettre il l'exhortoit à soutenir la cause del'Eglist», sans se laisser ébranler par les sollicitations de l'empereur Fridéric {2). Elle est datée de Montpellier, le dix-neuvième d'août.
Le roi Louis et tout son royaume reçut alors une grande joie, par la naissance d'un fils qu'il désiroit depuis long-temps (3). H demandoit pour cet effet les prières de toutes les personnes pieuses; et, au chapitre général de Cîteaux, ce prince vint se présenter à l'assemblée, se prosterna les mains étendues, et ne voulut point se lever qu'ils ne se fussent mis en prière, et ne l'eussent assuré de la part de Dieu qu'il auroil bientôt un fils. Il naquit à Paris la nuit du samedi au dimamhe , vingt-deuxième d'août mil cent soixantecinq. H fut baptise le jour même par Maurice, évêque de Paris; ses parrains furent Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, Hervé, abbé de Saint-Victor, et Eudes, abbé de Sainte-Geneviève. Ses marraines, (Constance, sœur du roi, comtesse de Toulouse, et deux veuves de Paris. H fut nommé Philippe, et surnommé Dieudonné.
Dés Tannée mil cent soixante-deux , lorsque le pape Alexandre arriva en France , il y vint deux envoyés de Manuel, empereur de Con stantinople, avec des lettres et des ordres secrets pour lui et pour le roi Louis , à qui Manuel écrivit que, sur son témoignage il reconnoissoit Alexandre pour pape légitime, lui rendoit le respect qui lui étoit dû , et désiroit participer à ses prières. Par où l'on voit que 1 empe-
(1) To.x,Conc. p. 1338.
Ep. 57 , p. 1347 ; Ep. 87; Ep. 271.
(2) Gall. Chr. to. 2, f.