XXI. Lettre d'ArnouI de Lisieux à Thomas
venable, etlui envoyât demagnifiques présents Il fit armer une galère rouge pour la personne du pape et quatre autres pour les évêques et les cardinaux , et envoya un archevêque et d'autres seigneurs pour conduire le pape jusqu'à Rome. Le pape partit de Messine au mois de novembre, passa par Salerne et Gaéte, puis par l'embouchure du Tibre arriva à Oslie,[où il passa la nuit. Le lendemain matin, les sénateurs avec les nobles et une grande multitude de clergé et de peuple sortirent de Rome, vinrent le recevoir, et, portant des branches d'olivier, le conduisirent avec joie jusqu'à la porte de Latran , où tout le reste du clergé l'attendoit revêtu solennellement. Los juifs s'y trouvèrent aussi , portant leur loi sur les bras, suivant la coutume , les gonfaloniers avec leurs enseignes , les écuyers , les secrétaires , les juges et les avocats. Ainsi , marchant en procession et chantant à deux chœurs, ils leconduisirentau palais patriarcal de Latran (2). C'étoit k* vingt-un de novembre, indiction treize. Trois jours après, le pape écrivit à Henri, archevêque de Reims , et à ses sufFragants, pour leur faire part de son arrivée à Rome , marquant qu il avoit évité dans son voyage de grands périls de la part de ses ennemis. C'étoient l'empcTeur Fridéric et les schismatiques que ce prince protégeoit.
(1) Tom. X, Conc. p.
1331. Ep. 65, 69, 74, 81, 93. Duchesne, to. 4, p. 012.
Ep. 126, 129, 142, 160, p.
579; Ep. 148. Ap. Baron, an. 1180.
Vers ce temps-là , Thomas ayant écrit à Arnoul, évêque de Lisieux, qui étoit en grand crédit à la cour d'Angleterre , ce prélat lui répondit par une grande lettre , où il disoit en substance(l) : Quelques-uns de ces gens qui devinent les intentions croyoient que vous agissiez par ambition , et que vous aviez encore, étant archevêque , les mêmes pensées qu'étant chancelier, d'étendre votre puissance sans bornes , et l'égaler à celle du roi , qui la lient de vous j que par ce motif vous aviez dès le commencement résisté à ses ordres , afin d'intimider tous les autres par cet exemple. On vous faisoit dire avec vos amis qu'il ne falloit pas flatter la jeunesse inconsidérée de ce prince , mais la réprimer d'abord vigoureusement ; que vous le connoissiez mieux que personne , et qu'il sa voit combien vous lui étiez nécessaire. Ces discours étoient rapportés au roi , et il disoit dans sa colère qu'il avoit besoin de toute sa force et de toute son adresse, puisqu'il s'agissoit de sa dignité, et que vous n'étiez pas homme à abandonner vos entreprises.
Mais le temps a dissipé tous les doutes , et la pureté de vos intenticms est devenue si évidente , qu'elle a rempli de joie les gens de bien et couvert vos ennemis de confusion. 11 est clair que vous avez préféré la justice et la liberté de l'Eglise à tous les biens temporels ; et que , si vous aviez voulu consentir aux nouveaux abus, vous pouviez, non-seulement vivre en paix , mais régner a ve€ le prince. Vous auriez été invincible en soutenant la bonne cause si vous n'aviez été abandonné de ceux qui dévoient la soutenir avec vous ; mais leur foiblesse a donné du courage à vos ennemis. De votre part, vous avez exposé même votre vie; mais il paroi t que le roi vous a épargné et a conservé de l'affection pour vous, pendant qu'il essayoit de vous réduire par la crainte. H auroit pu empêcher votre sortie s'il avoit usé de sa puissance , et tant que vous auriez été en Angleterre vous n'auriez pas eu tant d'occasion de lui nuire ni ses ennemis de le décrier. Je vous prie de considérer souvent quelle est votre cause, quel est votre adversaire, et qui sont vos protecteurs. Votre cause est manifestement juste , puisque vous combattez pour la liberté de l'Eglise, que l'on ne peut attaquer sans intéresser la foi. Mais vous avez un adversaire qui se fait craindre des plus éloignés par sa finesse , de ses voisins par sa puissance , de ses sujets par sa sévérité; que ses heureux succès ont rendu si délicat , qu'il prend pour injure un manque de complaisance. Il se rend quelquefois traitable à l'humilité et à la patience , mais il ne veut pas être attaqué par force, afin de ne paroitre rien faire que de son bon gré. Car il est sensible à la gloire jusqu'à aimer la flatterie. C'est ce
(1) I, Ep. 85, to. a , Spicil. p. 485.
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