XXXIV. L'empereur Fridéric en Italie
Le pape étoit à Rome, paisiblement, depuis qu'il y étoit rentré sur la fin de l'année précédente; mais, au mois de novembre de cette année mil cent soixante six, l'empereur Fridéric revint en Italie, à dessein d'éîablir à Rome l'antipape Pascal , autrement Guy de Crème, et d'en chassor le pape Alexandre (3). C est la résolution qui fut prise à Roncaille , dans une assemblée générale de toute la Lombardie. L'empiTour avoit envoyé devant Rainold , archevêque de Cologne , et Chrislien de Mayence , avec de grandes troupes; et pour lui il s'attacha avec son armée au siège d'Aucune, dont l'empereur de Constanlinople s'éloit empiré, movcnnanlde grandes sommes d'argent qu'il avoit données aux citoyens. Cependant 1 alarme étoit grande à Rome, parce que les Allemands s'éloient rendus maîtres de toutes
Vers le même temps. Manuel Comnène, empereur de Constanlinople , envoya à Rome Jourdain, fils de Robert, prince de Capoue, à qui il avoit donné le titre de sébaste (2). Il se présenta avec grand respect devant le pape Alexandre, et mit à ses pieds de grands présents , lui offrant le secours de l'empereur Manuel contre la persécution injuste de Fridériç. Il assura le pape que Manuel vouloit réunir l'église grecque avec la romaine, autant qu'elle l'avoitété dans la meilleure antiquité; en sorte que les Latins et les Grecs ne fissent plus qu'un seul peuple chrétien sous un seul chef. Maisildemandoitquo, puisque l'occasion se présentoit si favorable, le pape lui rendît la couronne impériale, qui lui appartenoit de droit, non pas à Fridèric, Allemand. Il promettoit au pape, pour cet effet, de si grandes sommes d'argent et des troupes si bonnes et si nombreuses, qu'elles suffiroient pour soumettre à l'Eglise , non-seulement Rome , mais l'Italie tout entière. Or, quoique ces promesses parussent de difficile exécution , toutefois le pape , de l'avis des cardinaux, jugea à propos d'envoyer à l'empereur Manuel l'évêque d'Ostie et le cardinal de Sain- Jean et Saint-Paul, avec le sébaste Jourdain. On voit ici la continuation de la bonne intelligence entre l'empereur Manuel et le pape Alexandre; et les Grecs même disoient que c'étoit lui qui avoit rétabli ce pape sur le saint-siège pour s'opposer aux entreprises de Fridèric (3).
(1) u, Kp. 2, 3.
Ci) u, iip. 1.
rs) Acta ap. Bar. ann.
llOû.Ollou. Morcua, p.»44.
fl) Lup. I, Epist. 140.
Cang. Glos. Esterling.
^■2) Acla ap. Bar.
(3) V. Allât consens, n, n. 3. Ciunani. 1. v, n. i, p.
fi''
HISTOIRE DU CHRISTIAJNISME.
[AndeJ.-C. 1160.