XXXVII. Question sur l'égalilé du père et du fils
La même année mil cent soixante-six, ymgt-troisième du règne de Manuel, il fit tenir à Constantinople un grand concile , dont voici l'occasion (3). Un nommé liémétrius, natif de Lampe, bourgade d'Asie, qui avoit peu de connoissance des sciences humaines, mais qui etudioit continuellement la religion et on discouroit sans fin, ayant été plusieurs fois envoyé en Occident, revint d'Italie encore plus présomptueux; et un jour, s'entretenant avec I empereur Manuel , il lui dit : Les Allemands osent dire que le fils de Dieu est tout ensemble moindrequeson père et égal à lui. Mais, répondit l'empereur, ne reconnoissons-nous pas qu'il est Dieu et homme, et par conséquent moindre comme homme, et égal comme Dieu^ et c'est en ce sens que le sauveur a dit : Le père est plus grand que moi (4) ; car il seroit absurde
(1) Jus. Graic -Rom. lib.
H, n. 5, p IGO. Theod.
Bais. II. Noraacan.til. 7 n.
. (2) Monol. Polh.de doiiio.
D. lib. 3, in fin. le. 8, lib.
PP. Paris, p. 71i.
(3) Allât Cons. n, c. 12, n. i. Nlcpt. lib. vu, n. 5.
Cinnam, lib. vi, n. 2.
(4) Jean, xiv, 28.
de l'entendre de la nature divine. Ainsi , il me paroît que ces gens-là ont raison. Démétrius , demeurant dans son opinion, que les Allemands erroient dans la foi, apporta peu de temps après à l'empereur un livre où il l'avoit mis par écrit, et que l'empereur lui conseilla de cacher sous terre pour n'être pas cause de la perte de plusieurs personnes.
Mais Démétrius, encore plus insolent, débitoit son erreur, et en particulier et en public, même avec des évêques et des diacres , et y attiroit plusieurs personnes, déclamant ouvertement contre ceux qui disoient que le fils étoit moindre; en sorte qu'il s'éleva une grande dispute sur ce sujet , et que personne n'osoit plus le contredire. Le patriarche même de Constantinople, Luc Chrysoberge , quoiqu'il condamnât cette erreur , n'osoit en parler ouvertement. La dispute dura six ans ; et enfin l'empereur, ayant ramené en particulier plusieurs évêques aux sentiments catholiques, fit tenir le concile où présida le patriarche Luc, assisté d'Athanase, patriarche d'Antioche, JNicéphore de Jérusalem, Etienne, métropolitain de Césarée en Cappadoce. ]\icolas d'Ephèse, et plusieurs autres évcV}ues, au nombre de cinquantesix en tout. Ceux qui avoient soutenu l'erreur de Démétrius, sachant que le patriarche Luc leur étoit contraire, proposoient contre lui des accusations, et disoient qu'il falloit le déposer comme incapable du gouvernement ; mais l'empereur dit qu'il falloit commencer par décider sur la doctrine, et qu'on viendroit ensuite aux accusations personnelles.
Le concile fit donc neuf canons , rédigés en cette forme ( l ) : 1 . Anathème à ceux qui ne prennent pas bien les paroles des saints docteurs de l'Eglise, et qui détournent par de fausses interprétations ce qu'ils ont nettement expliqué par la grâce du Saint-Esprit. 2. Eternelle mémoire de ceux qui reçoivent cette parole de Notre Seigneur Jésus-Christ : Le père est plus f^rand que moi, suivant h's interprétations des pères, selon son humanité par laquelle il a souffert. 3. Anathème à ceux qui pensent et qui disent qu'en prenant la nature humaine il l'a chaDgée en divinité ; et qui ne croient pas que par cette union le corps du Seigneur participe à la dignité divine, en sorte qu il est l'objet d'une seule adoralion avec le verbe qui l'a pris, et par conséquent honoré et glorifié avec le père et le Saint-Esprit , quoiqu'il ne soit pas consubstanliel à Dieu , et ne cesse pas d êlre créé et circonscrit suivant ses propriétés naturelles; mais qui disent qu'il est changé en la substance de la divinité: d'où il s'ensuit, ou que l'incarnation n'a été qu'imaginaire, ou que la diviiiité a souffert. 4. Elernelle mémoire de ceux qui disent que la chair du Seigneur, «Ijvée par l'union hypostatique à la souveraine dignité, sans altération ni confusion, est honorée avec le verbe par une seule adoration ,
AndcJ.-C. 11G6