XLI. L'empereur Fridéric devant Rome
D'un autre côté, les Romains sortirent au nombre de quarante mille le vingt-septième de mai de la même année, qui étoit la veille de la Pentecôte , et attaquèrent Tusculum , qui tenoit pour l'empereur Fridéric (1). Christien, archevêqueèlu deMayence, schismalique, l'ayant appris , vint camper auprès des Romains avec ses troupes, composées de Flamands et d(î B: abançons ; mais elles ètoienl prêtes à fuir quand Reinold, chancelier de l'empereur et archevêque élu de Cologne , vint au secours et battit les Romains , en sorle qu'il y en eut huit mille de tués, quatre mille de pris, el le reste fut mis en fuite. Cette victoire des .Allemands arriva h* lundi de la Pentecôte. L'empereur, qui étoit cependant occupé au siège d' Ancône, marcha vers Rome après l'avoir prise, et y arri>a le seizième de juillet. Le lendemain, il attaqua le château Saint Ange et ensuite l'église de Saint-Pierre, où il fit mettre le feu , ce qui obligea de la rendre. Alors le pape Alexandre quitta le palais de Latran et se relira avec les ( ardinaux el leurs familles dans les maisons forl< s des Frangipanes. Le jeune roi de Sicile lui envoya d< ux galères avec de l'argent pour le tirer des mains de l'empereur. Elh's arrivèrent à Home par le Tibre ;
chevêque catholique de Mayence : Si vous pouvez persuader à Alexandre de renoncer au pontificat sans préjudice de son ordination, je ferai que Pascal y renonce; a aussi , et on élira pour pape un troisième. Alors je donnerai à l'Eglise une paix solide, et je ne me mêlerai plus de l'èleclion du pape ; je rendrai aux Romains tous leurs prisonniers et tout ce qui se trouvera de butin fait sur eux. Cette proposition parut très-favorable aupeuplede Rome, fatigué de la guerre, ils dirent tous d'une voix qu il falloit 1 accepter, et qu'Alexandre, pour racheter ses citoyens, auroit dû faire encore plus que de renoncer au pontificat. Mais les évêques et les cardinaux , après en avoir délibéré , répondirent unanimement à Fridéric: 11 ne nous appartient pas de juger le pape, que Dieu a réservé à son jugement; elle pape, deconcert avec eux, sortit secrètement de Rome en habit de pèlerin pour se dérober au peuple (1). 11 passa à Terracine et à Gaète , puis il se retira à Bénévent , où il étoit dès le vingt-deuxième d'août, et les cardinaux l'y suivirent.
Cependant l'antipape Pascal, qui étoit à Yiterbe, attendant l'arrivée de l'empereur (2) , s'approcha de Rome , el célébra la messe solennellement à Saint-Pierre avec ses cardinaux, le dimanche trentième de juillet, et le mardi suivant, jour de Saint-Pierre-aux-Liens; il couronna dans la même église l'empereur Fridéric et l'impératrice Béatrix, son épouse, avec des couronnes d'or orné 's de pierreries. Alors les Romains, voyant qu'ils ne pouvoient plus tenir contre l'empereur, en sorle qu'ils n'osoient même passer le Tibre, résolurent de traiter avec lui et lui [)rêtèrent serment de fidèlilé, promettant de reconnoitre Pascal pour pape. Toutefois, les Frangipanes , et quelques autres nobles qui avoient dans Rome des tours et des maisons fortes dilficiles à prendre si promptemenl, n'entrèrent point dans ce traité. Pour recevoir le serment des autres , l'empereur envoya au delà du Tibre des commissaires , entre lesquels étoit Acerbo Morena, citoyen de Lodi et juge de la cour impériale, qui a écrit 1 histoire de son temps , continuée par son fils O thon.
Mais dès le lendemain mercredi , second jour d'août , après un peu de pluie survint un coup de soleil qui causa dans l'armée de l'empereur une mortalilé effroyable. A peine pou voit-on suffire à enterrer ceux qui mou-
roient chaque jour , et on voyoit tomber morts mais le pape les renvoya et prit seulement e(*ux qu'on avoit vus marcher le matin dans l'argent, qui! distribua dans Uome pour eu- j^,j, J.^^^,^ (;^»^^, rnaladie emporta quantité de
courager le peuple à la défendre.
L'empereur, voyantqu'il ne ixjuvoitlapren-
prélats et de seigneurs, entre autres Reinold, archevêque de Cologne , homme de beaucoup
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(1) ,\cta ap. Bar. ann.
1107. Y. raiji coU. ChroL.
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(1) Romu;iid. baiera. (2) Acerb. jMorcua, p. 845.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
d'esprit et de capacité, et un des principaux ministres de l'empereur , qui n'étoit pas encore sacré, bien qu'élu dès l'an mil cent soixante-un. Son successeur fut le cliancelier Philippe. Cette mortalité obligea l'empereur à se retirer de devant Rome dés le sixième d'août, et les peuples de Lombardie , révoltés contre lui, le chargèrent dans sa retraite (1),