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LIVRE SOIXANTE-ONZIEME

(2) II, Ep.22;il, tp. 89. UbO.

en Normandie, où étoit le roi , que vers la «n de l'été. Depuis leur départ, le pape apprit que Jean d'Oxford triomphoit du bon succès de sa négociation à Rome, et qu'il publioit que ces légats venoient pour juger l'archevckiue et le condamner , et que le pape avoit déjà exempté de sa juridiction plusieurs prélats et plusieurs autres personnes considérables d'Angleterre. Le pape apprit aussi que ces bruits qui couroient troubloient non-seulement l'archevêque , mais le roi de France et les seigneurs de son royaume. C'est pourquoi il écrivit aux deux cardinaux légats, Guillaume de Pavie et Othon , qu'ils travaillassent de tout leur pouvoir à consoler l'archevêque , à lui ùter tout soupçon et le réconcilier avec le

roi d'Angleterre (i); et que, jusqu'à ceque cette réconciliation fut entièrement faite, ils ne flssent rien d'important dans ses terres , et n'entrassent point dans son royaume, quand même il le voudroit. Autrement , ajoute-t-il , vous nous exposeriez, et vous aussi, à plusieurs mauvais discours. La lettre est datée de Latran, le septième de mai.

Le pape écrivit aussi au roi de France pour lui donner part de l'envoi des légats, et le prier d'employer ses offices pour la réconciliation de l'archevêque avec le roi d'Angleterre. Et en cas, ajoute-t-il, qu'elle ne se puisse faire, nous voudrions bien, si vous l'aviez agréable, et s'il se pou voit sans choquer les personnes considérables de votre royaume , qu'il y exerçât nos pouvoirs en qualité de légat. C'étoit pour consoler Thomas de la suspension de son pouvoir en Angleterre que le pape lui vouloit donner cette légation en France 5 mais il est remarquable qu'il demandoit pour cet effet le consentement du roi et des grands.

On voit les plaintes de Thomas sur Tenvoi des légats Guillaume et Othon , par les lettres qu'il écrivit dès qu'il en eut la première nouvelle ; par une lettre du sous- diacre Pierre Lombard au pape, où il marque l'indignation du roi de France , qui menaçx)it de défendre aux légats l'entrée de son royaume ; enfin par une lettre de Jean de Sarisbéry, où il dit que le roi d'Angleterre se vantoit d'avoir le pape et tous les cardinaux dans sa bourse, et de jouir des mêmes prérogatives que son aïeul , qui étoit dans ses états roi , légat , patriarche, empereur, et tout ce qu il lui plaisoit (2). Puis il ajoute : Qu'auroient pu lui donner de plus les antipapes Octavien et Guy de Crème? On écrira ceci dans les annales de l'église romaine, que le pape , touché des prières et des meîiaces du roi d'Angleterre, dont il a souffert si long-temps les excès intolérables, a dépouillé de ses pouvoirs . sans forme juridique , un prélat exilé depuis près de quatre ans, avec une infinité d'innocents , pour la cause de Dieu et la défense de la liberté, non parce

qu'il Ta mérité , mais parce qu'il a plu au tyran. C'est au pape à pourvoir à sa conscience, à sa réputation et au salut de l'Eglise. Les deux légats étoient suspects à l'archevêque, mais particulièrement Guillaume de Pavie , qu'il regardoit comme son ennemi déclaré, et entièrement livré au roi (1). Il lui écrivit à lui-même qu'il ne le recevoit point pour juge ; et il lui avoit écrit des lettres encore plus dures, qu'il supprima par le conseil de Jean de Sarisbéry.

Cette année mil cent soixante-sept, la guerre se ralluma entre les deux rois de France et d'Angleterre , pour la ville de Toulouse et pour d'autres causes , entre lesquelles on comptoit comme la principale l'affaire de saint Thomas de Cantorbéry. Le pape, l'ayant appris, écrivit aux deux légats, Guillaume et Othon , d'employer tous les moyens possibles pour rétablir la paix entre ces deux princes, dont l'union étoit si importante à l'Eglise. Il leur défend expressément d'entrer en Angleterre et de se mêler des affaires de ce royaume, principalement des consécrations des évêques, avant la pleine réconciliation de l'archevêque Thomas avec le roi (2). La lettre est datée de Bénévent, le vingt-deuxième d'août mil cent soixante-sept. Pour cet effet, les légats vinrent à Sens conférer avec l'archevêque , j'entends l'archevêque de Cantorbéry, afin de négocier la paix. De là ils allèrent vers le roi d'Angleterre; et le trouvant trop opiniâtre dans son sentiment, ils prirent jour pour une conférence avec l'archevêque à l'octave de la Saint-Martin. Le roi d'Angleterre avoit dit aux légats que Thomas étoit la cause de la guerre , et qu'il étoit allé sur les lieux animer contre lui le roi de France et le comte de Flandre.

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