‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2204 sur 2407 · XIX. Conférence de Théorien avec les Arméniens · texte numérisé non relu

XIX. Conférence de Théorien avec les Arméniens

En Orient , Norsésis étoit catholique des Arméniens , c est-à-dire leur patriarche ou primat, comme je lai déjà marqué (1). Il écrivit à l'empereur Manuel Comnène une lettre où il traitoit de quelques points de foi et de discipline, sur lesquels les Arméniens n étoient pas d'accord avec les Grecs, témoignant désirer s'en éclaircir, et l'empiTcur lui en\oya un philosophe, nommé Theorien, avec une lettre où il disoit que si les Arméniens vouloient quitter leurs erreurs il étoit prêt avec l'Eglise catholique à les recevoir comme ses frères. Théorien arriva près du catholique Norsésis, le quinzième jour de mai , Tan du monde six mil six cent soixante-dix-huit, vingt-huitième du règne de l'empereur Manuel, indiction troisième , qui est l'an de J.-C. mil cent soixante-dix. Il salua le catholique de la part de l'empereur, lui marquant le désir qu'avoit ce prince de la réunion des Arméniens ; à quoi Norsésis répondit par des remerciraents.

Le lendemain, il manda Théorien, et lui dit : J'ai lu la lettre du très-pieux empereur, et j'ai vu le désir qu'il a, lui et la sainte église des Romains, pour notre réunion. Appreneznous donc quelles sont nos erreurs , et si on nous les montre nous nous en corrigerons volontiers. Sous les noms des Romains , il faut ici toujours entendre les Grecs. Théorien ré-

(1) Cang. GIos. lat. ca- Theodoriani dial. tom. 1, \hol. Sup. l. LUX. a. 10. Bibi..PP.G.I.10ii,p.439,

pondit : Je prie votre grande sainteté de m'écouter avec sa douceur naturelle , et de ne se pas choquer de mes questions. Convenons ensemble que, si nous entendons quelque proposition qui ne nous paroisse pas bonne, nous ne nous presserons pas de la qualifier d'hérétique, mais nous nous informerons soigneusement du sens des paroles , et de l'intention de celui qui les emploie. Nous devons aussi nous défier de la grossièreté de l'interprète, qui non-seulement ignore la grammaire , mais ne sait pas bien même le grec le plus commun, afin qu'on ne nous impute pas ses fautes. Le catholique convint de ces règles pour leur conférence.

Theorien lui di'manda ensuite si la lettre qu'il avoit écrite à l'empereur conlenoit ses véritables sentiments, et après qu'il eut dit que oui , Théorien ajouta : Quels conciles recevez-vous? Norsésis répondit : Celui de Nicée, celui de Constantinople et celui d'Ephèse, où Nestorius fut déposé. Théorien : De quels docleurs embrassez -vous les écrits et la doctrine!'Norsésis : De saint Athanase, de saint Grégoire le théologien, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse , de saint Jean Chrysoslôme et saint Ephrein , de saint Cyrille d'Alexandrie et de plusieurs autres. Théorien : Commençons maintenant à lire votre lettre , et en examinons le sens fraternellement pour voir si elle est conforme à ces pères et à ces conciles.

On vint à l'endroit où il étoit écrit : Nous disons qu'il n'y a qu'une nature en Jésus- Christ, non par confusion , comme Eutychés, ou par diminution, conune Apollinaire, mais dans le sens orthodoxe de saint Cyrille d'Alexandrie , comme il a dit dans son livre contre Nestorius : Qu'il n'y a qu'une nature du verbe incarné. Théorien dit : Saint Cyrille n'a pas dit : Une nature en Jésus-Christ ni une nature de Jésus-Christ , mais une nature du verbe, et a ajouté incarné, et votre sainteté dit une nature en Jésus-Christ. C'est la même chose , dit Norsésis. Non pas, reprit Théorien , le nom de Christ signifie proprement l'un et l'autre. Dieu et homme tout ensemble, c'est pourquoi nous disons : Le verbe s'est fait chair, et non pas le Christ s'est fait chair. Aussi aucun des pères n'a dit : Une nature du Christ, mais saint Athanase a dit avant saint Cyrille : Une nature du verbe , c'est-à-dire la nature divine du fils , et en ajoutant incarnée , comme saint Cyrille dans la seconde lettre à Successus, on exprime tout le mystère de l'incarnation (1). NorsésisJ: Et qui d'entre les pères en a ainsi parlé expressément après l'union? Théorien : Tous ceux que vous avez nommés. Norsésis : Un seul me suffit, car ce que dit un des pères, tous le disent, comme étant tout inspérés par l'esprit de Dieu, qui est le même.

(1) Sup. liY. .\.\Y1, n. 29. Cjfrill. ïipiât. p. 24, \o. 5.

Mais, avant que de rapporter les passages des pères. Théorien jugea nécessaire de définir les quatre termes de substance, nature, hypostase et personne, ce qu'il fit tant selon les philosophes païens , que selon les théologiens chrétiens, dont il montra la différence, quant à l'usage de ces termes. Or, dans la philosophie il suivoit les principes d'Aristote. Il établit les définilions théolo^iques de ces quatre termes par l'autorité des pères, savoir, de saint Basile (1), qu'il qualifie très-philosophe, et de saint Grégoire de Nazianze. Ensuite il vient aux |)ères qui ont reconnu deux natures en Jésus-Christ après lunion , et commence par saint Athanase, dont il rapporte un passage de la lettre à Epictète contre ceux qui disoient que le corps de Jésus-Christ étoit consubstantiel au verbe. Sur quoi Théorien raisonne ainsi : Substance et nature sont le même chez les théologiens; or, selon saint Athanase, le corps de Jésus-Christ n'est pas de même substance que le verbe , donc il n'est pas de même nature, donc il y a deux natures en Jésus-Chri^t. Theorien cite ensuite saint Cyrille même , sur lequel les Arméniens s'appuyoient le plus , saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Basile, saint Ambroise, le seul des pères latins qu'il cite, et enfin saint Chrysoslôme , et montre que l'Eglise tient le milieu entre l'erreur de Nestorius et celles d'Eutychès. Alors un évêque arménien, nommé Grégoire, qui étoit présent à la dispute , s'écria : Je suis Romain , anathème à qui ne reconnoU pas deux natures en Jesus-Christ (2).

Le lendemain, arriva Pierre, évêque de Sappirion , à qui le catholique communiqua ce que Théorien lui avoit dit, et lui montra combien il avoit de passages des pères qui reconnoissoient deux natures en Jésus-Christ. Mais l'évêque, qui étoit instruit, lesdétournoit à son sens. Le catholique, voyant donc qu'il résistent vivement, fil venir Théorien , et lui dit : Cet évêque désire de conlérer avec nous sur notre question. Mais Théorien lui ferma bientôt la bouche , et 1 évêque Grégoire déclara une seconde fois qu'il étoit du sentiment des Romains.

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