XX. Autre conférence
Deux jours après, le catholique Norsésis eut enrore une conférence avec Théorien, où il lui dit ■' 11 n'y a point de difficulté d'admettre deux natures en Jésus-Christ, pourvu qu'on les connoisse insépaiablement unies en une seule hypostase, et et ne seroit pas agir en chrétien de combattre une vérité manifeste. Mais qui empêche de reconnoître en Jésus-Christ une nature composée de deux , comme la nature de Thomme est composée de l'àme et du corps, qui sont deux natures différentes? et c'est la
(1) P. iii. • n. 22. Alhan. to. 2, p. 904.
(S) P. 4i7. Sup. lib.XVI, Aed. 1608, p. 453.
comparaison qu'apporte saint Cyrille. Pour répondre à cette objection , Théorien cita premièrement un passage de saint Grégoire de Nazianze ; mais Norsésis dit qu'il ne se trouvoit point dans la traduction arménienne. Elle est donc fautive , dit Théorien, et il lui donna le même passage en syriaque. Norsésis appela un de ceux qui savoient lire en cette langue , et il trouva le passage tel que l'avoit cite Théorien. Il y avoit long-temps que les pères grecs étoient traduits en syriaque et en arménien.
Théorien continua : Saint Cyrille n'emploie rexemple de la composition qui est en nous que pour montrer qu'il est possible que, de deux natures différentes , il se fasse un suppôt, comme Pierre ou Paul, d'une âme et d un corps , car c'est ce que nioit Nestorius (1) ; mais il y auroit contradiction à dire en même temps qu en Jésus-Christ il y a deux natures et une seule nature : ce qu'il démontra géométriquement. Et comme Norsésis en revenoit toujours à cette expression de Cyrille : Une nature du verbe incarné. Théorien dit qu'elle est de saint Athanase même contre l'erreur d' A rius, qui admettoi t deux verbes de natures différentes, l'une incréée qui avoit été toujours en Dieu , l'autre créée dans le temps qu il s'étoit incarné. C'est donc de là, dit-il, que saint Cyrille a tiré cette expression. Or, encore qu'elle soit vraie, nous ne dev( ns pas nous en servir, à cause du mauvais sens qu on lui donne, comme nous n'appelons pas Marie mère de Christ , quoiqu'elle le soit en (fl'et, parce que Nestorius abusoit de cette expression. A la fin de cette conférence, Norsésis demanda à Théorien la définition de foi du concile de Chalcédoine, qu'il lui donna.
Le lendemain, arriva Jean , Syrien , évoque de ( ess(mnion, et il apprit que le catholique des Arméniens avoit eu plusieurs conférences avec des Grecs , et étoit entré dans leurs sentiments (2). Car, disoit le catholique, ils prouvent tout ce qu'ils disent par l'Ecriture et par les pères que nous honorons comme eux. L'évêijue Jean alla donc le trouver, et lui dit : Qu'est-ce que j'apprends, seigneur.^ on dit que vous suivez le sentiment des Romains qui sont nestoriens. Norsésis répondit : Je ne me serois rendu ni à l'autorité du patriarche de Constantinople ni à celle de l'empereur , si je n*avois reconnu la vérité par moi-même ; mais je ne puis la désavouer ni résister aux pères. L'évêque Jean reprit : J'ai ouï-dire que vous avez confessé deux natures en Jésus- (>hrist. Or, vous savez que si nous confessons deux natures nous serons nestoriens, et nous admettrons une qualernité au lieu de la trini té. Norsésis répondit : Hier et avant-hier, et presque toute la semaine, nous avons beaucoup travaillé en conférant tous les jours, et nous voulons nous reposer aujourd'hui et demain.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AnUe J.-C. 1170.
An de J. C WlO.]