LIVRE SOIXANTE-DOUZIÈME
Andc J.-C.im.]
Thomas pour lui déclarer que cette entreprise de l'archevêque d'York, faite contre sa défense, ne porteroit aucun préjudice au droit de l'église de Cantorbéry (1). Ensuite il écrivit à Roger, archevêque d'York , et à Hugues, evêque de Durham ; et, après s'être plaint de la persécution que le roi d'Angleterre fait souffrir à l'Eglise, il se plaint en particulier de ce que Roger a sacré le jeune prince dans une autre province, au mépris de l'archevêque absent, et de ce qu'en cette cérémonie, loin de faire promettre au nouveau roi de conserver la liberté de l'Eglise, on lui a fait confirmer par serment les prétendues coutumes du royaume. Il reproche aux prélats leur foiblessi; de ravoir souffert; et, pour punition , les suspend de toute fonction épiscopale. Quant aux èvêques de Londres et de Sarisbéry, il déclara qu'ils étoient retombés dans rexcommunicalion , permettant toutefois à rarchevêqueThomas de les en absoudre (2).
Mais, quand le pape eut appris la réconciliation du roi et de l'archevêque , il écrivit à ce prince pour lui en témoigner sa joie , et l'exhorter à rendre les biens à l'église de Cantorbéry, à réparer les torts qu'il lui avoit faits, et faire donner satisfaction à l'archevêque par le roi, son fils. Les cardinaux auxquels Thomas avoit donné part de cette paix lui en firent aussi leurs compliments , témoignant toutefois qu'ils se défioient de l'exécution, et l'exhortant à la faciliter par sa douceur. Le pape lui manda de plus que , si le roi n'exécutoit pas la paix , il lui donnoit pouvoir d'exercer les censures ecclésiastiques sur les personnes et les lieux de sa légation , excepté le roi , la reine , son épouse , et ses enfants ; et il manda aux archevêques de Sens et de Rouen, d'avertir le roi, dans vingt jours d'exécuter la paix ; et , s'il ne le faisoit dans un mois après la monition , de mettre en interdit toutes ses terres de deçà la mer (3). Ces deux lettres sont du mois d'octobre.
XXVU. Thomas prc^pare son relour.
Thomas vit encore deux fois le roi d'Angleterre , premièremnt à Tours , où le roi étoit venu conférer avec Thibaut, comte de Blois. Le roi vint au-devant de l'archevêque ; mais il ne parut pas le regarder de bon œil , et, le lendemain il fit dire dans sa chapelle une messe des morts; ce que l'on crut qu'il avoit Vait de peur que l'archevr'que ne lui offrit le baWer de paix. Ils allèrent ensuite à la conférence avec le comte Thibaut ; et le roi , pressé par ce comte vi par le prélat , promit positivement la restitution des terres de l'Eglise ; mais il vouloit que l'archevêque retournât auparavant en Angleterre pour voir comment il s'y
conduiroit. Quelques jours après, Thomas vint encore trouver le roi àChaumont, entre Blois et Amboise , non pour lui rien demander , mais pour essayer de regagner ses bonnes grâces (1). En effet , le roi lui fit moins d'honneur, et lui témoigna plus d'amitié ; et ils convinrent qu'il iroit incessamment prendre congé du roi de France pour passer au plus tôt en Angleterre. Il partit dès le lendemain pour retourner à Sens , faire ses adieux et à se préparer à son voyage.
Cependant il reçut une lettre des agents qu'il a voi l envoyés en Angleterre,et qui lui rendoient aussi compte de leur commission (2). INous nous présentâmes au jeune roi , dans sa chambre à Westminster, le lundi d'après la Saint- Michel , c'étoit le cinquième d'octobre , cette année mil cent soixante-dix. Avec lui étoient assis le comte Renaud , l'archidiacre de Cantorbéry, celui de Poitiers , Guillaume de Saint- Jean et plusieursautres.Quelques-uns, du nombre desquels étoit le comte Renaud, ayant ouï la nouvelle de la paix , en rendirent dévotement grâce à Dieu. Après que les lettres du roi eurent été lues, le roi, son fils , dit qu'il en prendroit conseil, et on nous fit retirer. Ensuite on nous rappela, et votre archidiacre nous dit de la part du jeune roi : Raoul de Broc et ses serviteurs se sont mis en possession, par ordre du roi, mon père, des terres de l'archevêché et des revenus des clercs de l'archevêque. Nous ne pouvons savoir l'état des lieux que par le rapport de ces officiers ; c'est pourquoi nous vous marquons le jeudi , lendemain de Saint-Calliste, pour l'exécution plus entièredecemandement.Ce jeudi étoit le quinzième d'octobre. La lettre ajoute ensuite : Le roi a mandé à l'archevêque d York, aux èvêques de Londres et de Sarisbéry, et à quatre ou six personnes de toutes les églises vacantes, d'élire des èvêques suivant le conseil de ces trois prélats, et de les envoyer au pape pour les sacrer au préjudice de votre église. Les agents concluent, en priant instamment Thomas de ne point revenir en Angleterre , que sa paix avec le roi ne soit mieux affermie. Thomas envoya au pape cette lettre de ses agents , lui demandant de nouveaux pouvoirs pour presser le roi d'Angleterre.
Il écrivit aussi à ce prince, se plaignant que les effets ne répondoient pas à ses promesses, ni à l'ordre qu'il avoit envoyé au roi, son fils (3). La restitution, dit-il, a été différée au dixième jour, sous prétexte de Raoul, qui cependant ravage les biens de l'Eglise, et serre publiquement nos provisions de bouche dans Je château de Saltoude. Il s'est vanté , devant plusieurs personnes , que je ne jouirai pas 1 .ng-temps de votre paix, et que je ne mangerai pas un pain entier en Angleterre avant qii'il m'ôte la vie; mais je lui présenterai ma
(t) V. Ep. :n, .57.
(2) Y. Ep.6«, 65.
(3) Ep. 39. V. Ep. 56, 57, 60; 61; 29,31.
(i: Yita,ui,c.2.Y.Ep. (|)^EP|f 03. (.3; V . bp. 0*.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C 1170.
téfe à lui et à ses complices plutôt que de ! veille de son embarquement; il envoya les laisser périr l'église deCantorbéry. J'avois ré- lettres du pape , portant suspense ronire l'arsolu, seigneur, de retourner vers vous; mais i chevéque d'York et l'evéque de Durham ; et la nécessité de celte pauvre église me presse d'autres lettres qui reinettoient dans l'excomâf^ m'v rpnHro noiif-pfré^ noiir V nérir si VOUS munication l'evéque de Londres et celui de
pauvre église me presse de m'y rendre , peut-être pour y périr si vous ne me donnez promptement une autre consolation. Mais, suit que je vive ou que je meure, je suis toujours à vous , et je prie Dieu qu'il répande ses bénédictions sur vous et sur vos enfants C'est la dernière lettre que nous ayons de ce saint prélat au roi, son maître (1).
Il envoya devant Jean de Sarisbéry, qui arriva le quinzième de novembre. Il trouva que, trois jours auparavant, on avoit saisi les biens de l'archevêque, en ayant ôté la régie à ses
munication l'evéque de Londres et celui de Salisbury, et j)ortoient suspense contre tous les évéques qui avoient assisté au sacre du jeune roi. Ces lettres furent rendues aux prélats dans le port de Douvres, où ils croyoient que Thomas dût aborder.
XXVIIL Thomas arrive en Angleterre.
Le vent étant devenu favorable, il s'embarqua à Guissand, la nuit du second jour de
agents, et que l'on avoit publié dans les ports 1 LA vent, c'est-à-dire du lundi, jour de Saintune défense de passer aucun des siens pour 1 André, dernier novembre ml cent soixantesortir d'Angleterre. D'ailleurs, les officiers dix, la septième année de son exil , et il arriva du roi avoient donné ordre que l'archevêque ! heureusemei. t au p( ri de Sandwich, pour éviter
et les siens ne trouvassent à leur retour que les maisons vides et en décadence , et les granges ruinées, et avoient pris, au nom du roi , tous les revenus jusqu'à la Saint - Martin , quoique la paix eut été faite à la Madeleine. Cependant l'archevêque d'York, l'evéque de
ceux qui ralteiidoienl a Douvres (1). Le vaisseau qui le portoil éloil remarquable par la croix archiépiscopale qui y éloil dressée; et, quand on Laperçut, une nuillilude de pauvres, qui éloient venus au devant du saint prélat , se mil à crier: Béni soit celui qui vient au nom
Londres et les autres ennemis de Thomas du Seigneur, le père des orphelins et le juge
avoient envoyé au roi pour le prier de ne le pas laisser revenir en Angleterre qu'il n'eut renoncé à la légation , qu il n'eût rendu au roi toutes les lettres qu'il avoit obtenues du pape, et promis d'observer inviolablemenl les droits du royaume, voulant ainsi rengagera l'observation des coutumes contestées. Ils disoient que, sans ces précautions, son retour seroit préjudiciable au roi. Ils avoient fait aussi appeler, de chacune des églises vacantes, six personnes, ayant pouvoir d'élire un évêque au nom de la communauté, afin de faire les élections au gré du roi , el que si Thomas s'y opposoil il encourût sa disgrâce.
Thomas étoit venu à Rouen par ordre du roi , espérant, comme on lui avoit promis, y acquitter ses dettes, et être renvoyé en Angleterre avec honneur. Mais Jean d'Oxford lui apporta une lettre du roi , par laquelle il le prioit de retourner incessamment en Angleterre , et lui donnoil le même Jean pour raccompagner. Thomas obéit, et apprit en chemin les mauvais desseins de ses ennemis, qui éloient déjà venus à la mer, el atlendoienl le vent favorable, comme il Lattendoit de son cùlé (2). Ces ennemis éloient l'archevêque d'York, et les évéques de Londres et de Sarisbéry , et , pour leur prêter main forte, Gervais, vicomte de Kent , Raoul de Broc et Renauld de Varennes , qui menaçoient hautement de lui couper la tête s'il osoil passer. Quelques amis conseilloient à Thomas de ne point s'exposer à ce passage que la paix ne fût mieux affermie ; mais il répondit : Je vois l'Angleterre et j'y entrerai. Dieu aidant, quoique je sache certainement que j'y vais souffrir le martyre. La
(1) V.Ep. 6*,73.
(2) Yita ni, C. 3.
des veuves. Ils pleuroienl, les uns de compassion , les autres de joie ; les uns se prosternoienl à terre; les autres, ayant leurs habits retroussés, s'avançoienl pour le prendre au sortir du vaisseau, et recevoir les premiers sa bénédiction. Mais les gentilshommes , qui avoient cru qu'il aborderoit à Douvres, apprenant son arrivée , accoururent promptement à Sandwich.
Ils s'approchèrent, armés, du bâtiment où éloil rarchevêque, comme pour lui faire violen(e. Ce que voyant Jean d'Oxford, il craignit que la honte n'en reloinbàl sur le roi , el qu'on ne laccusàt de trahison ; c'est pourquoi il s'avança , el leur défendit , de la part du roi, de faire auc une insulte à l'arrhevêciue ou aux siens, et leur jKTsiiada de poser les armes. Ils demandèrent toutefois que les étrangers, qui éloient venus avec lardievêque, tissent serment de tidelilè au roi el au ro>aume. H ne paroissoil d autre étranger que Sinuin, archidiacre de Sens, qui auroil facilement consenti à prêter le serment ; mais Thomas ne le permit pas, craignant hs conséquences de ce serment pour le clergé d'Angleterre, et dit qu'il éloil contre les bonnes mœurs et le droit des gens d'exiger des étrangers de tels serments. Or , il voyoit bien que les otTu iers du roi éloient en trop petit nombre pour faire violence, parce que le peu[)le, qui étoit ravi de son retour, avoit pris les armes et auruit été le plus fort.
Ces officiers ayant à peine salué l'archevêque, lui demandèrent en colèn» pourquoi, à son entrée dans le pays, qui devoit être pacifique, il avoit excommunié et suspendu les évéques
(1) Vila m, c. i. Gervas. Doreb. •