XXXIII. Aflliclion du roi d'Angleterre
Le roi d'Angleterre, ayant appris la mort de Thomas, envoya peu de jours après de ses clercs, qui , étant arrivés à Cantorbéry, assemblèrent les moines de la cathédrale, et leur dirent (1) : Le malheur qui est arrivé chez vous, mes frères , a tellement affligé le roi , que pendant trois jours il s'est abstenu d'entrer dans l'église, et n'a pris d'autre nourriture que du lait d'amandes. Il n'a point reçu de consolation et n'a point paru en public , sachant le tort que fait à sa réputation cette cruelle action des siens , et qu'on ne se persuadera pas aisément qu'il n'ait point désiré la mort d'un homme dont il s'est plaint si souvent comme du seul qui s'opposoit à ses volontés. L'action est détestable et inouie, et la conduite que le roi a tenue jusqu'ici le justifie assez de n'en être pas complice ; mais ce qui lui donne quelques remords , c'est qu'ayant appris l'excommunication de tous ceux qui avoient assisté au sacre de son fils, lorsqu'il croyoit tous les ressentiments étouffés par la paix, il ne put dissimuler sa douleur ni s'empêcher de s'en plaindre à ses confidents. Ceux-ci, compatissant à son ressentiment, et d'autant plus animés que le prélat lui avoit plus d'obligation, il s'en trouva quatre qui se retirèrent secrètement, et vinrent commettre ce crime croyant plaire au roi. Or, comme il les connoissoit pour les plus emportés et les plus méchants de son royaume , il envoya en diligence après eux pour prévenir ce malheur; mais ils étoient déjà passés, et firent leur coup le jour que le roi croyoit les avoir auprès de lui. Voilà , mes frères, ce que nous avons charge de vous dire, afin que vous n'ayez aucun mauvais soupçon du roi, et que vous demandiez à Dieu le pardon de la faute qu'il peut avoir faite en donnant , par ses dis-
il'l!
{1} Gestapost.mart.c. 1.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.C.ini.
Ande J.-C. 1171.]