‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2224 sur 2407 · XXXVII. Le roi d'Angleterre en Irlande · texte numérisé non relu

XXXVII. Le roi d'Angleterre en Irlande

Le roi Henri , ayant appris la résolution du pape de lui envoyer des légats , se pressa de passer en Angleterre , et donna ordre de garder soigneusement les ports tant de deçà que de delà la mer (2) ; si quelqu'un se trouvoit chargé de lettres d'interdit, de l'arrêter et le mettre en prison, et de ne laisser passer aucun clerc qui ne jurât de n'avoir aucun mauvais dessein contre le roi et le royaume. Le roi arriva à Portsmoulh le troisième jour d'août, et assembla une armée considérable pour passer en Irlande, où il étoit appelé pour en être reconnu souverain. Il croyoit aussi y être plus en sûreté qu'en Angleterre contre l'interdit qu'il craignoit. En passant, il visita Henri, evêque de Winchester, malade à l'extrémité. Ce vénérable prélat lui fit de grands reproches de la mort du saint archevêque, et lui prédit qu'elle lui attireroit plusieurs adversités. Il mourut , chargé d'années, le huitième du même mois d'août, ayant rempli le siège de Winchester quarante-deux ans. Il avoit, deux ans avant sa mort, distribué tous ses biens en aumùnes , ne gardant que la subsistance absolument nécessaire (3).

Le roi d'Angleterre passa en Irlande avec une Hotte de quatre cents voiles, et le lendemain de son arrivée, qui étoit le lundi dixhuitième d'octobre , jour de Saint Luc, il vint avec son armée à Waterlbrd, où il séjourna quinze jours (4). Là vinrent à ses ordres les quatre rois de Corck, de Limerick , d'Oxcrick et de Mida, et presque tous les seigneurs d'Irlande , hors le roi de Conacte , qui prétendoit

(1) Bibl. Oripul. p. 339. (♦) G. Neubrig. n,c.20.

(2) Gerv. p. lilU. Roger. Hoved. p. 527, to. U) Radulf. Die, p. 457. 10, Conc. p. U'^h

Gif. Cambr.

en être seul souverain. Tous les prélats y vinrent aussi , savoir, les quatre archevêques Gélase d'Armach, Dénat de Cassel , Laurent de Dublin, Catholique de Tuam , les évéques leurs suffragants , au nombre de vingt-huit, et les abbés. Ils recurent tous Henri pour roi et seigneur d'Irlande , et lui firent serment de fidélité, à lui et à ses successeurs, à perpétuité. Dans la suite , le roi d'Angleterre envoya au pape les lettres des prélats d'Irlande , et obtint la confirmation de ce royaume pour lui et ses successeurs par l'autorité du saint-siège , comme il avoit déjà obtenu du pape Adrien IV, en mil cent cinquante-six , la permission d'y entrer et de s'en rendre maître.

XXXVllI. Concile de Cassel.

Pendant que le roi Henri étoit en Irlande, et vers la fête de Saint-Léonard , sixième de novembre mil cent soixante -onze, il envoya Nicolas , son chapelain , et Raoul, archidiacre de Landaf, tenir un concile général à Cassel, avec les prélats du pays , sous le bon plaisir du pape (1). L'archevêque d'Armach , primat d'Irlande, ne put s'y trouver à cause de ses infirmités et de son grand âge. Il étoit en opinion de sainteté, et ne vivoitque du lait d'une vache blanche, qu'il faisoit mener partout avec lui. En ce concile présida Christ ien, evêque de Lismor, en qualité de légat du saintsiège; on y fit publiquement le rapport des désordres qui régnoient dans le pays , et on les rédigea par écrit sous le sceau du légat, puis on dressa huit canons pour y apporter le remède convenable.

On ordonna premièrement que les mariages ne seroient contractés que suivant les lois de l'Eglise, au lieu que la plupart des Irlandois prenoient autant de femmes qu'ils vouloient, et souvent leurs proches parentes ; que les enfants seroient portés à l'église pour être catéchisés à la porte , c'est-à dire exorcisés, et ensuite baptisés aux fonts par les prêtres dans de l'eau pure , avec les trois immersions, hors le péril de mort. Auparavant la coutume étoit, en divers lieux d'Irlande, que, sitôt qu'un enfant étoit né, son père ou le premier venu le plongcoit trois fois dans de l'eau, et dans du lait si c'étoit l'enfant d'un riche; puis on jetoit cette eau ou ce lait comme sale (-2). On ordonna encore que l'on payeroit à l'Eglise paroissiale la dîme du bétail, des fruits et de tous les autres revenus. C'est que plusieurs n'en avoient jamais payé, et ne savoient pas même si elles étoient dues. Que toutes les terres ecclésiastiques seroient exemptes de toute exaction des séculiers , particulièrement des repas et de Ihospilalité qu'ils se faisoient donner par violence. Que les clercs ne seroient point obligés de contribuer, avec les autres parents,

(1) Jo. Bromploni, p.l071. (,2) C. 1, 2, 3.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. 1171

An fle J.-C. 1172. ]

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