XL. Concile d Avranches
Quatre mois après on assembla en la même ville d'Avranches un concile où se trouvèrent les deux rois, le père et le fils, Rotrou, archevêque de Rouen , et tous les évêques et les abbés de Normandie (2). Ce concile se tint dans l'église de Saint-André, le jour de Saint-Cùme, vingt-septième de septembre mil cent soixantedouze. Le roi père y réitéra le serme t qu'il avoit fait, y ajoutant quelques clauses. Que jamais il ne se retireroit de l'obéissance du pape Alexandre et de ses successeurs, tant qu'ils le tiendroic nt pour roi catholique. Qu'à Noël prochain, il prendroit la croix pour trois ans, et partiroit l été sui\ant pour Jérusalem , si le pape ne l'en dispensoit; mais s'il étoit obligé d'aller en Espagne contre les Sarrasins, son voyage de Jérusalem seroit d'autanldifféré. Que cependant il doimeroit aux templiers l'argent nécessaire, suivant leur estimation, pour entretenir à la terre sainte deux cents chevaliers pendant un an. Les légats doimèrent au roi leurs lettres, contenant toutes les clauses de s(m serment, et il y fit aussi mettre son sceau (3).
Le lendemain, les légats tinrent au mêmelieu le concile a>ec les prélats et le clergé de Normandie, où Ion publia douze canons , savoir : On ne donnera point a des enfants drs bénéfices
(1) Rad. Dicet. p. 557.
(2) Jo. Brompt. p. 1079.
V, Ep. 88.
(1) Acta Alex. ap. Bar.
V, Ep. 82.
(2) Tom. 10, Conc. p.
1457, ex Roger. Hoved.
(3) v, Ep. 89.
à charge d'âmes , ni aux enfants des prêtres les églises de leurs pères. Les églises ne seront point données à ferme ni à des vicaires annuels; mais on obligera les curés des paroisses, qui le peuvent porter, d'avoir un vicaire. On n'ordonnera point des prêtres sans titre certain. Le prêtre qui sert une église aura du moins le tiers des dîmes , et les laïques ne prendront rien des oblations. Ceux qui possèdent des dîmes par droit héréditaire peuvent les donner à un clerc, à condition qu'après lui elles retourneront à l'Eglise. Les clercs n'exerceront point lesjuridictionsséculières, sous peine d'être exclus d( s bénéfices. Le mari ou la femme ne pourra entrer en religion, l'autre demeurant dans le siècle, s'ils n'ont passé l'âge d'user de leur mariage. On propose l'abstinence et le jeûne de l aventà tous ceux qui pourront l'observer, principalement aux ecclésiastiques et aux nobles (1). On vouloit aussi défendre aux prêtres plusieurs exactions sur les biens des mourants , pour les mariages et les baptêmes, et pour l'absolution des excommunications,dont ils exigeoientquarante-huitlivres; mais les évêques des JNormandie ne voulurent pas recevoir ce décret. En ce même concile, l'archevêque de Tours renouvela ses plaintes contre le prétendu archevêque de Dôle, soutenant qu'il devoit lui être soumis ; mais le clergé de Dôle lui résista vigoureusement.
XLl. Canonisation de saint Thomag.
Cependant le pape Alexandre fut informé des mirach'S qui se faisoient au tombeau de l'archevêque Thomas, premièrement par la voix publique, puis par le témoignage de plusieurs personnes dignes de foi , et enlin par celui de ses deux légats, Albert et Théoduin, qui en étoient d'autant mieux instruits, qu'ils étoient plus proches du lieu. Sur ces assurances donc, et sur la connoissance que le pape avoit d'ailleurs des vertus du saint prélat, après avoir pris le conseil des cardinaux , il le canonisa solennellement dans l'église le jour des Cendres, vingt-unième de février mil cent soixante-treize, en présence d'une grande multitude de clercs et de laïques. 11 ordonna qu'il seroit mis au nombre des martyrs, et que sa fête seroit célébrée tous les ans le jour de sa mort, vingt-neuvième de décembre , comme elle l'est encore par toute l'église catholique (2). C'est ce qui paroîl par deux bulles datées de Scgni , le douzième de mars , et adressées , l'une aux moines de l'église métropolitaine de Canlorbéry, lautre au clergé et au peuple de toute l'Angleterre.
La punition divine éclata sur les meurtriers du saint prélat, et ils périrent tous quatre dans les trois ans après son martyre, qui finissent cette année mil cent soixante- treize.
(1) Cl, 2, 7, 4,5, 6,8, 8,9,12,10, 11, 13.
(2) V, Ep. 92, 93.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An deJ.-C 117S.
D'abord qu'ils eurent commis le crime, n'osant retourner à la cour , ils se retirèrent à une terre de Hugues de Moreville, l'un d'entre eux, dans la partie occidentale d'Angleterre, où ils demeurèrent jusqu'à ce que l'horreur que les gens du pays avoient d'eux leur devint insupportable. Personne ne vouloit ni manger avec eux ni leur parler ; les restes de leurs repas étoient jetés aux chiens, qui même , à ce qu'on disoit , n'y touchoient pas. Après bien du temps, ces quatre chevaliers, pressés du remords de leur conscience, allèrent trouvèrent le pape Alexandre, qui leur imposa pour pénitence le Toyage de Jérusalem. Guillaume de Tracy, l'un d'entre eux, demeura en Italie, prétendant faire sa pénitence deçà la mer , et tomba malade à Cosence en Calabre d'une maladie horrible, où les chairs, principalement des bras et des mains, tomboient par pièces et laissoienl les os à découvert (1). Il témoignoit un grand regret de son crime, etinvoquoit incessamment le nouveau martyr, comme rapporta depuis l'évéque de Cosence, qui avoitélé son confesseur en cette maladie. Les trois autres allèrent jusqu'à Jérusalem , où peu de temps ils moururent pénitents , ei furent enterrés devant la porte du temple, avec cette épitaphe : Ci-gissent les malheureux qui ont martyrisé le bienheureux Thomas , archevêque de Cantorbéry.