LIV. Exemptions des moines
Les moines de Malmesbury ayant élu un abbé, l'évéque de Salisbury, qui étoit le diocésain, lui défendit, de la part du pape, de recevoir d'autre que de lui la bénédiction abbatiale. L'abbé ne laissa pas d'aller secréte-
(2; Roger, p. 544. Gerv.
(3) V. Guill. Nov. Brig poëm. Goduin. p. 654 Gav
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
r An dcJ.-C. 1175.
ment ûu pays de Galles, et de se faire bénir par l'évêque de Landaf. L'évéque de Salisbury s'en plaignit à Richard , archevêque de Cantorbéry, qui suspendit l'évéque de Landaf et le nouvel abbé jusqu'à ce qu'ils eussent justifié leur conduite. Les parties étant donc venues en sa présence , et ayant produit leurs privilèges, l'archevêque ne trouva rien qui dispensât l'abbé de la dépendance de l'évéque de Salisbury, sinon une bulle d'exeniplion suspecte de fausseté paç le sceau et par le style. Après que l'on eût ouï les témoins et vu les pièces , Tarchevéque exhortoit les parties à la paix , et l'évéque ne s'en éloignoit pas ; mais l'abbé refusa de s'accommoder, ni d'être jugé par l'archevêque, disant qu'il ne devoit répondre qu'au pape ; et, en se retirant, il ajouta avec indignation : Les abbés sont bien lâches et bien misérables de ne pas anéantir la puissance des évêques , puisque, pour une once d'or par an, ils peuvent obtenir de Rome une pleine liberté.
L'archevêque Richard en prit occasion d'écrire au pape Alexandre pour se plaindre des exemptions au nom de tous les évêques (1). Ce mal, dit-il, s'étend très-loin; les abbés s'élèvent contre les primats et les évêques, ils ne veulent avoir personne qui réprime leurs désordres , ni qui s'oppose à leurs désir.-. De là vient que les biens de la plupart des monastères sont au pillage ; les abbés ne songent qu'à faire bonne chère et vivre en paix, et les moines, comme n'ayant point de chef, s'abandonnent à l'oisiveté et aux vains discours, en sorte que si vous entendiez leurs disputes tumultueuses vous prendriez le cloître pour un marché. Si vous ne remédiez promptement à ce mal , il est à craindre que les évêques ne se retirent aussi de la sujétion des archevêques , les doyens et les archidiacres de celle de leurs prélats , et qu'il n'y ait plus enfin de subordination. Qu'est-ce qu'exempter les abbés de la juridiction des évêques, sinon autoriser la révolte et armer les enfants contre leurs pères? Quelle justice y a-t-il que le pape accorde des grâces au préjudice des évêques en leur ôtant ce qui leur appartient? Je sais que les papes ont accordé la plupart de ces exemptions pour la paix des monastères et à cause de la tyrannie des évêques ; mais le contraire est arrivé , car les monastères qui ont obtenu cette damnable liberté , soit par l'autorité du pape, soit, comme il est plus ordinaire, par de fausses bulles, sont tombés dans un plus grand trouble et une plus grande pauvreté. C'est pourquoi plusieurs maisons très-célèbres pour leur sainteté n'ont jamais voulu avoir de ces exemptions, ou les ont aussitôt rejetées. Ainsi parloit l'archevêque de Cantorbéry , ou plutôt Pierre de Blois sous son nom. Au reste, le monastère de Malmesbury étoit alors si peu exempt, qu'il ne l'étoit pas au milieu du siècle suivant, comme il pa-
(l: IVtr. Blés. bip. 18.
roîl par une bulle d'Innocent IV, de l'an mil deux cent quarante huit (1).