Fridéric résolu à quitter le schisme
Yers la fin du mois de mai mil cent soixanteseize, l'empereur Fridéric, ayant reçu les troupes qu'il attendoit d'Allemagne , commença a ravager les terres des iVlilanois qu'il croyoit surprendre ; mais ils étoient si bien sur leurs gardes, qu ils marchèrent contre lui le samedi quatrième de juin , et donnèrent une sanglante bataille (1). L'empereur, ayant eu son cheval tué sous lui , disparut et fut quelque temps cru mort ; son armée fut entièrement défaite, et le butin immense. Cette victoire assura la liberté des villes de Lombardie, et ruina en Italie la puissance des empereurs
allemands.
Fridéric fut d'autant plus frappé de ce coup, que les seigneurs , tant ecclésiastiques que séculiers, qui l'avoient suivi jusque-là, le menacèrent de l'abandonner s'il ne faisoitsa paix avec l'Eglise. Il résolut donc de se réconcilier sincèrement avec le pape Alexandre, et pour cet effet il envoya Yeremond , archevêque de Magdebourg , Christien de Mayence , Conrad, élu évéqiie de Wormes, et Yérémond , protonotaire de son royaume, qui, étant venus jusqu'à Tibur, mandèrent au pape , qui éloit à Anagni , la cause de leur voyage, et, ayant obtenu un sauf-conduit, ils furent reçus par deux cardinaux et par les capitaines de Campanie , et conduits avec honneur à Anagni, où ils arrivèrent le vingt-unième d'octobre (2). Le lendemain, le pape leur donna audience en consistoire ; ils se présentèrent avec grand respect, et, demeurant debout, ils dirent : L'empereur, notre maître, désire ardemment de donner la paix à l'église romaine et à la ville de Rome, c'est pourquoi il nous a envoyés vers vous avec un plein pouvoir, vous priant instamment que le traité qui fut commencé l'année passée , et demeura imparfait pour nos péchés , soit maintenant terminé. Le pape , ravi de cet heureux changement, répondit d'un visage tranquille : Nousavons une grande joie de votre arrivée, et nous ne |K)uvons apprendre en ce monde de plus agréable nouvelle que celle de la paix; s'il est ainsi, que
(1) ActaAlei.ap. Baron. (2) Chr. lo.'Cen. 1176. im.Corio. i.Par. p. 140.
notre empereur, que nous reconnoissons pour le plus grand entre les princes du monde , veuille nous la donner véritable. Mais, afin qu'elle soit entière, il faut qu'il la donne aussi à nos alliés, principalement au roi de Sicile , aux Lombards et à l'empereur de Conslantinople.
Les envoyés louèrent le discours du pape, et ajoutèrent : Nous avons ordre de l'empereur de conférer en secret avec vous et avec les cardinaux , parce que nous savons que de part et d'autre il y a des gens mal intentionnés qui ne souhaitent pas la paix. Alors t<)us les assistants se retirèrent, et le pape avec les cardinaux, et les envoyés passèrent dans la chambre du conseil , où ils entrèrent en conférence. Mais, comme l'affaire éloit difficile à cause de la quantité de personnes puissantes qui étoient entrées dans le schisme , la négociation dura plus de quinze jours. On allégua les autorités des pères , les privilèges des empereurs , les anciennes coutumes , on disputa long-temps et subtilement. Enfin, on convint de tous les articles entre l'Eglise et l'empire, laissant les Lombards en l'état où ils étoient, jusqu'à ce que l empereur en personne eût une conférence avec eux, et il fut résolu que le pape iroit lui-même en Lombardie. Cependant les envoyés de l'empereur donnèrent de sa part une plcMue sûreté à tous les membres de l'église romaine , pour leurs personnes et leurs biens (1). Ils promirent que l'emjxTeur rendroit au pape la préfecture de Rome et les terres de la comtesse Mathilde, et qu'il donneroit sûreté au pape, aux cardinaux et à leur suite pour aller à Venise, à Ravenne et aux autres lieux où ils avoient dessein d'aller, avec une trêve de trois mois en cas que la paix fût rompue. Les choses ainsi réglées , les envoyés retournèrent contents vers l'empereur.
Avant que de partir d'Anagni, le pape Alexandre envoya llumbaud , évèque d'Oslie, et Reinier, cardinal-diacre de Saint-George, pour faire ratifier à l'empereur , par le conseil des Lombards , la sûreté qu'il avoil promise au pape par ses envoyés {'2). Les deux
(1) Instruni.
an. 1176, n. 6.
ap. Pagi, Ci) Acta item. Homuald.
Salor.
cardinaux trouvèrent l'empereur près de Modéne, et en leur présence il fit jurer pour lui le fils du marquis de Montferrat, et pour mieux témoigner ses bonnes inlenticms il fit faire le même serment pour tous les seigneurs allemands qui étoient présents. On convint de part et d'autre que la conférence du pape avec l'empereur se feroit à Boulogne. D'un autre côté, le pape fit prier Guillaume , roi de Sicile , de lui envoyer quelques-uns des grands de sa cour pour assister à cette conférence , et le roi chargea de cette commission Romuald , archevêque de Salerne, et Roger^ comte d'Andri, grand connétable et grand justicier de la Pouille et de la terre de Labour.