IV. Plainte de l'empereur contre le pape
L'empereur Fridêric, étant de retour en Allemagne, et voyant le pape résolu de le pousser , ferma tous les passages des Alpes et des pays voisns pour empêcher que personne n'allât à la cour de Rome • ce qui obligea le pape à établir son légat en Allemagne, Philippe, archevêque de Cologne (2). L'empereur fit venir ce prélat , et lui demanda s'il lui seroit fidèle. Le prélat répondit : Seigneur, vous n'en devez point douter ; vous m'avez souvent éprouvé. Toutefois , pour vous parler au nom de tous les évêques , si vous voulez nous traiter un peu plus doucement , nous vous serions plus dévoués. Le pape croit se plaindre avec raison de ce qu'après la mort des évêques on dépouille les églises : on enlève tous les meubles et les revenus de l'année courante, en | sorte que le successeur ne trouve rien. Si vous voulez nous faire justice sur ce point , nous serons les médiateurs entre vous et le pape , sinon nous ne pouvons abandonner la vérité! L'empereur répliqua : Nous savons certainement que les empereurs , nos prédécesseurs , donnoient les investitures des évêchés, et les remplissoient de personnes plus dignes que l'on ne fait depuis qu'ils vous ont permis l'élection, que vous appelez canonique. JVous nous tenons à ce qu ils ont réglé ; mais nous voulons conserver ce petit reste de notre droit tel que nous lavons trouvé Cependant, comme je vois que vous n'êtes pas de mon avis, je ne veux point que vous veniez à la cour que je dois tenir à Geilonhuisen.
Il s'y assembla grand nombre d'évêques et de seigneurs , et 1 emptTcur leur dit (3) : Vous savez comme je suis attaqué par le pape , sans que je sache avoir jamais manqué à ce que jo lui dois. Il dit qu'aucun laïque ne doit posséder les dîmes que le Seigneur a destinées à ceux qui servent l'autel. Mais nous savons que l'Eglise, étant attaquée , a accordé les dîmes à perpétuité à des personnes nobles et puissantes, qui ont entrepris sa défense, isans quoi elle n'auroit pu conserver ses biens. Le pape
I dit encore qu'il n'est pas juste que personne s'attribue droit d'avouerie sur les terres ou les vassaux de lEglise ; mais que les prélats doivent en jouir librement , comme ils les ont reçus d'abord. Or, nous ne croyons pas qur l'on puisse changer facilement ce qui est établi par une ancienne coutume. Je demande donc aux prélats leurs avis sur ce sujet. Alors Conrad, archevêque de Mayence, se leva et dit : Cette affaire est importante, et il ne nous appartient pas de déterminer un si grand différent. Je suis d'avis que nous écrivions au pape pour l'exhorter à faire lapajx et à voff^feudre justice.