‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2386 sur 2407 · LXI. Croisade des Allemand · texte numérisé non relu

LXI. Croisade des Allemand

Les croisés allemands se trouvèrent en si grand nombre, qu'ils composèrent trois armées dont la première, que commandoit Conrad, archevêque de Mayence, alla par terre à Constantinople, et de là par mer à Tyr (4) ; la seconde s'embarqua d'abord , côtoya la 1 rance et l'Espagne , prit en passant sur les Maures Silves, en Portugal, et la ruina, puis se rendit par le détroit en Palestine, à Acre (5). La troisième armée, qui étoit la plus forte, suivit lempereur Henri en Italie pour ac hever de lui soumettre la Pouille et la Sicile après

Cl) Roger, p. 708. G.

Neubr. v, c 30.

(2; Sup. liv. lAXFli, n. 7.

Reîî p. 770, lo. 10. Conc.

(3) Ep. 15. Jo. Brompt.

p. Ii73. (ien. wvu, Si.

(i) Olho. àS. «las. C.42.

Ro^JT, p 771.

. (5; Arnold. Lub. v , c.2

AiMleJ.-C.1197.]

quoi il envoya au Levant, sous la conduite de Conrad, évéque de Wirtzbourg , son chancelier. Celte flotte arriva au pont d'Acre le vingtdeuxième de septembre mil cent quatre- vingtsei/.e. Mais le chancelier s'arrêta en l'ile de Chypre pour en couronner roi Guy de Lusignan, qui pour montrer qu'il ne dépendoit plus de l'emporeurde Constantinople, avoit demandé avec empressement à l'empereur d'Allemagne de lui envoyer la couronne. Il reçut donc le chancelier avec grand honneur, et'le retint long-temps, après quoi le prélat

se rendit à Acre.

Cependant Léon ou Livon, roi d'Arménie, pour s'attirer le secours des croisés, envoya aux seigneurs des ambassadeurs avec des présents et des lettres par lesquelles il dédaroit qu'il étoit prêt de se soumettre à l'empereur, s'il vouloit lui faire l'honneur de lui envoyer la couronne qu'il désiroit depuis long-temps. D'abord on destina le chancelier à cette ambassade; mais comme il étoit à Rarut, on y envoya l'archevêque de Mayence , qui couronna le roi d'Arménie au nom de l'empereur Henri. Il fit plus, et travailla par ses instructions à ramener ce prince et tous ses sujets à l'obéissance de l'église romaine, et baptisa Rupin, son petit-neveu, fils d'Alis, sa nièce , et de Raymond, prince d'Anlioche (1). Il réconcilia même ce prince avec le roi , et apaisa pour lors leur division, qui apportoit un grand trouble dans l'église d'Orient.

Quand les croisés allemands arrivèrent en Palestine, ils trouvèrent que Yaleran, comte de Limbourg , qui étoit arrivé devant , avoit déjà rompu la trêve que le roi Richard avoit faite avec les Sarrasins; et Safadin, frère de Saladin, qni avoit la principale autorité sur eux, avoit assiégé Jafla, qu'il prit et ruina. Les chrétiens, toutefois, gagnèrent une bataille près de Sidon , et reprirent plusieurs villes ; mais s'étant attachés au siège de Toron, ils V perdirent beaucoup de temps , et levèrent enfin le siège par la trahison de quelques templiers et de revenue de M irtzbourg , qui se laissèrent corrompre moyennant une grande quantité d'or, encore se trouva-t-il

faux (2). .

l^es croisés allemands, étant à Acre, etoienl extrêmement scandalisés de la vie déréglée des templiers et des seigneurs chrétiens du pays ; et d'ailleurs ils étoient persuadés que ceux-ci les trahissoienl et s'entendoient avec les infidèles ; car ces francs Levantins ne cherchoient que leurs intérêts , se contentoient de la côte , dont les terres sont très-fertiles , et ne sc^ soucioient ni de Jérusalem ni du saintsépulcre. Les Allemands donc se séparèrent d'eux, et, conduits par leurs propres chefs, eu rcnt en diverses rencontres quelques avantages

sur les infidèles. En suite de quoi on leur rapporta que les Levantins , de concert avec les Sarrasins, avoient résolu de le sfaire périr, et que Henri, comte de Champagne, et roi titulaire de Jérusalem , étoit de la conspiration. Aussi les Allemands regardèrent-ils comme une punition divine la mort funeste de ce jeune prince ; car étant à Acre appuyé à une fenêtre , l'appui rompit , il tomba et se cassa la tête. Isabelle sa veuve épousa en quatrièmes noces Aimery de Lusignan, roi de Chypre, après son frère Guy, et lui porta le titre de roi de Jérusalem. Les Allemands s'étant séparés se retirèrent à Jaffa , qu'ils s'efl'orçoient de rétablir, et eurent quelque avantage sur les Sarrasins; mais quand ils apprirent la mort de l'empereur Henri et la division qu'cRe causoit en Allemagne , ils ne songèrent plus qu'à revenir au plus tôt chez eux. Ainsi cette grande croisade fut sans fruit.

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