‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 28 sur 2407 · XXVI. Seizième session · texte numérisé non relu

XXVI. Seizième session

Depuis cette session jusqu'à la suivante , il y eut un intervalle de trois mois et demi, peut-être pour attendre la commodité de l'empereur , qui devoit assister à la conclusion du concile. Enfin la seizième session fut tenue le neuvième jour d'août de la même année six cent quatre-vingt-un (3). Il y eut encore utt plus grand nombre d'évêques (4). Théophile ,

(3) 9 août. 081, (i) P. iOOh

primicier des notaires de Constantinople , dit : Je vous avertis que Constantin, qui se dit prêtre de l'église d'Apamée en Syrie , est à la porte, et demande à entrer pour vous instruire de quelque chose concernant la question préstmte. On le fit entrer, et il dit : Si j'avois été ouï, nous n'aurions pas reçu la perte que nous avons soufferte cette année dans la guerre de Bulgarie. En effet, les Bulgares , nation barbare, ayant passé le Danube , commencèrent alors à faire des courses dans la Thrace , et l'empereur Constantin fut contraint de faire avec eux une paix honteuse et de leur payer tribut (1). Le prêtre Constantin continua: J'ai voulu dès le commencement entrer dans le concile et vous exhorter à faire quelqu'accommodement sans persécuter les uns ni les autres , je veux dire , ni ceux qui disent une volonté, ni ceux qui en disent deux. J'allai trouver le patrice Théodore et le priai déparier de moi au concile. Maintenant, si vous l'ordonnez , j'écrirai en syriaque ce que Dieu m'a donné sur la foi, et on le traduira en grec. Le concile dit : Comme vous nous avez expliqué vos pensées en grec, déclarez aussi votrefoi. Il demandaun délai de six jours, qui lui fut refusé , parce qu'il avoit demandé luimême à être ouï. Il dit donc : Je reconnois deux natures comme il a été dit à Chalcédoine, et deux propriétés. Pour les opérations , je n'en dispute point si vous les admettez comme propriétés ; mais je ne reconnois qu'une volonté de la personne du verbe , c'est-à-dire de sa subsistance; car, pour dire la vérité , je ne sais ce que veut dire en grec hypostase. Or, je dis la volonté de la personne du verbe , même après l'incarnation ; car le père et le fils et le Saint- Esprit ne sont qu'une volonté. On lui demanda si cette unique volonté qu'il reconnoissoit en Jésus-Christ étoit de la nature divine ou delà nature humaine. Il répondit: C'est de la divinité (2). On lui demanda si la nature humaine de Jésus-Christ avoit une volonté, il répondit : Oui, une volonté naturelle, car il l'eut depuis sa naissance jusqu'à la croix , et c'est ce que j'appelle une propriété. Quoi donc ! lui dit-on, Jésus-Christ depuis sa croix quitta-t-il la na* ture humaine ? Il répondit : La volonté humaine ne demeura pas avec lui , mais avec la chair et le sang ; car il n'a plus besoin déboire ou de manger , de dormir ou de marcher. On le pressa ainsi : Vous avez dit que la personne du verbe avoit une volonté ; vous avez dit ensuite que son humanité avoit une volonté naturelle ; comment donc ne reconnoissez-vous en Jésus-Christ qu'une volonté? Il l'a quittée, répondit-il, avec la chair et le sang. Et on le poussa jusqu'à dire que Jésus-Christ s'étoit dépouillé de sa chair. Il reconnut que c'étoit la doctrine de Macaire d'Antioche , et y persista, disant qu'il ne pouvoit croire autrement. Alors le concile s'écria : C'est l'opinion des mani-

(1) Theopb.an.il, p.899. (2) Conc. p. 1008.

chéens, c'est la créance d'Apollinaire. Anathème à lui et à ses dogmes ! Chassez le manichéen ! Ainsi Constantin d'Apamée fut chassé du concile.

Ensuite George, patriarche de Constantinople , dit : Je vous demande en grâce , avec quelques évêques dépendants de ce siège, que, s'il est possible , les personnes ne soient point anathématisées nommément dans les acclamations, c'est-à-dire Sergius , Pyrrhus, Paul et Pierre. Le concile répondit : Il faut que ceux qui ont une fois été déclarés coupables et ôtés des sacrés dyptiques par notre sentence, soient aussi anathématisés nommément. George déclara qu'il cédoit à l'avis du plus grand nombre, et ils firent plusieurs acclamations à la louange de l'empereur (1) ; puis ils souhaitèrent Ion* gués années au papSe Agathon , à George de Constantinople , à Théophane d'Antioche, aa concile et au sénat. Ils crièrent ensuite : Anathème à Théodore de Pharan, hérétique, à Sergius, à Cyrus ! Anathème à Honorius, hérétique, à Pyrrhus, à Paul, à Pierre, à Macaire, à Etienne, à Polychrone et à tous les hérétiques ! Les magistrats demandèrent au concile s'il restoit quelque chose à examiner touchant l'affaire présente ; le concile répondit que non , et que, dans la prochaine session, ils dresseroient la confession de foi avec l'assistance du Saint-Esprit.

La dix-septième session fut tenue un mois après, savoir : l'onzième de septembre six cent quatre-vingt-un, la dixième indiction étant commencée à Constantinople. On n'y fit autre chose que de convenir de la définition de foi qui fut publiée de nouveau dans la session suivante. Aussi celle-ci ne se trouve point dans les exemplaires grecs, et ils n'en comptent que dix-sept.

XXVn. Fin du concUe.

La dernière session du concile, et la dixhuitième selon les latins, fut tenue le seizième de septembre. L'empereur y assista en personne , et il y eut plus de cent soixante évoques (2). On y lut la définition de foi du concile, où il déclare premièrement qu'il adhère aux cinq conciles précédents, et rapporte les symboles de JNicée et de Constantinople , puis il remarque les auteurs de Terreur qu'il condamne, savoir : Théodore de Pharan, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople , le pape Honorius , Cyrus d'Alexandrie, Macaire d'Antioche et Efienne, son disciple (3). Il approuve les deux lettres du pape Agathon et de son concile comme conformes au concile de Chalcédoine et à la doctrine de saint Léon et de saint Cyrille ; enfin il explique le mystère de l'incarnation, prouve et décide qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés naturelles et deux opérations naturelles, et défend d'enseigner autre chose sous peine de déposition pour les

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An deJ.-C.68a

clercs et d'anathème pour les laïques ; ensuite sont les souscriptions des légats et de cent soixante-cinq évoques.

Le concile confirma encore cette définition de foi par plusieurs acclamations, et réitéra les ana thèmes contre les hérétiques ; entre lesquels Honorius ne fut pas oublié. Puis on fit lire un discours adressé à l'empereur, suivant la coutume , où les pères louent sa piété , et rapportent en substance ce qu'ils ont fait dans le concile , répétant encore l'anathéme contre les hérétiques. Ils y louent aussi le pape Agathon, et disent que saint Pierre a parlé par sa bouche. Enfin ils prient l'empereur d'autoriser leur décision par sa souscription , et par ses édits. Les souscriptions sont encore à la tin de ce discours (1). Après qu'il eut été lu, les évéques réitérèrent à l'empereur de vive voix la prière de souscrire la définition de foi, ce qu'il promit. Mais auparavant il représenta que Citonat , archevêque de Cagliari en Sardaigne , avoit été accusé de crime d'état, et justifié (2). C'est pourquoi il pria le concile de le recevoir et lui faire souscrire la définition de foi. Après donc que Citonat et un autre évéque eurent souscrit, Tempereur souscrivit tout le dernier. Le concile pria l'empereur que, pour la sûreté de la foi, on donnât à chacune des chaires patriarcales un exemplaire de la définition de foi souscrit de sa main; ce quil accorda. On en fit donc cinq copies, qui furent données aux légats du pape , et des deux patriarches absents, et à ceux de Constantinople et d'Antioche qui étoient présents. Le concile écrivit au pape Agathon une lettre où il dit entre autres choses : Nous avons condamné ceux qui se sont écartés de la foi , suivant la condamnation portée par vos lettres. Ils y nomment toutefois Honorius, dont le pape n'a voit point parlé; mais, depuis sa condamnation, on ne le séparoit plus des autres. Vous apprendrez tout, disent-ils, par les actes que nous vous envoyons. Enfin ils prient le pape de confirmer par ses lettres leur définition de foi , c'est-à-dire de marquer son consentement. Cette lettre est souscrite par les légats d Orient, et par cinquante-cinq évéques : l'empereur fit un édit pour l'exécution de la décision du concile, où Honorius est encore nommé comme fauteur de l'hérésie, et contraire à lui-môme (3) . La doctrine catholique sur les deux volontés y est expliquée fort au long, et l'empereur conclut en ces termes : Nous défendons à qui que ce soit de plus disputer touchant une ou deux volontés ou opérations. Et ensuite : Quiconque contreviendra à la présente constitution, s'il est évêque, clerc ou moine, il sera déposé (4). S'il est en dignité, il en sera privé, et ses biens confisqués. S'il est simple particulier il sera banni de Constantinople et de toutes

nos villes. Ainsi finit le sixième concile oecuménique, troisième de Constantinople.

On ne se contenta pas d'ôter des dyptiques les noms de ceux qui avoient été condamnés , on ôta aussi leurs images des églises, c'est-àdire celles de Cyrus, Sergius, Paul, Pyrrhus et Pierre ( 1 ) . Pour les vivants, savoir, Macaire, Etienne, Anastase, Léonce, Polychroneet Epiphane, ils présentèrent tous ensemble une requête à l'empereur, pour être envoyés au pape, ce qui leur fut accordé; et Rome leur fut donnée pour le lieu de leur exil (2).

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