‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 285 sur 2407 · XXXI. Ilcglcs sur la réception des hérétiques · texte numérisé non relu

XXXI. Ilcglcs sur la réception des hérétiques

Alors Jean , légat du patriarche d'Anlioche , dit à Taraise : Très-saint père , plusieurs demandent comment on doit recevoir les hérétiques convertis ; nous prions le saint concile que l'on apporte les livres des pères , afin que nous puissions les examiner (2). Constantin, notaire du palais patriarcal , en apporta les livres que l'on demandoit,et lut premièrement le cinquante-troisième canon des apùlres. Caries Grecs en comptoient quatre-vingts, au lieu que l'église romaine n'en reconnoissoit que cinquante. Ensuite on lut le huitième canon dc^ Nicée pour la réception des cathares ou novatiens, et le troisième d'Ephése, touchant les macédoniens (3). Puis à la prière d'Etienne, moine et bibliothécaire du palais patriarcal , on lut le premier canon de l'épître de saint Basile à Amphiloque , où il parle du baptême des encratites. On lut aussi des passages de sa lettre aux évaiséniens (4) , et de celle au comte Térence ; deux lettres de saint Cyrille d'Alexandrie, au sujet de sa réunion avec Jean d'Anlioche (5) ; puis la lettre de saint Athanase à Rufinien , sur la réconciliation de ceux qui avoient souscrit au concile de Rimini , où le patriarche Taraise se fit observer la distinction entre les chefs d hérésie qui sont reçus à pénitence, mais sans jamais avoir place dans le clergé , et ceux qui se sont seulement laissé entraîner dans l'erreur, à qui on accorde l'un et l'autre (6).

Et comme saint Athanase parle de ceux qui ont été entraînés par force , les moines qui assisloient au concile demandèrent si liypace et les autres évéques accusés avoient souffert quelque violence (7). Ils répondirent franchement que non , mais qu'ils étoient nés et avoient été élevés en cette hérésie. Les évéques d(î Sicile demandèrent avec quels hérétiques il falloit ranger 1rs auteurs de celle nouvelle hérésie. Taraise répondit . Nous trouvons que les manichéens ne recevoienl point les images, ni les marcionites , ni ceux qui confondoient les natures en Jésus-Christ, comme Pierre le foulon, Xénaïas d lliéraple et Sévère. 11 a été parlé de Xénaïas et de son aversion contre les images (8;. Epiphane, diacre de Catane, vicaire de Thomas, évêque de Sardaigne, demanda si celte nouvelle hérésie étoit moindre ou plus grande que les anciennes. Taraise ré-

(S) 1 Tim. iir, i.

(1) V. Tim. t. 1, p. 551, nol :U. Ep 18, 1. 1, Conc.

(2) Conc 7, p. 00, C.

(V Sup I.wiî, u I*.

(0) Sup. l.xv,n.28.Conc.

(8) Snp. 1. \XX, Ti. 18.

fi]

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ AndeJ.-C. 787.

pondit : Le mal est toujours mal, principalement dans les affaires de l'Eglise ; c'est la même chose de pécher contre les dogmes, grandsou petits, puisque l'un et l'autre violent la loi de Dieu. Jean , légat des Orientaux , dit : Cette hérésie est la pire de toutes; elle détruit l'incarnation.

On lut ensuite quelques passages des actes de la première session du concile de Chalcédoine , où l'on voit comme les évéques d'Orient et dlllyrie furent reçus sur le témoignage de leur repentir (1). Sabbas, abbé du monastère de Stude, proposa d'examiner si on doit recevoir ceux qui ont été ordonnés par les hérétiques. Sur quoi on lut un passage de l'histoire de Ruflin, touchant le concile d'Alexandrie, où l'on reçut ceux qui avoicnt communiqué avec les ariens (2). On lut aussi un passage^ de Socrale , et un de Sozoméne sur Marcel d'Ancyre (il). L'archidiacre Pierre , \vgat du pape, apporta l'exemple de ]Macaire, patriarche d'Antioche , monothélile , condamné par le sixième concile, à qui le pape Benoît donna un délai de six semaines, et lui envoyoil tous les jours Boniface, son conseiller, pour l'instruire et l'exhorter à se réunir. 11 rapporta ensuite l'exemple de saint Mélèce, qui fut reconnu évéque d'Antioche, bien qu'ordonné par les ariens. Taraise apporta l'exemple de plusieurs évéques qui eurent séance au sixième concile, bien qu'ils eussent été ordonnés par Sergius, Pyrrhus, Paul tt Pierre, patriarche de Constantinople , tousmonothcliles (4). Constantin, évéque de Chypre, dit : On a sufllsamment montré que Ton doit recevoir ceux qui ont reçu l'ordination des hérétiques , si ce n'est qu'ils l'aient recherchée exprès. Sur quoi on lut la lettre de saint Basile à ceux de ^icopoli. Et Taraise ajouta (5) : Principalement s'il y avoit des évéques catholiques présents qui pussent les ordonner. Et , après avoir résolu une dilTiculté sur ce passage , il ajouta : Les pères sont partout d'accord entre eux , il n'y a point de contradictions ; mais ceux qui ne savent pas leur intention et leur conduite les contredisent.

Après tous ces éclaircissements touchant la réception des hérétiques et de ceux que les hérétiques ont ordonnés, le concile commanda aux sept évt^ues accuses de lire leurs libelles de réuni(în ; ils li s lurent , tous conformes à celui de Basile d'Ancyre ; mais leur réception fut remise à une autre session, et celle-ci se termina par des acclamations en forme de prières pour Irène et Constantin.

XXXII. Seconde session. Lettres du pape, etc. La seconde session fut tenue deux jours

(2) Sup. l. xxvni, n. 8 ; XV, n. '26.

a^ Sup. 1. XL, n. 33; l.

XIV, n. 31, p. y.

après, savoir, le vingt -sixième de septembre sept cent quatre-vingt-sept. On Gt entrer un mandateur, ou huissier de l'empereur, qui amenoit Grégoire, évéque de Néocésarée , demandant à se réunir. C'étoit un des plus fameux iconoclastes, et un des chefs du faux concile de sept cent cinquante-quatre. Taraise lui (it quelques reproches sur ce qu'il attendoit si tard (1). Il se reconnut coupable, demanda pardon , et fut remis à la séance suivante pour apporter son libelle d'abjuration.

Le secrétaire Léonce remontra que, dans les lettres de l'empereur, il étoit fait mention de celles du pape et des patriarches d'Orient, et la lecture en fut ordonnée. On lut premièrement la traduction grecque de la lettre du pape Adrien à 1 empereur et à l'impératrice ; mais elle n'y étoit pas entière (2). On avoit laissé ce qui regarde la restitution des patrimoines de saint Pierre et les autres prétentions du pape ; le titre d'évéque universel attribué à Taraise, et surtout lirrègularité de son ordinati(m, en ce qu'il avoit été choisi simple laïque (:i). On craignoitque, si on publioit ces reproches du saint-siège' contre lui , ce ne fût un prétexte aux hérétiques de lui résister, et de rejeter l'autorité du concile où il présidoit. Ainsi toute celte fin de la lettre du pape Adrien ne fut ni lue dans le concile, ni insérée dans les actes. Après la lecture, le patriarche Taraise demanda aux légats du pape s'ils avoient reçu de lui cette lettre, et ils déclarèrent que oui.

On lut ensuite la lettre du pape au patriarche Taraise , et les légats du pap<' lui demandèrent s il en étoit content ; Taraise répondit que, dans l'une et l'autre lettre, le pape avoit expliqué clairement et véritablement la tradition de l'EgUse (4). Et je suis, ajouta-t-il , entièrement dans la même créance, qu il faut adorer les images d'une affection relative , réservant à Dieu seul la foi et le culte de latrie. Tout le concile déclara qu il étoit du même avis, et qu'il recevoit les lettres du pape. Jean, légat d'Orient , tant pour lui que pour Thomas , son confrère , fit aussi la même déclaration ; puis Agapius de Césiirée, Jean d'Ephèse, Constantin de Chypre , Basile d'Ancyre, Kicolas deCyzicjue, et les autres évéques présents, au mïmbre de deux cent soixante-un. Ensuite le concile dit : 11 est juste aussi que les très -révérends moines fassent leur déclaration. Les moines demandèrent si c'étoit l'ordre, et Taraise dit : C'est Tordre que chacun de ceux qui se trouvent dans un concile déclare sa foi. Alors Sabbas, abbé de Stude, déclara que sa créance étoit conforme aux deux lettres du papi. Grégoire, abbé de Saint -Serge, en dit autant , puis huit autres abbés et tous les moines. Ainsi linit la seconde session du concile.

An de J.-C.787. ] iLIVllE QUARANTE-QUATRIÈME.

XXXllI. Troisième session. LeUres d'Orient.

La troisième fut tenue deux jours après, c estâ-dire le vingt -huitième de septembre sept cent quatre-vingt-sept. Démélrius, diacre et trésorier de 1 église de Constantinople , dit que les évê^ques , qui demandoient à rentrer dans la communion de l'Eglise, étoient à la porte avec leurs libelles qu'ils avoient déjà lus (1). On les fit entrer ; Taraise ordonna que Grégoire de Néocèsarée , le plus noté de tous , lut sa œnfession de foi , et elle se trouva semblable aux autres. Taraise lui demanda si elle était sincère ; il l'assura , et Taraise reprit : 11 court un bruit que , pendant la persécution , certains évéques ont fait aux gens de bien une vexation insup|)ortable : nous ne croyons pas tout-à-fait ces discours sans preuves, mais vous savez que le canon des ai)ôlres ordonne

de déposer l'évéque qui frappe pour se iaire craindre (2). Le concile en convint , et qu'un évéque qui auroit persécuté les fidèles seroit indigne de l'épiscopat ; mais il ajouta que 1 on en pourroil faire la reclierche en son temps, s'il y avoit quelque plainte. Grégoire de Aeocésarée dit : Jamais on ne m'accusera d'avoir frappé ou maltraité personne , ni à Constantinople , ni dans mon pays. Le concile dit : S'il est ainsi , qu'il reprenne sa place. Jean Logothète,cx)miniià&aire de l'empereur, dit : Le ^my cile doit être content que Grégoire de Aeocesarée , chef du faux concile , ait été réserve jusqu'à présetit pour condamner lui-même son hérésie. Enfin il fut revu du consentement des légats de Rome et d'Orient , nonobstant l'opposition de quelques évêiiues. On reçut aussi six évê-ques qui s'étoieut présentes à la première scs^on, savoir, ceux de Niœe, de Rhodes, d'la)ne, d'ilièraple , de Pessinonte et de Car-

patlMî(3). ^ ^^

EnsuiteConstanlius, évéque de Chypre, dit : Après la lecture des lettres dupa[>e, nous demandons qu'on lise aussi œlles qui ont été envoyées d'Orient. IMais les légats d'Orient demandèrent qu'on lût auparavant la lettre de Taraise, dont celle qu'ils avoient apportée n'èloit que la réponse. On lut donc la lettre de Taraise aux Orientaux, dont j'ai rapporté la substance , et les légats du saint-siège dirent : Notre saint j)ape a re( u des lettres semblables, c'est pourquoi il nous a envoyés avec les réponses qui ont été lues. On lut ensuite la lettre écrite à Taraise au nom des évéques d'Orient. Ils y parlent toujours de l'empereur de Constantinople comme de leur maître, et traitent d'ennemis et de tyrans les Arabes sous lesquels ils vivoienl depuis près de cent cinquante ans, sans avoir encore pu s'accoutumer à leur domination (4). Ils racontent la manière dont les légats de Taraise avoient été reçus ; puis, re-

pondant à sa lettre , ils déclarent, au nom des trois sièges apostoliques d Orient, qu'ils reçoivent les six conciles œcuméniques , et rejettent celui que Ton nommoit le septième (1). Ils ajoutent : Si vous jugez à propos d'assembler un concile, l'absence des trois patriarches et des évéques qui leur sont soumis ne doit pas vous faire de peine , puisqu'elle ne vient pas de leur choix , mais des menaces terribl-s, et de la rigueur mortelle de ceux qui les tiennent sous leur puissance (2). Vous le pouvez voir clairement par le sixième concile œcun enique, où il ne se trouva aucun évéque de ces quartiers , à cause de la domination de ces impies , sans que le concile en ait souffert de préjudice {'^\ Vu principalement que le très-sah>t pape» de Rome y consentoit , et s'y trouvoil par ses légats. Ces paroles sont très-remarquab! "S en la boudie de ces Orientaux, qui n'avoicut aucun intérêt de flatter l'église romaine, ils continuent : Au reste, pour vous instruire à fond de nos sentiments, nous joignons à celle lettre la copie de la lettre synodique de Théodore de sainte mémoire , pa riarche de Jérusalem, qu'il envoya . selon la coutume , aux [>atriarches Côme d'Alexandrie et Thèodoie d'Antioche, et dont il reçut les réponses.

On lut cette lettre de Théodore de Jérusalem, contenant sa confession de foi , où il reçoit les six conciles œcuméniques, sans en admettre d'autre ensuite. Il reçoit aussi les traditions de l'Eglise touchant la vénération des saints, leurs reliques et leurs images (4). Après la lecture de ces lettres , les légats du pape déclarèrent

(2) Sup. u. 23.

(3) P. 115, Anast. 119.

(1) Sup. n.30.

qu'ils les approuvoient, comme conformes à celles de Taraise et d'Adrien, ils louèrent Dieu de ce que les Orientaux s'accordoient à la même foi touchant les images , et ajoutèrent : Si quelqu'un ne croit pas ainsi, qu'il soit anathème de la part des trois cent dix-huit pairs qui ont été assemblés i( i , c est-à-dire au premier concile de ISicée. Plusieurs évéques déclarèrent qu'ils étoient de même avis, et tout le concile les suivit. Enfin Taraise dit : L'animosi té a cessé,la muraille de séparation est olée: l'Orient, l'Occident, le Septentrion et le IMidi , tout est sous un même jong , nous sommes tous d'accord. La session finit ainsi par des acclamations de prières et d'actions de grâces (5).

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