LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME
seule image permise de Jésus Christ, voici comme y répond le concile de Nicée. Aucun des apôtres, ni des pères, n'a dit que le sacrifice non sanglant fût l'image du corps de Jésus-Christ ; car ce n'est point ce qu'ils avoient appris de lui (1). Il ne leur a pas dit : Prenez , mangez l'image de mon corps , mais : Prenez et mangez , ceci est mon corps. Il est donc clair que ni le Seigneur, ni les apôtres, ni les pères, n'ont jamais dit que le sacrifice non sanglant offert par le prêtre fût une image , mais le corps même , et le sang même. Il est vrai qu'avant la consécration quelques pères ont appelé les dons anti types , comme saint Eustalhe , le puissant adversaire des ariens, et saint Basile; mais après la consécration on les nomme , ils sont, et on les croit proprement le corps et le sang de Jésus - Christ. Au contraire, ces habiles gens, c'est-à-dire les iconoclastes, voulant abolir les saintes images, ont introduit une autre image, qui n'en est point une, mais le corps et le sang , en quoi ils montrent encore plus d'impiété que d'ignorance. Ensuite, abandonnant le mensonge , ils louchent un peu à la vérité, disant que c'est un corps divin. Tant ils sont troublés par l'incertitude de leurs opinions , disant tantôt que le saint sacrifice est l'image du corps de Jésus-Christ, tantôt que c'est le corps par institution.
Ce que dit ici la réfutation du faux concile, qu'aucun des pères n'a jamais donné à l'eucharistie le nom d'image, doit s'entendre d'une imageordinaire, qui représente seulement l'ori ginalsans le contenir ; car c'étoit de telles images qu'il étoit question avec les iconoclastes. Mais on ne peut nier, d'ailleurs, que les pères latins ne disent quelquefois que l'eucharistie est la figure ou le signe du corps de Jésus-Christ comme nous la nommons communément, le saint-sacrement; et que les pères grecs ne la nomment quelquefois type, ou antitype, même après la consécration. Seulement je ne sache point qu'aucun des Grecs ait nommé l'eucharistie eicon, ni aucun des latins, ima^o. Mais quand les pères de Nicée n'auroient pas fait assez d'attention à ces passages des anciens, toujours est-il évident qu'ils croyoi<'nt que l'eucharistie étoit le propre et véritable corps de Jésus-Christ , et qu'ils n'accusoient point les iconoclastes d'avoir une créance contraire (2) .
Le concile de Constantinople , pour prouver que les images ne sont pas de tradition apostolique, dit qu'elles n ont aucune prière ni aucune consécration , mais demeurent telles que le peintre les a faites (3). Le concile de Nicée ne me pas le fait; mais il soutient qu'il y a plusieurs choses parmi nous qui sont saintes par leur nom seul, sans autre consècra-
(f Sup. I. XLiii, n. 6, p. p. 6iB. Perpétuité, liv. vu 50. 7. c 7. '
Peron. Euchar. ii , (3 P. i51, 45i.
tion ; il en dcmne pour exemple la figure de la croix, que nous ne laissons pas d'adorer , et dont nous marquons le signe sur notre front, ou en l'air avec le doigt , pour chasser les démons. Ainsi, nous honorons les images à cause du nom qu'elles portent, et de ce qu'elles représentent. Nous croyons recevoir quelque sanctification en baisiml les vases sacrés , quoiqu'ils n'aient reçu aucune bénédiction. Encore à présent, il n'y a point dans l'euchologe des Grecs de prières ni de bénédiction pour les croix , les images et les vases sacrés.
Les évêques de Nicée répondent ensuite aux passages de l'Ecriture et des pères, objectés par ceux de Constantinople, mais ils insistent principalement sur la tradition et linfaillibililé de l'Eglise. En répondant au décret du concile de Constantinople, ils en montrent la contradiction , en ce qu'après avoir condamné généralement les images des églises, ils les laissent sur les vases et les ornements, défendant d'y touc her , pour les convertir à des usages profanes. Enfin, en répondant à l'analhème contre Germain , George et Mansour , ils font l'éloge de ces trois grands personnages : saint Germain , patriarche de Constantinople, saint George de Chypre et saint Jean Damascène.